Émotions atterrissage Moncton 1978

Publié le 14 décembre 2015 | par Georges Gaudet

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Suite et fin du texte de la semaine dernière


Ne croyez pas tout ce qu’on vous dit!

(Suite 2 et fin)

… surpris, le chargé de cours me demande poliment de me rassoir. Vous n’êtes pas un cas unique me dit-il et voici ce que je vous propose. Nous pouvons vous attribuer un professeur personnel hors nos horaires de cours pour une période de 21 heures maximum à raison de 3 heures par soir plus une évaluation qui sera finale. Bien sûr, cela à condition que vous acceptiez.

J’étais désemparé et puisque je n’avais rien à perdre sauf ma fierté qui en était à son plus bas, j’acceptai. C’est ainsi que j’ai rencontré un drôle d’énergumène, roulant BMW, enseignant à temps plein à l’université de l’Île-du-Prince-Édouard, écrivain de romans « gores » en anglais à ses heures et « récupérateur » de mathématiciens perdus tout comme moi, à temps partiel. Cela lui prit trois heures uniquement pour déceler mes faiblesses et de ce fait, mon problème majeur qu’il résuma brièvement en ces termes : ce n’est pas compliqué. On t’a appris à bâtir une maison en commençant par la toiture sans t’avoir montré comment construire d’abord les fondations.

IMG_1110Et c’est ainsi qu’après six heures d’enseignement privé, je me suis découvert non pas une passion pour les mathématiques, mais un intérêt très puissant pour résoudre tous les problèmes que mes professeurs réguliers pouvaient me soumettre. Âgé de 47 ans et partageant une passion pour l’aviation depuis presque la naissance, je me sentais comme un enfant qui vient de découvrir qu’il peut courir aussi vite que ses compagnons sur le terrain de soccer, même si ces derniers (ils étaient 21) n’étaient que dans la vingtaine sauf un. Je me rappelle m’être levé à trois heures du matin pour résoudre un problème algébrique que je n’avais pas résolu avant d’aller au lit. Et c’est ainsi qu’à la fin mai 1998, sortant du lit à 5 h 30 tous les matins et après avoir parcouru tous les jours 132 km pour me rendre à cette école et en revenir vers les 18 h pour étudier presque tous les soirs, je graduai avec une moyenne générale de 88,6 % sur 52 examens, me classant ainsi 3e sur les 22 élèves que nous étions.

Holland College graduation 6

Certains pourront penser qu’il s’agit d’une vantardise, mais telle n’est pas mon intention. D’ailleurs, il y a des gens tout autour de nous qui vivent de bien plus grands défis que cela, de bien plus grandes victoires et avec beaucoup plus de courage qu’un parcours écolier, même si celui-ci fut réalisé à l’âge de 48 ans.

L’après   

Malgré cette belle réussite académique, j’ai cherché du travail partout en province, surtout au Québec. En fin octobre, j’ai même couché sous une bâche de toile dans ma boîte de camion pour être certain de rencontrer le patron d’une petite compagnie aérienne lors de son arrivée au bureau le lendemain. Rien n’y fit. Je me suis toujours buté à ces quelques questions ou réflexions qui tuent. Malheureusement, vous n’avez pas d’expérience. – des gars comme toi, j’en ai embauché et puis 2 ans plus tard, BOMBARDIER est venu les chercher. La vérité m’est d’ailleurs venue au cours d’une entrevue presque volée chez BOMBARDIER.

diplôme 003 (n & b) (2)– Félicitation monsieur. Vous avez un beau cours bien complet et une belle réussite. Le seul problème, c’est qu’avec des gens (comme vous), nous faisons des ingénieurs et non pas des techniciens. Toutefois, cela nous prend 5 à 7 ans pour les former et par la suite, parce que leur formation nous a coûté entre 700,000 $ et 1 M$, nous nous attendons à ce qu’ils travaillent pour nous au moins 15 années. – que dire devant de tels faits quand la personne qui vous interroge n’a que 26 ans et vous, 49? C’est ainsi que se sont terminées mes recherches, après plus de 60 curriculums. Le 11 janvier 1999, j’entrais au service du journal Le Radar pour une aventure qui devait durer 2 semaines. Elle aura duré plus de 16 années. Oh! J’ai eu une chance, mais elle ne s’est pas réalisée. Même mon patron au journal, voyant ma déception, a essayé de me décrocher un emploi en ce domaine. Le métier de journaliste m’introduisant auprès de personnes souvent influentes fit que je me retrouvai un jour en entrevue avec le directeur d’Inter- Canadien. Il me fixa une entrevue pour le printemps après avoir pris connaissance de mon dossier. Hélas, quelques mois plus tard, peu de temps avant mon entrevue, la compagnie fermait ses portes.

Aujourd’hui

Il est trop tard maintenant. La technologie se développant à la vitesse grand V, il faudrait tout recommencer et ce n’est pas à l’âge de la retraite (66 ans) qu’une compagnie aérienne va vous embaucher. Pourtant, ne serait-ce que pour le plaisir d’analyser la résistance et l’usure d’une ailette de compresseur d’un moteur « jet », j’y irais comme un enfant qui entre dans un magasin de jouets. J’imagine que c’est cela qu’on appelle, « une passion ». Alors, comprenez que lorsque j’entends des propriétaires de compagnies aériennes ou pire, des politiciens, se lamenter que la main-d’œuvre québécoise n’est pas formée pour le travail disponible, j’aurais envie de leur en mettre plein la gueule. Bien sûr, il ne s’agit là que d’une figure de style, mais j’avoue que la tentation même retenue, serait là quand même. Ce qu’ils ne disent pas, c’est qu’ils souhaitent une main-d’œuvre subventionnée par l’État ou importée de pays où les salaires sont de misère. Là, nous serions plus près de la vérité. D’ailleurs, au bout de leurs lamentations, le temps n’est pas long où nous les voyons déménager leurs pénates dans des pays sous-développés, ceci quand ils ne trouvent pas des politiciens pour leur avancer l’argent des citoyens, afin de maintenir sous forme de chantage, l’excellent travail que réalisent les travailleurs d’ici. Une chose me console à travers toute cette hypocrisie et ces mensonges. Que les gouvernements souhaitent maintenir au boulot des travailleurs de plus en plus âgés tout en faisant le contraire, ou que des compagnies prétendent avoir de la difficulté à trouver de la main-d’œuvre qualifiée ici au Québec ou au Canada, un fait demeure; ils ne sauront jamais tout ce qu’ils ont perdu en ne me donnant pas « une chance. » Mais moi je le sais, et aujourd’hui cela me suffit. Je suis en paix. Le hasard m’a permis d’explorer d’autres avenues et l’écriture en est une merveilleuse. D’ailleurs, ce texte, je le dédie ne serais-ce qu’à un seul jeune qui se cherche. Bien sûr, il ne trouvera pas nécessairement le chemin qu’il veut, mais s’il cherche vraiment et avec sincérité, il en trouvera certainement un, et ce chemin, il aura saveur de vérité, quoique lui aura dit son entourage.       

Au cours d’une vie, il y a souvent peu de choses dont une personne puisse être fière et ici, je ne parle pas de la famille et des enfants. Il s’agit plutôt de cette sorte de victoire sur soi-même. Ce genre de victoire que rien, ni personne, ni le temps, ni les aléas de l’existence ne pourront vous enlever. Cette petite histoire que je viens de vous raconter fait partie de ce peu de choses qui façonnent toute une vie.

 Capt mémoiresGeorges Gaudet

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À propos de l'auteur

Georges Gaudet

Chroniqueur indépendant, conférencier sur divers sujets, rédacteur de documents corporatifs, écrivain et artiste peintre quand il me reste du temps. Il tient un blog depuis des années intitulé Des mots, des bateaux et des pinceaux.



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