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Publié le 18 juillet 2012 | par Webmestre

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Sedna IV : Le silence des mots


Tiré du journal de bord de Jean Lemire

 

Nous poursuivons nos recherches sur l’île d’Escudo de Veraguas, au large des côtes panaméennes. Aujourd’hui, un des émetteurs installés sur un des paresseux nains capturés en mai dernier a signalé la présence d’un animal au cœur de la forêt. Nous devrons poursuivre les recherches demain et nous aventurer au cœur de la jungle, mais si nous retrouvons ce paresseux en dehors des forêts de mangrove, il s’agira d’une importante découverte scientifique. Personne n’a jamais vraiment documenté la présence de paresseux nains au cœur de l’île. Les scientifiques ont toujours pensé que cette espèce nouvelle vivait exclusivement aux pourtours de l’île, et strictement dans les mangroves, ces arbres qui ne se développent que dans l’estran, la zone de balancement des marées. Si nous arrivons à prouver que l’aire de répartition de ces animaux s‘étend jusque dans la jungle, alors peut-être pourrons-nous espérer une population plus importante que les 63 derniers individus trouvés lors du dernier recensement. Le paresseux nain est le mammifère le plus rare de la planète!Tout a débuté hier, lors de nos recherches autour de l’île. Au nord de l’île, nous avons croisé une petite famille d’autochtones qui utilisent cet endroit comme havre de pêche. Nous nous sommes approchés, lentement, pour établir le contact. Une femme, timide et silencieuse, s’est avancée, écoutant nos intentions, sans un seul sourire, sans la moindre expression. On nous avait prévenus. Les femmes ne parlent pas, ou très peu, et elles ne feront rien pour bien vous accueillir quand les hommes sont à la pêche.Bryson, le scientifique, lui a expliqué brièvement le but de notre présence sur l’île. Elle est demeurée sans mot et sans expression. Puis, elle a esquissé un léger sourire quand nous lui avons expliqué que nous étions à la recherche de paresseux. Elle ne semblait pas comprendre comment des hommes venus de si loin, sur un grand bateau, pouvaient s’intéresser à des animaux aussi simplistes, voire banals. Elle le sait, elle en croise régulièrement dans la forêt, derrière sa petite hutte au toit de feuilles de palmier… Pardon? Nous nous sommes regardés, stoïques, et avons esquissé un sourire à notre tour. Dans la forêt, dans la jungle, et non pas dans les mangroves? Elle pointa les grands arbres de la forêt… Le silence de ses mots était parlant.Sans bruit, cette Indienne venait d’attiser toute la passion scientifique de notre équipe. Et si elle disait vrai, si la population de paresseux nains vivait aussi dans les grands arbres de cette forêt inexplorée? Après tout, les paresseux à gorge brune du continent vivent bien un peu partout dans la jungle. L’espoir de voir augmenter l’évaluation démographique de cette espèce endémique en danger critique d’extinction ne cesse de nous motiver, depuis que nous avons croisé le regard de cette femme qui vit, depuis toujours, au cœur de cette nature qu’elle connaît mieux que quiconque.Alors, imaginez l’excitation quand, aujourd’hui, dans la forêt, nous avons entendu le bip sonore d’un des colliers émetteurs installés sur une dizaine de paresseux nains en mai dernier. Il faut bien sûr réussir à prouver hors de tout doute notre théorie (ou plutôt celle de la dame) et capturer cet animal qui détient toute la clef du mystère. Mais l’espoir de réécrire une partie du grand livre de la science des paresseux est bien réel! Demain, quand les premiers rayons de soleil se pointeront sur l’horizon, nous serons prêts!Nous sommes retournés aujourd’hui pour revoir la dame de la petite hutte et laisser sur la plage nos kayaks qui serviront à l’exploration de demain. Sebastian, notre guide local, nous a proposé de leur laisser un peu de nourriture en guise de remerciement pour leur accueil. Bonne idée! Pendant la sieste de notre cuisinier Rafaël, je suis allé « voler » une poche de riz et un peu de jus pour les enfants dans la réserve de nourriture du voilier. L’espace d’un court instant, j’ai vu tout le sourire dans les yeux de cette dame qui me remerciait, toujours avec ce même silence des mots. « Oh, non, merci à vous, Madame! Si vous saviez à quel point vous nous avez aidés »…JeanLe 18 avril dernier, le Sedna IV levait l’ancre pour un long voyage de 1000 jours afin de témoigner de la beauté de la nature et de vérifier l’état de la biodiversité sur la planète. Pour en Savoir plus : 1000 jours pour la planète

 

 


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