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Publié le 20 octobre 2015 | par Magazine les Îles

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Une architecture à nulle autre pareille


Un article original publié dans

Par Robert Savard


La première fois qu’il met le pied sur les Îles de la Madeleine, le touriste est immédiatement conquis par la richesse et la diversité de l’architecture. Les maisons de l’archipel font la fierté de leurs propriétaires et la joie des admirateurs.

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Photo : WebTV des Îles / Île imagin’air

Elles sont de couleurs variées et chatoyantes. Elles sont disséminées un peu partout sur le territoire, sans ordre vraiment précis. Est-ce que cela répond à une certaine logique? « Pas nécessairement », répond Serge Bourgeois, directeur du département d’urbanisme à la municipalité des Îles de la Madeleine.

De fait, il y a une foule d’explications. Pour vraiment comprendre la dynamique propre aux Îles, il faut effectuer un long voyage dans le temps. Très loin. Du temps des premiers occupants. C’est là que l’architecture des Îles prend ses fondements.

« L’aspect maritime a eu un impact important dans la manière dont les Madelinots se sont implantés, explique M. Bourgeois. Leur premier souci était de pratiquer la pêche de façon sécuritaire. C’est pourquoi ils se sont installés près des anses naturelles. La Grave, La Côte, La Pointe Basse entre autres étaient des endroits qui comportaient des abris naturels », ajoute-t-il.

Les styles architecturaux étaient, pour leur part, inspirés de leurs ancêtres. Ils étaient Normands, Bretons, ils arrivaient de pays de marins, de Nouvelle-Angleterre. Un fait demeurait, cependant : l’architecture tenait toujours compte du climat.

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Les enjolivures distinguaient les maisons les unes des autres. Photo : WebTV des Îles / Île imagin’air

« Cela a donné lieu à la naissance d’aspects particuliers aux Îles », constate l’urbaniste. Le tambour, par exemple, se voulait un genre de sas – un caisson de dépressurisation – entre l’hiver et le salon. Cet appentis permettait de passer de la froidure de l’hiver et ses vents cinglants à la chaleur de la maison.

Les matériaux utilisés tenaient également compte des conditions difficiles qui régnaient sur les Îles. « Le bois était majoritairement utilisé. La modernité nous a amené d’autres matériaux, dits modernes, mais qui n’étaient pas toujours adaptés à la situation maritime qui est la nôtre », explique-t-il.

Le bardeau de cèdre était majoritairement utilisé pour le revêtement extérieur. Il n’était pas peint. Aujourd’hui, des maisons sont encore debout après 100 ans et le bardeau de cèdre est d’origine. Des gens ont tenté de placarder avec du revêtement de vinyle, de plastique ou de tôle. Quelques années plus tard, ils devaient retirer tout cela. « Ça claquait au vent, pour ne pas dire que ça partait au vent, rappelle M. Bourgeois. Dans le cas de la tôle, ça rouillait parce que l’air salin venait manger les boulons. Finalement, on revenait au matériau de bois ».

D’autres particularités propres aux Îles retiennent l’attention. Les portes d’entrée ouvrent vers l’extérieur. Si elles ouvraient par l’intérieur, les grands vents feraient en sorte que l’air finirait par s’infiltrer et par arracher la porte et son cadrage. Il est donc plus approprié de la faire ouvrir par dehors. Alors, le vent fait pression et office d’isolant naturel.

Les Madelinots utilisaient aussi les dénivellations naturelles pour se protéger des vents dominants. « Aujourd’hui, on construit des maisons un peu partout, au sommet des collines », explique-t-il. Des résidants à mi-temps ont découvert un point de vue incomparable et souhaitent y établir leur résidence d’été. La technologie et les nouveaux matériaux leur permettent de le faire. Ce n’était pas le cas à une certaine époque.

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Avec les années, la variété de couleurs s’est multipliée. La finition s’est aussi bonifié. Photo : WebTV des Îles / Île imagin’air

L’utilisation de la couleur a fait en sorte de donner aux maisons des Îles ce cachet si particulier. « Il n’y avait que deux ou trois couleurs, à l’époque. Ce qu’on appelait la peinture de cap était, de fait, de la terre et de l’eau. Le blanc était confectionné avec de la chaux. Il y avait aussi des mythes au sujet des couleurs. On dit qu’aux tous premiers temps, les pêcheurs utilisaient la couleur pour voir leur maison lorsqu’ils étaient en mer », raconte M. Bourgeois.

Avec le temps, les Madelinots ont eu la possibilité de mettre la main sur davantage de matériaux, ce qui leur permettait d’améliorer l’apparence de leurs maisons. Les temps libres entre les saisons de pêche faisaient également en sorte qu’il était possible de dégager davantage de temps pour s’occuper de l’entretien et la mise en valeur de la maison familiale.

Avec le temps, l’ajout de couleurs est devenu une fierté. On retrouve des maisons peintes avec deux, même trois couleurs. C’est un autre aspect particulier qui donne sa personnalité à la maison madelinienne. Tout comme l’ajout de décorations. Un bon nombre de maisons madeliniennes sont ornées avec des décorations sur les balcons ou sur les corniches. « On peut croire que le climat difficile, combiné aux longues périodes d’isolement durant la saison froide,  faisait en sorte qu’enjoliver la maison ajoutait de la gaieté dans la vie des gens », croit-il.

L’arrivée de l’électricité, vers la deuxième moitié du siècle dernier, a fourni aux Madelinots un autre moyen de mettre leurs maisons en valeur. Cette lumière qui ornemente les maisons madeliniennes confère à l’archipel un aspect magnifique, même la nuit.

Quoi qu’il en soit, la maison madelinienne fait maintenant la fierté de ses habitants et le plaisir des touristes et des visiteurs. « Aujourd’hui, quand je vois les gens se construire au sommet d’une colline avec la porte d’entrée orientée sur le nord-ouest, je me dis que si mon arrière-grand-père voyait cela, il ne comprendrait pas », ajoute-t-il.

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Photo : WebTV des Îles / Île imagin’air

Parce qu’à l’époque, les maisons étaient construites en tenant compte des vents dominants, de l’ensoleillement et du côté pratique d’être près des ports de pêche, tout en gardant un peu de terre pour l’agriculture, car la pêche ne suffisait pas à subvenir aux besoins de la famille. Les traditions ont bien changé, mais le désir de conserver à la maison des Îles son cachet demeure bien ancré dans le cœur des Madelinots.

Aujourd’hui, plusieurs personnes décident de redonner aux maisons madeliniennes leur cachet d’antan. En particulier les jeunes qui reviennent aux Îles de la Madeleine. Cela réjouit cet amoureux de l’architecture madelinienne. « On revient à l’utilisation des matériaux traditionnels et au style d’origine dans la rénovation des maisons. Plusieurs constructions sont plus grandes que les maisons ancestrales, mais on tente de plus en plus de construire en tenant compte de la spécificité de l’architecture ».

Pourquoi? Parce que la maison des Îles de la Madeleine a un cachet qu’on ne verra nulle part ailleurs. La manière dont les maisons sont clairsemées un peu partout, sans logique apparente et un peu n’importe comment fait tout le charme de l’archipel.

Il se dégage de l’architecture des maisons traditionnelles madeliniennes un sentiment de fierté. Cette fierté de posséder quelque chose d’unique au monde. Un petit morceau de terre surmonté de quelques pièces de bois et, à l’intérieur, une histoire riche et remplie de souvenirs qui disent que la vie, si difficile qu’elle fut, valait chaque goutte de sueur qu’on lui aura consacrée.

 

Source : Magazine LES ÎLES 



One Response to Une architecture à nulle autre pareille

  1. Thérèse Reid a dit :

    Que de belles années j’ai passé dans coin de pays. J’y retourne avec grand plaisir

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