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Publié le 26 février 2016 | par Le Devoir

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Il est plus facile d’effacer l’histoire que d’en supporter le poids…


Un article original de

Nous étions informés récemment, par la Commission de toponymie du Québec, que le nom Buttereau-du-Nègre, donné à une élévation (butte) située dans les dunes de l’archipel des îles de la Madeleine, devait céder sa place à un autre terme afin d’être plus « politiquement correct » ! Ce nom qui faisait partie et de l’histoire des Îles et du registre toponymique de l’archipel est maintenant disparu de la liste de la Commission.

Mais Buttereau du nègre, c’est aussi le titre d’une légende très ancienne. Voici, pour ceux qui l’ignorent, cette légende racontée par les anciens des Îles : vers 1870, un naufragé noir échoue sur une plage de la Dune-du-Sud, près de Havre-aux-Maisons. Les habitants l’ensevelissent comme il se doit, dans la dune adjacente. Or, plusieurs années durant, le cadavre réapparaît, la face tournée vers le ciel, et chaque fois, les Madelinots le ré-enterrent.

Après quelques années, on procède donc à une nouvelle sépulture, cette fois le cadavre face contre terre. Peine perdue. On décide alors de construire un cercueil et d’ensevelir le naufragé plus profondément et selon les rites habituels. Cette fois semble la bonne, mais des phénomènes étranges continuent de se produire : la nuit, des lueurs apparaissent au-dessus du buttereau, « en passant là les chevaux prenaient peur ; les roues de charrettes se détachaient ; les menoires cassaient » (Chiasson, Les légendes des îles de la Madeleine, Les Aboiteaux, 1969, p. 103).

Certains anciens Madelinots affirment même qu’en 1954, les ingénieurs du ministère des Transports ont dû modifier de 100 pieds le tracé de la route déjà prévu pour relier le Havre-aux-Maisons à la Pointe-au-Loup parce qu’à trois reprises, l’ouvrage se comblait de sable… Et, rapportant les propos de ses informateurs madelinots, le père Anselme ajoute : « Avec cette distance, le nègre jugea son honneur sauf, et les tracas finirent là ! » Une informatrice du père Chiasson affirme aussi que tout ce brouhaha du noyé s’explique par le fait qu’il était catholique et qu’il aurait dû être enterré dans un cimetière béni… Plusieurs autres ouvrages qui traitent des îles de la Madeleine rapportent cette légende et ses multiples variantes.

Cependant, les visiteurs chercheront en vain un panneau indicateur de ce fameux buttereau puisque le nom n’apparaît que sur une carte de L’Amirauté des années 1920, que ce point de la carte n’indique qu’un endroit approximatif sur une suite de buttes de sable, qu’aucune route ne le traverse et qu’aucun immeuble n’y est dessus construit.

Or, la Commission de toponymie n’ayant aucun pouvoir sur la mémoire collective, les conteurs et historiens madelinots vont sans doute garder encore longtemps le Buttereau du nègre dans leur répertoire.

 

Par : Chantal Naud – Chercheure en histoire, Îles de la Madeleine
La UNE : Photo: Alexandre Shields Le Devoir

 

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2 Responses to Il est plus facile d’effacer l’histoire que d’en supporter le poids…

  1. Lina Germain a dit :

    Bonjour,

    Politiquement correct ! j’en doute. Pourquoi s’offusquer du mot nègre lorsque celui qui est rendu
    à l’Académie Française ( PARIS, FRANCE pour le québécois qui ne s’identifie que par le français de France ) s’est rendu célèbre depuis au moins 1984, avec son livre intitulé …
    Quand quelqu’un du Québec ou du Canada veut changer quelque chose qui le dérange dans son petit
    moi, il ne donne JAMAIS les vraies raisons …

  2. richard poulin a dit :

    Je ne sais pas trop… et si mettons le nom aurait été le ‘Buttereau-du-Mongol’ en référence à une personne atteinte de trisomie ayant vécu à proximité. qu’en penserions-nous ? Que le nom perdure dans une légende,ok, mais qu’il soit publié sur une carte moderne … ?

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