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Publié le 9 juin 2019 | par Journal de Québec

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Vos déchets de plastique s’échouent aux Îles-de-la-Madeleine


Un article original de

Le Québec n’échappe pas au fléau mondial de la pollution des cours d’eau

À l’heure où la planète se mobilise contre la pollution par le plastique dans les cours d’eau, le Québec, loin d’être épargné, affiche un criant retard sur la question. Chez nous, ce sont les paradisiaques Îles-de-la-Madeleine, terminus d’une grande partie du plastique québécois, qui en font les frais, a constaté Le Journal  

La force des courants du fleuve Saint-Laurent qui convergent vers le golfe, où se trouve l’archipel, explique cette triste réalité, affirment des experts en océanographie interrogés au cours des dernières semaines.

À l’initiative du Journal, une dizaine de Madelinots ont participé à une corvée de nettoyage sur la plage de la Dune du Nord le mois dernier. En près d’une heure trente, nous avons amassé 10 grands sacs de déchets de plastique. Des résidus de casiers à homards ainsi que des cordages liés aux activités de la pêche ont aussi été récoltés.

«C’est incroyable le plastique que l’on peut retrouver aux Îles-de-la-Madeleine. Ce qui transite par le fleuve Saint-Laurent, vers l’Atlantique, finit par s’accumuler autour des Îles. Il y a juste une voie», explique l’océanographe et chercheuse en écologie marine Lyne Morissette.

«Quand on se promène sur les plages, on constate qu’il y a plusieurs endroits où il y a plein de plastique. Et ce ne sont pas les Madelinots qui en sont la cause», indique la scientifique, qui étudie la question depuis dix ans.

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«Puisque les Îles sont au milieu de la route, on peut s’attendre à ce que du matériel soit acheminé par ces courants et les atteigne. Ce qui est dans l’estuaire sort en surface et se dirige principalement au nord des Îles», ajoute Frédéric Cyr, océanographe pour Pêches et Océans Canada.

«L’océan avait vomi»

Le Journal s’est rendu aux Îles-de-la-Madeleine pour mesurer l’ampleur du fléau décrit par ces experts.

En participant à des corvées de nettoyage des plages en compagnie de Madelinots, notre équipe a pu constater les effets accablants de la pollution par le plastique chez nous.

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Bouteilles, sacs, bouchons, briquets, jouets, chaussures, applicateurs de tampons, ballons de fête, en plus des déchets liés aux activités de la pêche… Certaines plages reçoivent quotidiennement «l’indigestion» de plastique de la mer, des déchets qui ont parfois parcouru des milliers de kilomètres, avant d’aboutir sur une plage des Îles.

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«On aura beau protéger nos plages, les nettoyer le plus possible et avoir des comportements responsables, si Montréal, Québec, Sorel, Trois-Rivières polluent, on va tout avoir cette pollution ici à un moment donné», déplore le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre, qui qualifie la situation de «dommage collatéral de la pollution faite ailleurs».

En moins de deux heures, sur la plage de la Dune du Nord, Le Journal et quelques Madelinots ont pu récolter suffisamment de déchets de plastique pour remplir une dizaine de grands sacs à ordure. Une cueillette que plusieurs ont jugée «alarmante».

«Ça me fâche, ça me frustre de voir ça. On fait notre part pour notre petit patelin, mais dans le fond, la société a un gros problème de responsabilité», affirme un des citoyens, Richard Spénard.

«Ça, c’est seulement ce qu’on voit sur les plages, mais on peut se demander ce qui se trouve dans le fond. C’est certainement juste la pointe de l’iceberg», dit Annick Leblanc.

«Plusieurs ici ont allumé après la grosse tempête que nous avons eue l’automne dernier. C’est comme si l’océan avait vomi et c’est là qu’on a réalisé que la mer est belle, mais elle est rongée par en dedans», ajoute Égide Leblanc.

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Un polluant durable

Malgré la situation, l’océanographe Lyne Morissette est une des seules au Québec à s’intéresser au lien entre les courants marins et la pollution par le plastique.

«Il n’y a pratiquement pas de recherches faites au Québec en ce moment sur la problématique des plastiques dans les océans. Nous sommes vraiment en retard», déplore-t-elle.

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«Le problème avec le plastique et c’est pour ça que ç’a été inventé au départ, c’est que c’est indestructible. On retrouve encore des bouchons de biberons Playtex des années 1980, des petites figurines qui n’existent plus, des affaires vintage», soupire l’experte.

CE QU’ON A RETROUVÉ SUR LES PLAGES DES ÎLES     

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  •  Fragments de fils de nylon
  •  Bouées de styromousse
  •  Contenants de plastiques
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  •  Bouteilles de plastique
  •  Cordages
  •  Élastiques à homards
  •  Bouchons de bouteilles
  •  Applicateurs de tampons
  •  Morceaux de plastique divers
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  •  Briquets
  •  Sacs de plastique
  •  Canettes
  •  Ballons de fête
  •  Jouets
  •  Pailles

Banni d’ici 5 ans 

Alors que les plages des Îles sont souvent souillées par le plastique, les Madelinots, eux, sont paradoxalement très consciencieux de l’environnement.

Les sacs de plastique sont interdits dans plusieurs épiceries de l’archipel ainsi que dans certains commerces.

Dans plusieurs restaurants, on utilise également des ustensiles et des contenants compostables et le tri des déchets est obligatoire.

L’exemple

«Quand t’habites dans un environnement comme ici, c’est peut-être plus gênant de polluer. Un site comme ici devrait être l’exemple à donner pour le Québec pour ne pas polluer», croit le maire des Îles, Jonathan Lapierre.

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D’ici cinq ans, l’élu compte y bannir complètement les sacs de plastique, ainsi que le suremballage.

«Nous sommes en train de regarder comment on peut appliquer cette mesure. On est rendu qu’on n’a plus le choix», dit-il.

Consommation

Malgré ces gestes, la plage de la Dune du Sud, pour ne nommer que celle-là, est jonchée de déchets provenant de partout au Québec, constate Lucie d’Amours, une biologiste qui s’affaire à la nettoyer quotidiennement.

«Les objets que l’on retrouve ont changé au cours des dernières années. Aujourd’hui, les gens jettent plus. Nous sommes dans une société de consommation», affirme-t-elle.

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Mme d’Amours dit constater une croissance du nombre d’objets de plastique à consommation unique, comme des bouteilles d’eau, par exemple.

 

Par ELISA CLOUTIER
LA UNE : PHOTO SIMON CLARK

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