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Publié le 19 février 2021 | par Journal de Montréal

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Pour une « exception madelinienne »


Un article original de

Les Îles-de-la-Madeleine connaissent une situation épidémiologique stable depuis le début de la pandémie mondiale. Pas plus de 36 cas de COVID-19 ont été recensés sur le territoire de l’archipel depuis mars 2020. Cela n’a pas empêché les Madelinots et Madeliniennes de respecter les règles sanitaires de façon exemplaire.
 
Même après la venue de 35 000 visiteurs l’été dernier, même après le retour des jeunes et les rencontres familiales limitées pendant la période des Fêtes, les résultats sont probants, la situation est stable. Aucune éclosion, aucun cas actif sur le territoire.

Le passage arbitraire de l’archipel en zone orange, pour le temps des Fêtes, a eu ici l’effet d’une douche froide. L’approche a néanmoins été acceptée de bonne grâce par les insulaires, avec l’idée qu’il s’agissait d’une mesure temporaire – limitée à deux semaines – et préventive.

Or, début janvier, c’est plutôt un resserrement « mur à mur » des règles qui a été imposé par le gouvernement, y compris un couvre-feu, sur un territoire où tous les indicateurs sont au vert. Pour ajouter à la confusion, les règles de la zone orange ont été modifiées et l’étau, resserré, semant la consternation et la confusion.

Le maintien global des mesures de contrôle social strictes aux Îles, sans aucune commune mesure avec la réalité épidémiologique territoriale, engendre la perte de confiance envers le gouvernement et une diminution de l’adhésion envers les consignes sanitaires.

Impatience

Je comprends et je partage l’impatience, l’incompréhension et le mécontentement de mes concitoyennes et concitoyens après plusieurs mois de sacrifices, de défis, de peines et d’isolement.

Ces derniers jours, ici, la tension est montée d’une manière perceptible. Sur les réseaux sociaux, au bureau de circonscription et par bien d’autres moyens, les citoyens expriment leur frustration à l’égard de mesures qu’ils jugent excessives sur un territoire essentiellement épargné par la pandémie.

Inutile de rappeler que le succès des mesures sanitaires dépend de l’adhésion de la population. C’est pourquoi j’estime que Québec doit désormais reconnaître les particularités de notre milieu insulaire à l’approche de la saison de pêche, mais également en prévision de la saison touristique à venir.

Vous le savez, je milite depuis toujours contre les mesures gouvernementales « mur à mur » sur tous les plans, que ce soit en matière économique, sociale ou sanitaire. C’est pourquoi j’ai salué le système des paliers d’alertes régionales (le code de couleurs) présenté en septembre, parce que respectueux de la diversité territoriale du Québec.

Puisque le gouvernement retarde la remise en place du système dont il se dit pourtant fier, considérons dès maintenant l’exception madelinienne.

Une situation différente aux Îles

Sur le plan épidémiologique, social et géographique, l’archipel se distingue nettement du reste du Québec, ce qui justifie l’exception madelinienne. Le directeur de la Santé publique nationale, le Dr Horacio Arruda, disait mardi que les facteurs décisionnels à considérer pour un déconfinement sont le nombre de cas, le nombre d’hospitalisations, les éclosions, le traçage des contacts et ce qui se passe dans les régions limitrophes. À tous les points de vue, l’archipel madelinot correspond aux critères épidémiologiques de déconfinement. L’éloignement et l’insularité, quant à eux, répondent au critère géographique.

Le ministère de l’Éducation du Québec a lui-même reconnu une forme d’exception madelinienne en début d’année, accordant à la Polyvalente des Îles la permission d’accueillir tous les jours tous ses élèves en présence, jugeant que la situation le permettait.

Par souci de cohérence, alors que l’incertitude pèse lourd chez les Madelinots et Madeliniennes, j’invite le gouvernement à suivre l’exemple de son ministère de l’Éducation, à s’inspirer du décret de 2016 sur l’insularité, ainsi qu’à écouter et à faire confiance à la population des Îles-de-la-Madeleine, qui réclame des mesures sanitaires reflétant la situation épidémiologique locale. Après tout, il n’y a ni transmission communautaire ni hospitalisations, ici, et le dernier cas remonte à six semaines. Avec un tel bilan à l’échelle nationale, le Québec en entier serait évidemment déconfiné.

Agir maintenant

La crainte des variants et la capacité du réseau de santé ne doivent pas servir de prétextes pour retarder les échéances. Le directeur de la Santé publique régionale, le Dr Yv Bonnier-Viger, disait lui-même mercredi à la radio d’État que « la dynamique des variants nous laisse croire que (…) ça viendra pas du jour au lendemain, on va avoir le temps de voir ça », ce qui laisse la possibilité de resserrer les mesures au besoin.

Ajoutons à cela la progression de la vaccination, qui couvre maintenant 20 % de la population et qui aura atteint l’ensemble des personnes les plus vulnérables d’ici quelques semaines.

La valeur ajoutée des mesures strictes imposées aux insulaires est aujourd’hui nulle, pour notre communauté comme pour le Québec. A contrario, les effets néfastes des mesures actuelles sur la santé physique et mentale des jeunes, des aînés et des familles sont de plus en plus présents et inquiétants : ils risquent d’entraîner des impacts durables et doivent donc être pris en compte à la lumière de la réalité épidémiologique locale.

Par sa nature insulaire, notre communauté compose déjà avec l’isolement, une situation d’ailleurs exacerbée par les mesures contraignantes imposées par les provinces des Maritimes sur le corridor de déplacement vers l’archipel depuis mars dernier.

Le temps est maintenant venu de redonner un peu d’oxygène aux insulaires et de revenir sans délai aux mesures de la zone jaune qui ont si bien servi notre communauté à l’automne.

Il est temps de permettre enfin aux jeunes de renouer avec le sport organisé, aux personnes aînées de revoir les proches, aux visites familiales et entre amis de reprendre dans un cadre limité, aux entreprises encore fermées de relancer leurs opérations, bref, à notre communauté de revivre dans le cadre de mesures adaptées à sa réalité.

Joël Arseneau
Député des Îles-de-la-Madeleine

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