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Publié le 4 mai 2021 | par Webmestre

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100 ans de récits et de gens : Michel Leblanc, la SAQ comme une deuxième maison


Tiré du Magazine Le goût de partager, édition spéciale 100 ans


 

Cela fait 42 ans que Michel Leblanc travaille à la SAQ de Cap-aux-Meules. Plus rien n’échappe à ce directeur de succursale, qui figure parmi la quinzaine d’employés ayant le plus d’ancienneté dans le réseau de la société d’État. 

De son vivant, l’ex-député Jean Lapierre avait l’habitude, comme bien du monde qui rentre au bercail, de passer par la SAQ de Cap-aux-Meules en débarquant aux Îles-de-la-Madeleine. Par conséquent, le directeur de la succursale, Michel Leblanc, figurait parfois parmi les premières personnes que voyait l’analyste politique, une fois les pieds dans l’archipel. Entre deux conseils d’accords vins et mets, Jean Lapierre prenait des nouvelles de l’air du temps en effectuant son petit ravitaillement. «Il était chaleureux, et il discutait comme si nous étions des amis», se souvient le directeur.

Depuis le temps que Michel Leblanc est là, beaucoup discutent avec lui comme s’il était un ami. En carrière, il a sans doute rencontré tout le gratin artistique et politique en vacances estivales aux Îles. Mais son grand plaisir, quand il voit quelqu’un entrer dans sa SAQ, c’est de savoir d’emblée ce que ce client-là aime boire. «Veux, veux pas, presque tout le monde finit par venir faire son tour. Même ceux qui ne prennent pas de vin finissent par en acheter lorsqu’ils sont invités quelque part. Même chose lorsqu’ils reçoivent — quand nous ne sommes pas en pandémie!» Michel Leblanc réfléchit. «Ici, nous sommes environ 12 000 habitants. Je dirais que je dois bien en connaître les trois quarts. Sans compter ceux qui ont une maison d’été. Je ne sais pas si c’est à cause du vin, ou du fait que j’ai été musicien, mais je suis certain que je suis plus connu que le prêtre!»

Passion et persévérance

Le jeune Leblanc venait d’avoir 18 ans lorsqu’il a été embauché — à temps artiel — pour décharger les camions, à la fin des années 1970. «Chaque fois qu’un permanent prenait sa retraite, ou qu’un temps partiel quittait son poste, ça faisait avancer chaque employé d’un rang.» Il y avait bien d’autres sociétés d’État qui lui auraient permis de faire carrière: Hydro-Québec, l’Hôpital de l’Archipel, le traversier CTMA et la SAAQ. «Entre vendre des licences, régler le compte de chauffage du monde ou conseiller les gens sur les plaisirs de la table, le choix, pour moi, était évident. À mes yeux, rien ne se comparait à la SAQ.»

À l’époque, le jeune homme faisait partie du groupe de musique Suroît, du nom de ce vent bien connu aux Îles, celui qui annonce le beau temps. Le chanteur et bassiste occupait parallèlement un troisième boulot, celui de livreur dans une cantine. «Trois petits peu qui formaient un tout», aime-t-il à penser. Jusqu’au jour où ce commis passé caissier-vendeur, puis coordonnateur des opérations en succursale, a vu son propre directeur prendre sa retraite. Nous étions au milieu des années 1990. «La patience n’est-elle pas la mère de toutes les vertus ?» demande celui qui dirige sa succursale depuis maintenant 20 ans.

«Que les personnes qui ont envie de croire que la SAQ ne s’occupe pas de son monde se détrompent, insiste le Madelinot. J’ai toujours été bien traité et j’ai la SAQ tatouée sur le cœur. Mon employeur m’a offert d’être transféré en Gaspésie ou à Québec, pour régulariser mon statut. Mais, vous savez, quand on vient des Îles, on a deux choix: s’exiler ou s’enraciner. Visiblement, pour moi, l’exil, ce n’était pas mon affaire.»

Screen Shot 2021-05-04 at 9.19.15 AMUne gastronomie typique des Îles

La SAQ Îles-de-la-Madeleine, à Cap-aux-Meules, s’étend sur 2000 pieds de plancher où s’étalent quelque 1800 produits. L’hiver, la succursale se gère pratiquement comme une Express. La clientèle est stable, et prévisible. Mais l’été, le nombre de visiteurs — et d’occasions — augmente et ça devient une SAQ Sélection, avec une gamme considérable de produits de niche.

«Le tourisme, ici, repose sur la gastronomie et les produits locaux, alors ça se ressent nécessairement sur les tablettes. On doit accorder le crabe, le homard, le pétoncle et le hareng fumé, le loup-marin, la pomme de pré, le pot-en-pot (un genre de tourtière des Îles, mais à base de fruits de mer), le T’chaude aux palourdes, le chiard à la viande salée ou même les croxignoles (un beignet tressé et frit dans l’huile de loup-marin). Ici, c’est plus qu’un endroit où on vient acheter des bouteilles, lance Michel Leblanc. C’est un lieu où on discute du vent et du beau temps, et où on partage ce qu’on prévoit de manger. Tout ça, c’est la vie!»

Les changements au fil des ans

Il arrive à Michel Leblanc, né à Fatima, à 5 km tout au plus de la SAQ, de se tromper de clés avec celles de sa maison, tant ces lieux se confondent dans son esprit. «La SAQ m’a permis de vivre chez nous, d’être au cœur de l’action, de connaître tout le monde et d’avoir la liberté de laisser mes clés dans ma voiture sans aucun danger. Il faut savoir ce qu’on veut, dans la vie… et persévérer pour l’obtenir.» Pour lui, rien ne valait la possibilité de vivre et de travailler dans sa communauté. «Je pense que personne ne connaît mieux son monde que celui qui vit dedans!» laisse-t-il tomber.

À l’aube de ses 60 ans, Michel Leblanc n’est pas fin prêt à prendre sa retraite, mais jure qu’il n’attendra pas une autre décennie. C’est au moins ça de pris pour les trois employés permanents et les six employés à temps partiel qui travaillent avec lui. L’an dernier, à une réunion provinciale, le directeur des ventes de l’est du Québec, Martin Lévesque, a demandé à chacun de spécifier son ancienneté. «Rendu à 40 ans, j’étais le seul qui avait encore la main levée. Le directeur des ventes m’a regardé et a dit: “Toi, quand tu vas nous quitter, on va faire une offre d’emploi et on va écrire qu’il s’agit d’un mandat pour les 50 prochaines années!”»

Au bout de quatre décennies, sa passion n’a pas diminué d’un iota. «Mais le client, lui, a changé, observe le vétéran. Il s’est éduqué, ses goûts se sont raffinés, il est devenu connaisseur de beaucoup de choses. De géographie, d’histoire, de cuisine, d’accords. Son vocabulaire a évolué, et avec l’aide des pastilles de goût, tout le monde peut discuter avec un conseiller sans se sentir intimidé.»

Si le client a gagné en raffinement et en curiosité, ce qu’il aime, par conséquent, a aussi évolué. «Quand j’ai commencé, les spiritueux constituaient la majorité de nos ventes. Maintenant, c’est le vin. Et les gens ont un intérêt pour les produits distinctifs. Nous sommes loin de L’Oiseau bleu et du Hochtaler!»

 Photo: Dominique Lebel (Michel Leblanc)
Source : Le goût de partager, édition spéciale 100 ans


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