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Publié le 13 octobre 2021 | par acadienouvelle

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Douze ans après le moratoire, la morue peine à se rétablir dans le golfe


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Autrefois une espèce abondante dans les eaux du sud du golfe du Saint-Laurent, y compris au large de la Péninsule acadienne, la morue franche fait l’objet d’un moratoire depuis 2009. Douze ans plus tard, l’espèce peine à se rétablir. La croissance de la population des phoques gris est vue comme étant l’une des principales causes, mais pas la seule.

Il y a quelques années, Pêches et Océans Canada a même averti que le poisson pourrait disparaître entièrement du sud du golfe du Saint-Laurent d’ici 2050 en raison de la prédation par les phoques gris.

Par contre, le phoque gris n’est pas responsable du déclin initial qui a mené à l’imposition d’un moratoire. Cela est plutôt attribuable à une pêche commerciale excessive pendant plusieurs décennies. Plus de 100 000 tonnes de morue ont été pêchées dans le sud du golfe du Saint-Laurent en 1958, mais les stocks ont commencé à diminuer au milieu des années 1970.

Au début de 2018, la biomasse du stock reproducteur était estimée à 13 900 tonnes, soit 4% des niveaux enregistrés dans les années 1980, et la diminution est constante depuis 1997.

«Les dernières évaluations prédisent un déclin continu de la population, malgré un moratoire et des activités de pêche qui sont à zéro. Le moratoire a été une réponse à une évaluation qui a déterminé que le niveau de la population du stock reproducteur était à un niveau tellement bas qu’elle ne pouvait plus soutenir une récolte durable», explique Daniel Ricard, biologiste en évaluation des stocks chez Pêches et Océans Canada, région du Golfe.

Cette période de surpêche a aussi coïncidé avec des efforts de protection du phoque gris, dont la population était menacée. Dans les années 1970, il n’y avait que quelque 10 000 phoques gris en Atlantique. Aujourd’hui, la population du principal prédateur de la morue s’élève à près d’un demi-million. La plus grande colonie est située sur l’Île-de-Sable, au large de la Nouvelle-Écosse, mais de plus en plus de troupeaux s’installent dans le sud du golfe du Saint-Laurent.

«Selon nos estimations, c’est ce qui contraint le rétablissement de la morue dans le sud du golfe. Essentiellement, la prédation ne permet pas aux morues d’atteindre une taille assez grande. On voit amplement de petites morues jeunes, mais on voit moins de grosses morues qui atteignent l’âge de la reproduction. Plus un poisson est grand, plus il a un apport important à la reproduction, ses œufs ont plus de chances de survie et ainsi de suite.»

Par contre, une nuance importante s’impose. Même si les phoques gris éliminent du jour au lendemain les morues franches de leur alimentation, le rétablissement des stocks n’est pas garanti en raison des changements climatiques et du réchauffement des eaux.

Selon un rapport scientifique publié par Pêches et Océans Canada, les morues du sud du Golfe ne se nourrissent pas beaucoup durant l’hiver et, par conséquent, leurs réserves d’énergie s’épuisent durant cette période.

«Cet épuisement d’énergie va devenir plus sévère à mesure que la température de l’eau va augmenter et pourrait résulter en une augmentation de la mortalité causée par une mauvaise condition de la morue. Même si la mortalité par prédation est réduite, le rétablissement de ce stock n’est pas garanti.»

Au Canada, une population de morue au large de Terre-Neuve-et-Labrador a aussi fait l’objet d’un moratoire au début des années 1990, mais dans cette région, les efforts de rétablissement montrent des signes encourageants.

«L’abondance des morues de taille commerciale apparaît stable alors que l’arrivée d’une nouvelle cohorte (2018) semble se concrétiser», peut-on lire dans un autre rapport publié par Pêches et Océans Canada.

Ailleurs dans le monde, particulièrement en Islande et en Norvège, l’espèce se porte très bien. Dans la mer de Barents, au nord de la Norvège, on pêche près d’un million de tonnes de morue par année.

D’autres moratoires

La morue est loin d’être le seul poisson menacé en Atlantique. Par exemple, la pêche à la plie et à la merluche blanche font l’objet de moratoires depuis le milieu des années 1990 en raison d’une surpêche.

Dans le cas de la merluche blanche, les prises sont toujours permises dans le cadre d’une pêche récréative et comme prises accessoires dans le cadre d’autres pêches commerciales. Les Premières Nations ont aussi le droit à une allocation de 30 tonnes pour des raisons traditionnelles.

Comme la morue, l’augmentation du nombre de phoques gris est vue comme l’une des multiples raisons qui contribuent au déclin de la merluche.

«Il y a aussi eu une surpêche et un effondrement des stocks, mais il y a aussi eu un changement de distribution du poisson. Ils ont migré vers des endroits où il y a moins d’impact provenant de la prédation, donc vers des eaux plus profondes, mais qui dit eaux profondes, dit moins de nourriture et tout ce que ça implique pour la survie. C’est un poisson qu’on retrouvait en zone côtière, autour de l’Île-du-Prince-Édouard et au large de la Péninsule acadienne», explique Daniel Ricard.

Maquereau

Le maquereau se trouve aussi dans un état critique et en principe, un moratoire pourrait être imposé pour protéger la ressource, mais son exploitation est toujours permise. Il est notamment utilisé comme appât dans la pêche au homard.

Un taux de capture de 4000 tonnes a été permis en 2021, une diminution de 50% par rapport à l’année précédente. On estime qu’un quota de 4000 tonnes offre une probabilité de croissance des stocks de 64% au cours des deux prochaines années, tout en permettant de continuer cette pêche.

«Il pourrait y avoir un moratoire, mais le maquereau est capable de soutenir une pêche moins grande. Si on met les choses dans leur contexte, historiquement, il y a eu des années avec des captures de centaines de milliers de tonnes», selon Daniel Ricard.

Par David Caron





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