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Publié le 25 janvier 2023 | par Radio-Canada

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Creux de saison pour l’industrie des pêches


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Tandis que les prix montent partout en raison de l’inflation, l’incertitude économique gagne la commercialisation des produits marins du Québec.

L’an dernier, l’industrie de la pêche au Québec a généré des retombées économiques de 1 milliard de dollars. Du jamais vu.

Les prix, notamment du crabe des neiges et du homard, ont atteint des sommets inégalés.

L’année 2023 marque toutefois un tournant. Après une dizaine d’années de croissance à peine freinée par la pandémie, l’industrie québécoise des pêches doit maintenant composer avec une tout autre réalité.

D’ailleurs, le thème de son 44e congrès annuel, Performance de notre industrie face aux bouleversements mondiaux, annonce assez bien les couleurs.

Des entrepôts toujours pleins

À deux mois de l’ouverture de la saison de pêche, l’inflation, la menace de récession, la pénurie de main-d’œuvre, mais aussi d’importants stocks invendus déstabilisent l’industrie.

Durant la saison 2022, les prix records du homard et du crabe sur le marché américain se sont mis à dégringoler.

Le crabe russe, à bas prix, a inondé le marché et les consommateurs ont commencé à ressentir les effets de l’inflation.

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Les consommateurs ont dit non, observe Robert Nicolas, rédacteur en chef de Pêche Impact et responsable du bureau École-Industrie à l’École des pêches et d’aquaculture du Québec (EPAQ). Il y a un plafond qui a été atteint , poursuit M. Nicolas. Le consommateur a dit assez, c’est assez. Il n’est pas question qu’on achète vos produits de la mer à un prix aussi dispendieux.

Les transformateurs sont ainsi restés coincés avec de grandes quantités d’inventaires déjà payés à des prix très élevés au débarquement.

Certaines entreprises ont perdu beaucoup et perdent encore puisque plusieurs entrepôts frigorifiques de l’Atlantique et du Québec sont encore pleins.

Ces stocks risquent d’être vendus à perte ou conservés à grands frais. De l’argent ne pourra donc pas être investi pour pallier la pénurie de main-d’œuvre, améliorer la productivité de l’usine ou développer de nouveaux marchés.

Le dilemme américain

Plus de 80 % des produits marins québécois sont exportés aux États-Unis, comparativement à 63 % de ceux de l’ensemble du Canada.

À la mi-mars, tous les transformateurs seront à Boston pour le Seafood Expo North America, où se conclut la majorité des ventes de produits marins en Amérique du Nord.

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Les premiers signes en provenance du sud de la frontière ne sont pas rassurants, selon Robert Nicolas. Ça risque, dit-il, d’être un marché complètement différent des autres. Ça va être vraiment un événement de vendeurs. Autant dans les dernières années, nos producteurs et transformateurs attendaient avec le sourire les acheteurs étrangers à travers le monde, cette année, je pense qu’on va courir davantage après eux.

 

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Cette dépendance vers les routes du sud a un prix pour les transformateurs québécois. La valeur du homard québécois n’a pas progressé au même rythme que celle du homard des autres régions du Canada.

Lorsque le marché américain devient plus difficile, l’industrie tente de développer de nouveaux marchés.

Un travail interrompu

C’est ce qu’elle a fait en 2008 lors de crise financière ou lorsque la valeur du dollar canadien a presque atteint la parité avec la devise américaine.

Le Québec a ainsi tenté de développer les marché chinois, japonais, européen ou Sud-est asiatique. Ces efforts sont maintenant à refaire puisque certains marchés ont été abandonnés durant la pandémie, explique le conseiller sénior chez GIMxport, André-Pierre Rossignol.

C’est le cas du marché japonais, entre autres, parce que la main-d’œuvre exigée pour produire le crabe, comme demandé par le Japonais, n’était pas disponible ou ne pouvait pas effectuer le travail en raison des contraintes sanitaires. Donc, il y a des marchés à reconquérir où on était moins présent dans les deux dernières années, où on était présent avant.

André-Pierre Rossignol rappelle aussi qu’à l’international, le Québec est un petit joueur en termes de volume. Il y a quand même une place pour nous, dit-il, et il faut la prendre.

Une autre approche

C’est aussi l’avis du président de la firme marketing Marcon, Jean Dumas.

Il estime que les transformateurs du Québec devraient affiner leur stratégie de mise en marché et miser sur le développement de marchés de niche.

Il note l’importance de l’emprise du marché américain sur l’industrie québécoise.

Il observe de plus que la mise en marché, notamment dans le homard, s’effectue par l’intermédiaire de grossistes et de revendeurs et table sur de grands volumes de ventes alors que le Québec est en concurrence avec des joueurs de l’Atlantique beaucoup plus importants. Ce n’est pas le Québec qui donne le ton en matière de pêcheries au pays, observe M. Dumas, ce sont les provinces de l’Atlantique.

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Il croit que le marché canadien, notamment celui de Toronto, pourrait être une avenue intéressante à développer comme l’ensemble des marchés limitrophes qui permettent de mettre en valeur la fraîcheur du produit. Aller directement vers des acteurs qui, eux, sont intéressés à la fraîcheur, c’est-à-dire les détaillants qui veulent offrir un produit de première qualité. Il y a peut-être des opportunités d’une plus grande valorisation de ce côté-là.

Ventes au Québec

Cette avenue pour Robert Nicolas reste limitée en raison de la petitesse du marché local comparativement à celui des Américains.

Malgré tout, selon lui, plusieurs entreprises sont déjà très présentes sur le marché québécois. On a des entreprises dans la transformation de la crevette qui ont un bon accès sur le marché québécois. On a des entreprises, par exemple dans les poissons de fond. On est très présent sur les marchés au printemps jusqu’au début de l’été avec le crabe des neiges et le homard vivant. Il souligne d’ailleurs que, certaines années, 50 % du homard vivant est vendu au Québec.

Soutien de Québec

Cette croisée des chemins dans la mise en marché des produits marins est suivie avec attention par le ministre des Pêcheries du Québec, André Lamontagne.

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Le ministre était d’ailleurs de passage mardi au congrès pour rencontrer les membres du conseil d’administration.

Il les a rassurés sur l’accompagnement que le Québec pouvait apporter dans cette période de turbulences, entre autres, par le biais d’Investissement Québec. Il y a de l’opportunité pour innover, pour investir, pour aider en automatisation, en robotisation. Je regarde les taux d’aide, comment on vient aider ces entreprises, quand ils [les transformateurs] mettent une piastre, on met pas mal d’argent, commente le ministre Lamontagne.

Reste que la saison s’annonce sous le signe de la prudence. Le président de l’AQIP, Bill Sheehan, en est plus que conscient : Les investissements vont devoir être passés au filtreur pour avoir quelque chose de rentable avec 100 % de garantie. Ce sera une année qui ne sera pas facile sur tous les plans.

LA UNE : Les industriels de la pêche, propriétaires des usines de transformation de produits marins, sont en congrès à Québec. (Photo d’archives). PHOTO : RADIO-CANADA / ISABELLE LAROSE

PAR Joane Bérubé





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