Émotions envoy-1961

Publié le 7 décembre 2016 | par Georges Gaudet

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Est-ce la fin de la boîte manuelle ?


R.I.P. pour la boîte manuelle… ?

bras-de-vitesse-2*Depuis quelques semaines, les fabricants de l’automobile clament sur toutes les tribunes la fin de la transmission manuelle sur toutes les voitures ou presque. La manœuvre est habile puisque ces compagnies vont probablement gagner sur tous les plans. Le 1500. $ supplémentaire ajouté au prix de la voiture à transmission automatique ne va certainement pas être soustrait du prix de base et quant au consommateur qui souhaitera toujours une transmission manuelle, on lui dira que c’est tellement rare qu’il y a un prix additionnel ajouté à son véhicule. Voilà qui s’appelle «se faire enfiler un sapin » vous savez où, et encore là, je suis très poli. 

Il y a trois semaines, j’ai échangé ma voiture pour un autre modèle tout en précisant que je voulais un véhicule avec transmission manuelle. Le vendeur a écarquillé les yeux et m’a regardé comme si j’étais un extraterrestre, à moins qu’il me prit pour un produit du Neandertal.

Et pourtant !

envoy-1961Quand mon père eût sa première voiture, une Envoy (Vauxhall) quatre cylindres, payée 1900. $ toutes taxes inclues, j’avais 12 ans, presque 13. Au salaire de 165. $/mois en ces années-là, c’était tout ce qu’il avait pu s’offrir.  Je me souviens alors que parfois, quand je m’étais bien comporté à l’école et qu’il était fier de moi, sa façon de me récompenser était bien spéciale. Toujours conducteur, il enfonçait la pédale d’embrayage (la clutch) et me disais :« change les vitesses. » J’ai alors appris tôt que le parcours du bras de transmission posé à l’horizontale du côté droit du volant avait un parcours ressemblant à la lettre «H ». (1) en bas vers soi, (2) en haut vers le tableau de bord et (3), tout en bas à la verticale. Pour le recul, il suffisait de remonter jusqu’à la barre horizontale de la lettre H et tirer vers soi puis remonter tout en haut, le plus près possible du volant. Et c’est ainsi que j’ai appris à maîtriser « l’art » de l’embrayage du premier véhicule que j’ai conduis. Ne le dites à personne, mais en fin d’été, lors de la saison des foins, j’ai obtenu le privilège de me promener « tout seul » entre les « mûlerons » de foin dans l’enclos non loin du domicile. J’étais devenu le distributeur de « Kool-Aid » avec glaçons auprès de toute la population ouvrière du champ de foin, ceci au grand dam de mon plus jeune frère qui brûlait d’envie de faire pareil.

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Aujourd’hui, je roule toujours en voiture manuelle et j’adore. Après plus d’un million de kilomètres sur les routes de presque toutes les provinces canadiennes, 17 états américains, quelques milliers de kilomètres en France et cinq années d’enseignement à temps partiel dans une école de conduite automobile, j’éprouve toujours le plaisir de fermer la radio et d’écouter le moteur respirer entre chaque changement de vitesse de même que le bruit des pneus mordant le bitume comme autant de chevaux parcourant la plaine. Bien sûr, les choses ont évolué. Je dispose maintenant d’un système d’injection sur les cylindres, ce qui minimise les mauvaises toux du moteur et de 6 points d’embrayage en plus d’un synchronisme adéquat et un anti-recul au point de friction de la première. Quant à ce dernier gadget, je le déteste parce qu’il dispense de cette belle maîtrise de ce fameux point de friction en position arrêtée et en pente. Eh oui, je suis peut-être un dinosaure de la route et ce dinosaure, il a l’impression de conduire et d’y éprouver un véritable plaisir. Plutôt que de rouler à 140k/h sur une autoroute pleine de radars réglés à 100k/h et de stresser en promenant le regard constamment entre la route et mon texto en plus de parcourir 123 pi/s ou 37 m/s à l’aveugle chaque fois que je baisse le regard sur mon «cell», je me fais plaisir de rouler, que ce soit à 50 k/h ou 100 k/h en écoutant ma musique préférée, le ronflement de mon moteur tout en maintenant constamment le regard sur la route.

Eh oui, les temps ont changé et est-ce pour le mieux ? La plupart du temps, certes, mais tout peut être relativisé. Regardons le monde de l’aviation par exemple. Il est aujourd’hui plus sécuritaire de prendre l’avion que de se rendre à l’aéroport et ceci grâce à l’évolution de la technologie. Toutefois, le vieux pilote d’avion plus léger qui transportait entre 2 et 5 passagers, le manche à balais (le volant de l’avion) entre les jambes et deux magnétos pour le feu sur les cylindres, avait comme choix de trouver un terrain vague pour poser son appareil en vol plané si le ventilateur qui lui tenait lieu de moteur décidait de s’arrêter. Cela pouvait se résumer entre un succès et/ou quelques pertes de vies. Aujourd’hui, un Dreamliner de Boeing ou un Airbus A380 peut transporter entre 350 et 700 passagers de façon extrêmement sécuritaire. Toutefois, selon les lois de la statistique, un drame va arriver un jour. Si par exemple, les deux moteurs arrêtent sans explications comme cela est arrivé dans le cas du commandant Piché, le commandant de bord et son copilote devront soit se fier aux nombreux ordinateurs qui contrôlent à peu près tout et se mettre à prier, à moins qu’ils aient le temps de se farcir un volume de 500 pages sur les causes possibles d’une telle panne. Dans un cas exceptionnel, tous peuvent avoir la vie sauve, mais un jour arrivera, statistiquement parlant, que plus de 500 vies seront perdues. Pour en arriver là, il faudrait entre 100 et 500 «crash» de petits avions. Comme quoi, tout peut être mis en perspective.

Quant aux internautes au mépris maladif envers les gens qui ne pensent pas comme eux et qui disent que la disparition de la transmission manuelle va débarrasser les routes des «clutcheux», je vais être impoli ici et je les «emmerde» avec plaisir. Dans peu de temps, ils auront tout le loisir de rouler comme ils le veulent avec des caméras avant, arrière, sur les côtés. Des bip-bip un peu partout et pas de volant. Ce sera l’ordinateur qui conduira à leur place et ils auront tout le temps de texter leurs infamies sur les réseaux sociaux en s’en allant travailler comme des robots, tous ensembles, à la même place et pour le même employeur… un propriétaire inconnu de cette immense machine qui dirigera la moindre parcelle de leur vie. Le cerveau est un muscle qu’on dit paresseux et si on le met au rancart en laissant les ordis tout gérer, je ne suis pas certain que la race humaine demeurera toujours maître de son destin, mis à part cette minorité qui détiendra l’ensemble des DATA  «données» de ce monde.

En 5e année du primaire, j’ai péniblement appris à extraire la racine carrée d’un nombre sans l’aide d’une calculette. Certains diront que cela ne m’a servi à rien. Peut-être, mais qui sait ce que mon cerveau à acquis par cet exercice. En terminant, je peux aussi recourir à un correcteur de texte automatisé, mais malgré tous les avantages qu’il me procure, je ne peux me permettre de lui faire entièrement confiance. Mon écriture est imparfaite, souvent bourrée d’anglicismes volontaires ou non, mais j’ai le contrôle de ce que je souhaite exprimer et de plus, les sentiments, les émotions, lui, il ne connaît pas. Quant aux fameux participes passés, il se bute souvent au dernier nom qui apparaît dans sa mémoire faite de zéros et de un.

*Alors, j’embarque dans mon «char», je tourne la clef «on», pis j’gearshift en première, j’lâche la clutch pis envoye la vieille, on part pour du pur plaisir… en attendant le char à batterie «energiser» ou «duracell».

Bonne semaine à toutes et à tous.

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À propos de l'auteur

Georges Gaudet

Chroniqueur indépendant, conférencier sur divers sujets, rédacteur de documents corporatifs, écrivain et artiste peintre quand il me reste du temps. Il tient un blog depuis des années intitulé Des mots, des bateaux et des pinceaux.



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