Émotions Chev-biscayne 1964 (i)

Publié le 25 avril 2017 | par Georges Gaudet

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Bouteilles vides et Expo-67


L’école polyvalente des Îles de la Madeleine (EPIM) – 1966/1967 (2/3)

Les années de tous les espoirs où

Comment 22 gars et leur prof se sont payé un voyage à l’EXPO-67OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 C’est au cours d’une de ces pauses en cours d’algèbre que Frère Guy nous proposa un projet bien modeste. Depuis quelques années, les compagnies de bière ne consignaient plus les bouteilles pour les Îles de la Madeleine à cause des coûts du transport. Résultat : les fossés regorgeaient de bouteilles vides et lors des journées ensoleillées, les routes avaient l’air recouvertes de diamants alors qu’il ne s’agissait que de verre écrasé, soit un véritable désastre pour l’environnement. De là, surgit l’idée de ramasser des bouteilles vides pendant les jours de congé dans le but de faire pression sur les compagnies de bière afin de se payer en fin d’année, chacun un veston marine avec plastron de l’ÉPIM, cravate bourgogne, chemise blanche et pantalons gris pour toute la classe. Ainsi, le projet fut mis en œuvre avec l’aide du camion de la polyvalente et la bienveillante collaboration du conducteur, « les moulins à coudre Singer », M. Gérard Cormier. D’ailleurs, cet homme jovial et toujours de bonne volonté fut une grande perte pour tout le personnel et les élèves de la polyvalente. Et c’est ainsi que cela ne prit que deux week-ends pour nous rendre compte que le produit n’était pas récupérable le long des routes. Nous nous sommes donc mis à frapper aux portes des maisons et à notre grande surprise, bien des gens ramassaient leurs bouteilles dans leurs caisses initiales, souvent bien rangées dans le sous-sol, la remise ou le garage. En peu de temps, notre cueillette dépassa toutes nos espérances, mais les gens voulaient au moins un petit pécule pour leur avoir. Nous avons alors expliqué notre projet et promis 10 ¢/caisse si nous trouvions acheteur. Frère Guy ouvrit alors un livre comptable. Cela ne nous coûterait rien si nous ne trouvions pas d’acheteurs. En même temps, une lettre de sollicitation fut envoyée avec explications de notre projet à O’Keefe, Molson et Labatt. Bien que les réponses tardèrent à venir, la quantité de caisses de bière vides qu’on nous offrait nous subjugua. Bien des gens ne nous croient pas encore, mais entre mars et début juin 1966, notre classe de 22 gars en plus de notre professeur avons amassé 42,000 caisses de bouteilles de bière vides.

De la logistique    

Chev-biscayne 1964 (i)Toutes les fins de semaine, nous avons ratissé toutes les paroisses des Îles en nous divisant le territoire par secteurs proches ne nos maisons respectives. C’était l’année où j’avais obtenu mon permis de conduire et j’ai ruiné la suspension du vieux Chevrolet Biscayne 6 cylindres 4 portes de mon père et heureusement sans qu’il m’en coûte un sou. À cela s’ajoutait les sorties en soirées des vendredis et samedis, tant et si bien que le dimanche avant la messe, mon père mettait la main sur le capot de sa voiture et disait souvent : « c’est comme un diesel, le moteur est encore chaud ». Afin de prendre le volant le plus souvent possible, je m’étais fait assigner tout le secteur de Grande-Entrée en plus de Havre-aux-Maisons. Chacun faisait sa part comme il le pouvait et avec l’aide des parents dans la plupart des cas. Dans la grange chez moi, j’ai amassé 1400 caisses de bière en peu de temps et d’autres en ont fait autant. Même que je me souviens combien on peut mettre de caisses de bière vides dans une Chevrolet de cette époque. En retirant le cric, le pneu de secours et en chargeant le siège avant tout en laissant juste assez d’espace pour tenir le volant, j’ai fait 4 voyages à Grande-Entrée en emportant 105 caisses chaque fois. À cette époque, l’asphalte n’existait plus juste après la Pointe-aux-Loups et toujours maniaque de l’aviation comme je l’étais, je me faisais plaisir en accélérant jusque 60 mph (100 km/h) sur l’asphalte pour m’imaginer atterrir dans un fracas de gravier à cette vitesse sans jamais perdre le contrôle. C’est là que les « ball joints » de la voiture de mon père ont pris l’bord. Et puis, la compagnie Molson a répondu à notre appel. On nous offrait 35 ¢ la caisse en plus du transport payé via CTMA, mais ils ne savaient pas encore que nous avions amassé 42,000 caisses, dont une pleine que nous avons partagée entre les 22 débardeurs que nous sommes devenus pendant deux fins de semaine.

Un projet plus grand que nature

Les autorités gouvernementales venaient d’offrir aux élèves de la polyvalente, un voyage tous frais payé par avion pour une durée de deux jours sur le site de l’Expo67. L’idée était alléchante, mais notre classe a décliné l’invitation. Nous avions trop travaillé et nous voulions vivre une expérience différente. Entre-temps, la compagnie Molson nous a fait parvenir un chèque de 14,700 $ et c’est ainsi que nous avons décidé d’un commun accord de faire différemment. D’abord, 4,200 $ furent distribués aux gens qui nous avaient fourni tant de caisses et il nous restait alors 10,500. $ pour planifier le reste du voyage. Pour nous, il n’était pas question de faire un aller-retour en si peu de temps, mais de visiter en chemin et comme disait le Frère Guy, enrichir notre culture, même avant d’arriver sur le site de l’Expo67.

DC-3 Air Gaspé (i)Nous avons donc nolisé le DC-3 d’Air-Gaspé, un avion de 23 passagers qui devait nous amener des Îles jusque Moncton au Nouveau-Brunswick, puis un autocar de SMT (Service Maritime Transport) de Moncton jusque Rimouski et ensuite, l’autocar Voyageur jusque Montréal avec un arrêt de deux jours à Québec. Pour le retour, il fut convenu que chacun s’en revenait quand il le voulait et selon ses propres moyens puisqu’il nous restait à chacun la jolie somme de 320 $.

Il restait les examens du ministère

Tout était planifié sauf que nous avions tous un peu triché sur le temps consacré à l’algèbre, une matière dont j’étais trop heureux de m’en passer personnellement. Frère Guy eut alors l’idée de nous donner trois fins de semaine entières, exclusivement consacrées à l’étude de l’algèbre, soit de 9 h à 16 h, tant le samedi que le dimanche. Aussi, avons-nous dû charger à bout de bras sur des palettes de bois, 21,000 caisses de bière vides à deux reprises à bord du CTMA MADELEINE (aujourd’hui, appelé le petit madeleine par les anciens employés de CTMA). Inutile de dire que voyant les examens du ministère approcher, l’examen d’algèbre nous faisait un peu peur, mais malgré un bourrage de crâne évident en tout dernier recours, toute la classe a réussi l’examen. Une fois le party de fin d’année consumé, il nous restait à convaincre nos parents de notre planification de voyage et notre intention de retour selon ce qui était convenu avec eux. Et c’est ainsi qu’un jour de fin juin 1967, un avion atterrissait sur la piste de Havre-aux-Maisons pour prendre à son bord de façon exclusive, 22 gars et leur professeur, direction Moncton, NB. Pour un temps, c’était notre avion, notre voyage et surtout, notre projet que se réalisait. Les adieux étaient faits à cette polyvalente qui nous avait tant apporté en cette année exceptionnelle et il s’ouvrait devant nous, tout un monde… où tous les rêves étaient permis.

*Dans la prochaine et dernière chronique (3/3), un beau voyage et l’Expo67.

Georges Gaudet

 

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À propos de l'auteur

Georges Gaudet

Chroniqueur indépendant, conférencier sur divers sujets, rédacteur de documents corporatifs, écrivain et artiste peintre quand il me reste du temps. Il tient un blog depuis des années intitulé Des mots, des bateaux et des pinceaux.



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