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Publié le 19 décembre 2014 | par Magazine Découvertes

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Mario Cyr : Plongeur extrême


Un article original de

NEZ À NEZ AVEC UN OURS POLAIRE HAUT DE TROIS MÈTRES, ATTAQUÉ PAR UN MORSE À 25 MÈTRES DE PROFONDEUR ET DÉCLARÉ CLINIQUEMENT MORT PAR NOYADE DANS LES EAUX GLACÉES DE L’ARCTIQUE, MARIO CYR EST TOUJOURS BIEN VIVANT ET PLUS DÉTERMINÉ QUE JAMAIS À CAPTURER DES IMAGES QUI DONNENT FROID DANS LE DOS.

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par Diane Laberge

Loin de lui l’idée de dire qu’il ne connut jamais la peur. En toute humilité, le plongeur émérite — reconnu comme l’un des six plongeurs en eau glacée les plus recherchés au monde par le National Geographic, Discovery et la BBC — admet avoir eu à quelques reprises l’impression de vivre dangereusement.

Spécialiste du froid extrême, Mario Cyr a «plongé» tête première dans les plus grandes aventures sous-marines, de l’Antarctique à l’Arctique en passant par le Groenland, la Russie et la Norvège. Il a croisé sur son parcours une faune marine mythique à glacer le sang de tout être normalement constitué: ours polaires, morses, requins blancs, phoques-léopards, bélugas, baleines et j’en passe. Loin de l’ébranler, ces rencontres sont un véritable carburant pour le plongeur en quête d’images inédites.

En 37 ans, il a plongé dans toutes les conditions, sous toutes les latitudes, à toutes les profondeurs, spécialement dans les eaux glacées où le corps subit d’énormes pressions. «Lorsqu’on descend à des profondeurs de 110m (355 pieds), on a souvent jusqu’à 5 bouteilles autour du corps dans lesquelles on a fait des mélanges gazeux qui permettent de modifier l’air que l’on respire. Si tu ne fais pas les bons mélanges d’oxygène et d’azote, si tu ne respectes pas les paliers de décompression, tu peux facilement t’intoxiquer et l’aventure se termine ici», admet le plongeur-caméraman, conscient des dangers du métier, mais déterminé à le mener de la façon la plus sécuritaire qui soit.

Quand on l’écoute raconter ses péripéties, on a pourtant tendance à croire qu’il prend des risques, beaucoup de risques. C’est que la quête du frisson fait aussi partie des raisons pour lesquelles il exerce ce métier. «Je sais ce que je fais, je sais où je vais et jusqu’où je peux me permettre d’aller. Je vois moi-même à la préparation de l’équipement et pour le reste, je m’en remets à mon sixième sens», soutient le plongeur.

LA QUÊTE DU FRISSON

Mario Cyr n’hésite pas à parler d’un véritable buzz d’adrénaline quand il doit descendre à 70m sous la glace par un minuscule trou à la surface de l’eau glacée de l’Antarctique. «C’est l’ivresse des profondeurs. Entre nous, on appelle ça l’effet martini. À plus de 30m, ça équivaut à l’effet d’un martini; à près de 40m, on grimpe à deux martinis; à 50m, on ressent l’effet de trois et ainsi de suite.» Ainsi, l’intoxication par l’azote contenu dans les bonbonnes crée un buzz à saveur de récidive. Lorsque bien contrôlé, l’effet est extraordinaire, voire euphorisant. «À 110m, c’est le plus beau feeling qui peut exister sur terre. Le fil entre la vie et la mort semble aussi mince qu’une lame de rasoir. Je pense qu’il n’y a rien d’aussi puissant que ça. Par contre, à la moindre erreur, au moindre dysfonctionnement de l’équipement, tu meurs!»

Il y a aussi l’autre buzz, celui qui vient du contact direct avec la faune marine. Depuis le temps, et après des milliers de plongées, Mario Cyr est arrivé à établir une complicité avec les mammifères qu’il côtoie sous les mers. «Je leur parle, je les rassure, je m’approche lentement et j’observe le moindre mouvement, frisson, avertissement. Tous les animaux vont prévenir avant d’attaquer.»

Mario se souvient encore de sa première plongée à Igloolik, en Arctique. C’était en 1991. Il était le premier à plonger avec les morses. Les Inuits lui disaient qu’il ne s’en sortirait pas vivant. «Je me rappelle m’être dit — c’est juste un gros phoque avec de grosses dents — et j’y suis allé.» Il est d’abord descendu dans une cage, une fois, deux fois, trois fois. Quand le morse a semblé l’avoir apprivoisé, il est sorti de sa cage pour s’en approcher. Les images qu’il a capturées lui ont valu une palme d’or au National Geographic.

LE BUZZ ABSOLU

Plonger avec les ours polaires est une activité très récente. Mario Cyr a été parmi les premiers à essayer, il y a cinq ans. «À force de les étudier, on s’est aperçu que l’ours polaire est beaucoup plus à l’aise pour chasser le phoque sur la banquise. Sous l’eau, il ne s’en occupe même pas. J’ai pensé qu’en me faisant passer pour un phoque, je pourrais m’en approcher.»  Les images qu’il a tournées à Repulse Bay, sur le cercle polaire, sont hallucinantes. «Pour y arriver, j’ai appris à jouer à cache-cache avec l’animal et à surplomber ma ceinture pour descendre à la vitesse grand V, si jamais…»

Du côté de Port Elizabeth en Afrique du Sud, il y a le Sardine Run où, chaque année, des millions de sardines migrant vers le Mozambique déchaînent les appétits. «On plonge littéralement dans une soupe. Il peut y avoir jusqu’à 3000 dauphins qui viennent se nourrir ici. Au-dessus de l’eau, des milliers de fous du Cap (leurs fous de Bassan) plongent tête première en quête de nourriture. Autour de nous, tu vois ça arriver de tous côtés: les requins blancs, les requins cuivrés, les dauphins et les baleines. On doit se recroqueviller jusqu’à former une boule, question de ne pas se faire mâchouiller une jambe ou un mollet.» Tout ça avec une caméra de 40 kilos (ultra coûteuse) et un équipement de 50 kilos sur le dos. «Tu remontes dans le zodiac épuisé en ayant l’impression de peser 800 livres. Mais quel buzz

À 54 ans, Mario Cyr se fait plus sage. «J’ai toujours dit que je ne mourrai pas en plongée. Je connais ma condition physique et j’ai confiance en moi. Ça n’arrivera pas.»

photos Mario Cyr  |  Serge Boudreault  |  Pierre Dunnigan  |  François Prévost

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One Response to Mario Cyr : Plongeur extrême

  1. Robert Fortier a dit :

    Bonjour,
    je regarde de nombreux documentaires sur la vie marine et ça fait quelques fois que je m’interroge sur un point à propos de vos plongées. De toute évidence, une bonne partie des plongeurs-caméramans filment en apnée. Nécessairement, la durée de la plongée en est limitée. Je comprends aussi, même si je n’ai jamais fait de plongée combien de grosses bouteilles d’oxygène peuvent être encombrantes en plus de produire une grande quantité de bulles et déranger les animaux marins. Ma question est celle-ci: serait-il possible d’envisager quelque chose comme un mini tube d’oxygène qui fournirait quelques bouffées d’air question de doubler, voire quadrupler le temps de plongé tout en minimisant un mur de bulles?. Je ne sais pas si ça fait du sens. Peut-être que bien d’autres y ont déjà pensé. Qu’en dites-vous?

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