Les contre-tarifs, un électrochoc pour l’industrie de la pêche

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Jusqu’à présent, les pêches étaient passées sous le radar de la guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada. Ce n’est plus le cas. Poissons et fruits de mer figurent en tête de liste des contre-tarifs annoncés par Mark Carney cette semaine. L’industrie québécoise craint une réplique.

On se comptait chanceux, laisse tomber Serge Fortin, le directeur général de l’Association québécoise de l’industrie de la pêche (AQIP). Jusqu’à cette dernière salve, les transformateurs qu’il représente avaient échappé aux tarifs.

Mais voilà, poissons, mollusques, crustacés importés des États-Unis seront frappés par des droits de douane de 25 % à compter du 8 septembre. Pour certains transformateurs, principalement vers le centre de la province, selon M. Fortin, cette surtaxe aura un impact direct.

Dans l’Est du Québec, la plupart des usines sont à l’abri. Selon l’AQIP, seuls deux transformateurs gaspésiens importent de la matière première des États-Unis, le reste utilise des produits de la mer pêchés ici.

Serge Fortin dans un bureau.Le directeur de l’AQIP, Serge Fortin, reconnaît que le virage vers les marchés de l’Ouest canadien, de l’Asie et de l’Europe n’est pas complété. (Photo d’archives) Photo : Gracieuseté : Serge Fortin

Le président de l’Office des pêcheurs de crabes des neiges de la zone 16, Jean-René Boucher, croit que les contre-tarifs visent plutôt le homard du Maine, qui prend la route de la Nouvelle-Écosse à l’automne.

Il n’en reste pas moins que Serge Fortin est déçu et inquiet : ces contre-tarifs ouvrent la possibilité bien réelle que Donald Trump impose ses propres tarifs à l’industrie de la pêche québécoise, ce qui lui ferait très mal.

Si on n’avait pas compris le message qu’il fallait diversifier nos marchés, maintenant c’est clair, renchérit Jean-René Boucher.

Jean-René Boucher.

Encore trop tôt

Les efforts pour se déployer dans d’autres marchés vont bon train, avance le directeur général de l’AQIP, mais ces démarches prennent du temps. Traditionnellement, les échanges se faisaient sur un axe nord-sud, entre les provinces et les États américains de la côte est.

L’industrie se tourne maintenant vers l’ouest et vers l’est : d’une part vers les provinces de l’Ouest canadien, et d’autre part vers les marchés asiatiques et vers l’Europe. Ces démarches impliquent de tisser des liens solides, de bâtir une confiance, avant d’éventuellement nouer de nouvelles ententes, ce qui peut prendre des années.

Bref, l’industrie n’est pas encore prête à subir des tarifs de la part de nos voisins du sud. Le marché américain reste prédominant. Trop peu a changé depuis l’entrée en poste de Serge Fortin, il y a deux ans environ.

Ce qui m’a étonné, à l’époque, c’est d’apprendre que 86 % des produits de la mer québécois étaient exportés, et que 90 % de ce qui était consommé était importé, relate-t-il.

Une citation de Serge Fortin, directeur général de l’Association québécoise des industriels de la pêche

Une lueur d’espoir existe donc pour les transformateurs : celle que les contre-tarifs canadiens ouvrent de nouveaux marchés aux produits locaux.

Par contre, ce n’est pas suffisant pour estomper les craintes de Serge Fortin. C’est impensable de penser qu’on peut déplacer des millions de tonnes de marchandises des États-Unis vers un autre pays, dans l’immédiat.

LA UNE : L’industrie craint une réplique américaine aux contre-tarifs canadiens sur les poissons et les fruits de mer. (Photo d’archives) Photo : Radio-Canada / Nicolas Bougeard

PAR vec la collaboration de Catherine Paquette