Dans la foulée de la fermeture du Tim Hortons de Cap-aux-Meules, Radio-Canada a demandé aux candidats des Îles-de-la-Madeleine de prendre position face aux défis démographiques de l’archipel.
Avec une population vieillissante et un resserrement de l’immigration, l’archipel madelinot peine à renouveler sa population active. Alors que la situation inquiète plusieurs intervenants madelinots, les aspirants députés font valoir leur point de vue.
La perte récente de l’unique Tim Hortons des Îles-de-la-Madeleine a fait grand bruit. Cette fermeture a mis en lumière les importants défis démographiques auxquels le territoire insulaire est confronté.
Les gens ont réalisé qu’on fait face à un vieillissement de la population, que c’est peut-être la première fermeture, mais qu’il pourrait potentiellement y en avoir d’autres, explique le directeur de la Chambre de commerce des Îles-de-la-Madeleine, Martin Paquette.
Les gens ont réalisé qu’il faut réagir avant qu’il ne soit trop tard, parce qu’on a besoin de différents types de commerces.
En se basant sur une récente étude, la Chambre de commerce des Îles-de-la-Madeleine fait valoir que le déficit de main-d’œuvre pourrait atteindre 1057 postes d’ici 2028, soit près de 17 % des effectifs actuels de l’archipel.
Une population insulaire vieillissante
L’âge médian des Madelinots est de 54,8 ans, soit 12 ans de plus que celui de l’ensemble des Québécois.
Actuellement, près de 32 % des Madelinots ont 65 ans et plus, comparativement à moins de 22 % pour l’ensemble du Québec. D’ici 2041, cette proportion frôlera les 40 % de la population madelinienne. À l’heure actuelle, on ne compte que 42 jeunes pour 100 personnes qui partent à la retraite dans l’archipel.
Source : Institut de la statistique du Québec et Corporation d’innovation et de développement des Îles-de-la-Madeleine
Le maire des Îles-de-la-Madeleine souligne que les enjeux démographiques font partie des priorités mises de l’avant par l’administration municipale dans le cadre de la campagne électorale.
Le défi est structurel, c’est un enjeu systémique pour notre territoire. On ne peut pas ralentir nos efforts
, lance Antonin Valiquette.
Ce dernier souligne que la Stratégie d’attraction des personnes a été mise en place en 2018, dans l’espoir d’obtenir un solde migratoire positif d’au moins 100 personnes annuellement.
La vision des candidats
Radio-Canada a interpellé les six candidats en lice aux Îles-de-la-Madeleine sur les solutions pouvant assurer un maintien de la main-d’œuvre dans l’archipel.
Joël Arseneau, candidat du Parti québécois
Le député sortant et candidat péquiste des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, lance d’emblée que la démographie est un défi de communauté
qui relève de nombreux intervenants.
M. Arseneau mentionne en premier lieu que le Parti québécois propose des incitatifs fiscaux pour maintenir les personnes aînées sur le marché du travail et que des initiatives sont déjà en place pour attirer de nouveaux arrivants.
Le Parti québécois souhaite réduire à 35 000 le nombre d’immigrants permanents à l’échelle de la province annuellement, alors que le Québec a accepté plus de 60 000 nouveaux arrivants de façon permanente en 2025.
Questionné sur cette volonté dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, M. Arseneau répond que son parti propose un plan rigoureux pour accueillir et intégrer convenablement les gens issus de l’immigration
.

Le gouvernement fédéral et la CAQ ont brisé le système d’immigration; ils ont changé les règles à répétition, ils ont trahi leur engagement envers les nouveaux arrivants, et le Tim Hortons des Îles en a été victime
, déplore Joël Arseneau.
Nous, ce qu’on dit, c’est qu’il faut réparer le système et il faut s’assurer qu’on puisse avoir une immigration qui fonctionne.
Zachary Jean, candidat de Québec solidaire
Pour le candidat solidaire Zachary Jean, il ne fait aucun doute que l’immigration est centrale pour assurer le maintien de la population active des Îles. Il n’y a pas d’autres moyens de régler la question démographique à court terme
, soutient-il.
Québec solidaire propose d’augmenter le seuil d’immigration permanente à 70 000 nouveaux arrivants.
Contrairement à tous les autres partis, Québec solidaire s’engage à ne pas couper les seuils d’immigration et surtout à l’augmenter, parce qu’on manque de main-d’œuvre. On ne peut pas repeupler la population comme ça, on doit aller la chercher ailleurs, tout simplement.
M. Jean précise que cette immigration doit être bien gérée
et répartie dans les régions du Québec afin que les nouveaux arrivants soient accueillis convenablement.

Invité à discuter de la promesse de QS de créer un Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour les régions, M. Jean a admis qu’il ne maîtrisait pas assez le sujet pour le commenter.
Au début du mois, son parti a pourtant promis que ce PEQ-Régions faciliterait l’accès à la résidence permanente aux immigrants qui travaillent déjà en région et qui s’engagent à y demeurer pendant au moins trois ans.
Linda Lebel, candidate de la Coalition avenir Québec
De son côté, la candidate caquiste Linda Lebel mise d’emblée sur l’immigration pour renouveler la main-d’œuvre de l’archipel, et ce, bien que son parti ait réduit les cibles d’immigration.
La CAQ a fixé une cible de 45 000 immigrants par an entre 2026 à 2029 dans le cadre d’efforts conjoints de Québec et d’Ottawa pour restreindre le nombre d’immigrants admis au pays.
Notre politique d’immigration doit répondre aux besoins réels du Québec et c’est précisément ce que nos programmes font. Notre responsabilité est de trouver le juste équilibre entre les besoins économiques du Québec et notre capacité d’accueil.
Mme Lebel insiste du même souffle sur l’importance que les immigrants accueillis puissent parler français. Alors que Radio-Canada interrogeait la candidate caquiste sur les coupes budgétaires de la Coalition avenir Québec en francisation en 2024, son attachée est intervenue pour demander que les questions demeurent plus générales, puisque Mme Lebel n’avait pas toutes les réponses aux questions pointues
.

Par ailleurs, la candidate souligne que la CAQ promet des mesures fiscales pour favoriser la rétention des travailleurs de 65 ans et plus dans les professions touchées par une pénurie de main-d’œuvre.
Gil Thériault, candidat du Parti libéral du Québec
De son côté, le candidat libéral fait de l’immigration la solution centrale pour renouveler le bassin de travailleurs aux Îles-de-la-Madeleine.
On a besoin des immigrants qui viennent nous donner un coup de main, pour s’occuper de nos personnes âgées, de nos jeunes. Le concept de capacité d’accueil est plus politique que réel.
Alors que le chef du PLQ maintient un certain flou sur le nombre précis d’immigrants qu’il souhaite accueillir, le candidat madelinot soutient qu’une étude approfondie des besoins de chaque région devra être faite.
Le nombre d’immigrants qu’on peut accueillir au Québec est la somme de toutes les réalités locales
, affirme Gil Thériault. Mon rôle comme député serait que ces règles-là soient adaptées aux Îles-de-la-Madeleine, tu ne peux pas faire un règlement parapluie qui s’appliquerait à Montréal, à Québec et aux Îles, ça ne marche pas, ce ne sont pas les mêmes réalités.

Gil Thériault souligne l’importance d’une prévisibilité en matière d’immigration, en dénonçant du même coup l’improvisation de la CAQ
dans les dernières années.
Le Parti conservateur du Québec, ayant pour candidat Evan Leblanc, a décliné la demande d’entrevue de Radio-Canada, sous prétexte qu’il était impossible de répondre aux très nombreuses demandes des médias
.
Quant à Mélodie Caron du Parti nul, elle ne souhaite pas prendre position sur les enjeux électoraux, mais plutôt offrir une voix politique aux personnes qui veulent protester contre le système politique actuel.









