C’est en 2002 que Sylvain Rivière a mis sur pied un festival de conte, aidé de Roger Chevarie, qui était maire de Fatima avant la fusion municipale.
Il y avait déjà une grosse assise du conte à Fatima, c’est pas mal dans le secteur des Caps que la plupart des contes des Îles avaient été recueillis par le père Anselme Chiasson
, raconte Sylvain Rivière, faisant allusion à ce curé acadien de Chéticamp qui a collecté de nombreux contes et légendes et de nombreuses chansons de l’archipel dans les années 1960.
Rapidement, Sylvain Rivière propose une vision ambitieuse de l’événement dès la première édition : le festival se déploie partout dans l’archipel, il s’adresse à tous les publics et il accueille des conteurs madelinots et internationaux.

Une vision qui, 25 ans plus tard, est demeurée intacte, bien que trois autres directeurs artistiques se soient succédé à la tête de l’événement après Sylvain Rivière.
Contes en Îles n’est pas élitiste, au contraire, tout le monde peut se rassasier du conte, du rêve et de la parole.

Le conteur madelinot et ex-directeur artistique de Contes en Îles Nicolas Landry salue la folie et le génie
de Sylvain Rivière, pour avoir mis sur pied un festival de contes dans l’archipel.
Contes en Îles est venu chercher la fibre de conteur des Madelinots
, affirme M. Landry. Avant l’internet, les Îles étaient encore proches du mode de vie d’empremier [d’autrefois], on trouvait encore des conteurs dans les maisons, ça a rallumé une fibre qui était encore proche de nous autres.
Contes en Îles a donné de l’élan. Ça a créé des étincelles, ça a créé un engouement qui continue et qui se perpétue.

Un événement qui a fait naître des conteurs
Contes en Îles a mis du gaz pour aller plus loin au niveau du conte et pousser des carrières de conteurs
, résume Sylvain Vigneau, actuel directeur artistique de l’événement et lui-même conteur.
Il affirme que le festival a été pour lui le coup de pied au derrière
pour s’adonner au conte, alors qu’il baignait déjà dans le monde de l’improvisation.

La Madelinienne Élaine Richard raconte aussi avoir elle-même eu la piqûre pour le conte grâce au festival.
La première fois que j’ai participé à Contes en Îles, j’ai capoté ma vie! C’est un univers que j’adorais, c’est là que tout a commencé et que j’ai dit que j’aimerais ça faire ça.
De guide touristique qui aimait raconter des histoires
, elle s’est professionnalisée à titre de conteuse. Depuis 25 ans, elle a participé à Contes en Îles à de nombreuses reprises et s’est forgé une place parmi les conteurs madelinots les plus réputés.

C’est beau, que ça fasse 25 ans, c’est incroyable, c’est notre culture, c’est notre mémoire
, lance-t-elle. On continue de la travailler, de la livrer, des nouveaux conteurs embarquent, c’est juste merveilleux.
Transmettre le conte à l’école
Depuis sa création, Contes en Îles s’est également donné comme mission de donner le goût du conte aux plus jeunes
, souligne Sylvain Vigneau.
Ainsi, les conteurs qui participent à l’événement visitent chaque année les milieux scolaires de l’archipel pour donner des spectacles.
Contes en Îles offre aussi des ateliers de création de contes aux élèves de secondaire 3 de la Polyvalente des Îles. Les jeunes sont ainsi accompagnés par des professionnels pour rédiger leur propre conte et ensuite le réciter. Certains ont même eu la chance de présenter leur création devant public durant Contes en Îles.
C’est important de préparer la relève, de les exposer au conte et de leur donner le goût. On a beaucoup de relève qui sort de ces ateliers-là dans les écoles. Et ça, on en est vraiment très, très fiers.

Alice Boudreau est l’une des jeunes conteuses qui se sont initiées au conte grâce aux ateliers scolaires de Contes en Îles. Aujourd’hui âgée de 26 ans, elle a participé à près d’une dizaine d’éditions du festival depuis sa première prestation à 15 ans.
Des événements comme ça permettent de professionnaliser la parole, ça permet de garder cette tradition-là qui fait partie des gens des Îles, de se raconter des histoires, d’avoir un moment pour se rassembler pour le faire, c’est quelque chose de magique chaque année.

Élaine Richard est enthousiaste à la vue de cette jeune génération de conteurs.
Il ne faut jamais que ça s’arrête, il faut continuer de valoriser ça et d’intégrer des jeunes, pour qu’il y ait quelqu’un qui vienne nous conter des histoires à notre tour quand on sera vieux
, lance-t-elle en riant.
Des conteurs des quatre coins du globe
Chaque année, Contes en Îles accueille des conteurs internationaux, ce qui favorise les échanges interculturels.

J’ai toujours inscrit le sous-titre » Fête de la parole et de l’humanité » sous le titre du festival
, ajoute le fondateur, Sylvain Rivière.
On reçoit des gens de partout sur la planète qui voient qu’on existe, avec des choses à nous raconter, mais qui repartent aussi avec ce que les gens d’ici avaient à dire.

L’aspect international du festival a aussi contribué à faire des Îles-de-la-Madeleine une destination réputée pour le conte francophone, selon le conteur madelinot Cédric Landry, directeur artistique de Contes en Îles de 2020 à 2024.
C’est un festival qui est reconnu à travers la francophonie, les gens en parlent, ils savent c’est où, et ils savent c’est quoi. Ça nous a mis au monde au niveau du conte.
La 25e édition de Contes en Îles met en vedette des conteurs de plusieurs pays, dont le Burkina Faso, la Belgique, la France et le Congo.
LA UNE : Depuis 2002, Contes en Îles propose des spectacles de contes partout sur le territoire madelinot, dans des endroits inusités comme des grottes, des bateaux, au bar ou au dépotoir. (Photo d’archives) Photo : Jean-Michel Duclos/Contes en Îles









