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Publié le 6 avril 2016 | par Georges Gaudet

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Salut, salut!


Jean et les autres

Certains Madelinots demeurent aux Îles en permanence et c’est bien ainsi. L’horizon immense, la mer éternellement généreuse, vaste, et colorée, les baies tranquilles et les buttes aux rondeurs de vagues en dormance leur suffit. Et puis, il y a les autres, ceux qui quittent les Îles pour toutes sortes de bonnes raisons afin de voir au delà de cet horizon inconnu. Issus d’un peuple dont on n’a jamais souhaité délimiter les frontières, même qu’on a voulu nier son existence, ils partent avec dans leur sac-à-dos, leurs Îles, leurs paysages, leurs amitiés, leur cœur à la fois heureux de découvrir et triste de partir.

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Jean Lapierre était un de ceux-là. Ancien président des étudiants de la polyvalente des Îles et premier meneur d’une grève estudiantine, le jeune de l’époque avait déjà de la graine de politicien et tout autant de chroniqueur. Ces choses là ne s’apprennent pas, on nait avec. Alors, il est parti avec dans son sac à dos, ses Îles, ses amitiés et surtout ses valeurs. La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre comme on dit. C’est ainsi qu’après des études en droit, des politiciens habiles ont bien décelé son talent. Hélas, ils ne connaissaient pas pour autant son entêtement de Madelinot et d’Acadien. Jean Lapierre avait une vision personnelle d’un pays et malgré un détour de l’histoire, il est demeuré fidèle à lui-même, assumant toutes les conséquences de ses choix, d’où fait rare en politique, l’admiration que lui a voué confrères et adversaires parlementaires. L’on peut ajouter que même dans sa gestuelle, l’on sentait qu’il y avait des limites qu’il ne fallait pas traverser, surtout quand il s’agissait de sa famille et ensuite de «ses» Îles. S’il est une chose inexplicable pour le profane venant de «la grande terre », c’est bien cette solidité de l’âme madelinienne bien enracinée dans ce petit bout de terre ancré en plein milieu du golfe Saint-Laurent. Le mouvement Madeli-aide ou le Mouvement social Madelinot n’en sont que quelques exemples parmi tant d’autres moins connus. Le Madelinot ne se définit pas par son adresse de résidence, pas plus que par la longueur de son absence de la terre madelinienne, mais bien par le cœur et la mémoire de son âme, qui eux, n’ont jamais quitté les Îles. Jean Lapierre était un de ceux-là.

…et les autres

La fatalité qui de temps à autre semble s’amuser des plus grands malheurs qu’elle nous garroche au gré de ce qui nous semble venir de son humeur, n’en a que faire de notre peine. Alors, pour nous, ceux qui demeurent, il nous reste le souvenir. Et de ce souvenir, nous avons le devoir de ne pas oublier, mais de transmettre à chacun et chacune d’entre nous et aux autres, les valeurs que nous ont laissé ces amitiés disparues, ces personnalités fortes, ces guides lucides et souvent, ces inventeurs de pays où la mer avec son horizon, demeure la seule vraie frontière dont personne n’atteindra jamais la limite. Alors, dans le bateau des souvenirs, il ne faut pas oublier d’y embarquer non seulement le meneur, mais aussi ses frères, sa sœur, son épouse, sa mère, ses enfants et petits enfants, les deux pilotes, leurs épouses et les orphelins qui n’ont jamais souhaité vivre pareille tempête. Jean serait sans aucun doute le premier à approuver ce geste. D’autres bâtisseur de mémoire sont partis avant Jean Lapierre. Il a rejoint les autres, indépendamment de leurs couleurs politiques, de leur âge ou de leur époque. Ils étaient tous Madelinots dans l’âme, bâtisseurs de pays et pêcheurs de richesses qui ne s’achètent pas. Du haut de la timonerie céleste, certainement qu’ils nous disent : Salut, salut!

 

GG

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À propos de l'auteur

Georges Gaudet

Chroniqueur indépendant, conférencier sur divers sujets, rédacteur de documents corporatifs, écrivain et artiste peintre quand il me reste du temps. Il tient un blog depuis des années intitulé Des mots, des bateaux et des pinceaux.



10 Responses to Salut, salut!

  1. Johanne Ethier Hébert a dit :

    Comme vous avez bien décrit , la grande douleur et le vide qu’aura laissé, cet accident….

    Jean était l’ami d’enfance de mon mari, et il est devenu aussi le mien…sa famille nous a toujours bien reçu..

    Je pense à Maman Lucie et comme j’aimerais être à ses côtés, juste pour être……

    Merci de ce message qui a bien fait comprendre qui Jean était, ainsi que toute sa famille…

    Tous soudés ensemble, ils formaient un joyeux groupe…. Aujourd’hui, Lucie est avec son unique fille..

    J’ai eu beaucoup de larmes dimanche dernier en pensant à Madame Lapierre, voir sa table si grande et si vide….

    Merci encore une fois pour ce texte….

  2. Pierrette Fontaine a dit :

    Nous sommes des ambassadeurs des Iles, presque tout les ans nous y allons pour 3 semaines. Quelle merveille de regarder l’immensité bleue, c’est si calme, madelinots et madeliniennes si avenants envers les touristes et quelle solidarité entre eux et envers tout ceux qu’ils connaissent. A Montréal nous allons souvent au restaurant : Aux Iles en Ville, juste pour se reconnecter avec les madelinots.
    Il ne faut pas oublié, LE BONHEUR EXISTE.

    Votre article est extra . Je prendrais maman Lapierre dans mes bras ainsi que sa fille et gendre…etc et je les bercerais.

  3. Louise Bachand a dit :

    Moi, je cherche toujours comment rejoindre Aline Lapierre, originaire des Îles, la cousine de Jean Lapierre qui a été pensionnaire en même temps que moi à l’école normale des Soeurs Grises à Montréal, en 1960-1961. Je l’ai perdue de vue et nous essayons de la retrouver Françoise Vigneault et moi depuis quelques temps.. J’ai déjà téléphoné à plusieurs Lapierre l’été dernier avant mon voyage aux Ïles et personne ne pouvait me dire comment la retrouver. Je crois qu’elle passe ses hivers en Floride. Si quelqu’un a des informations à son sujet, me contacter s’il-vous -plait ou lui demander de me contacter, en souvenir de ces belles années.

  4. Monique a dit :

    Quelle immense séparation, demain, entre toutes ces personnes décédées et celles qui survivent ! Heureusement, la mémoire ne sera pas un linceul où placer les morts, mais une sorte de cathédrale ouverte à tout coeur ayant besoin de vivre encore échanges et solidarité, dans une autre dimension essentielle aussi.

  5. Claudette Aubry Massé a dit :

    Je pense a vous chère MAMAN Lapierre ,vous êtes continuellement dans mes pensées. Je prie pour vous, j’espère que la beauté de votre île et la splendeur de la mer vous aiderons sinon de guérir votre chagrin a l’apaisé. C,est ce que je vous souhaite, Je vous serre tres fort dans mes bras. Claudia XX

  6. Claire a dit :

    De bien beaux mots qui signifient beaucoup!

  7. Marc Lambert a dit :

    J’ai eu l’immense privilège de vous rencontrer et surtout de vous écouter en septembre dernier. Je vous avais dit que la fierté qui anime les gens des îles me faisait envi et c’est encore plus vrai aujourd’hui. Je veux vous témoigner mes plus sincères condoléances. Je suis de tout cœur avec vous face à une tragédie qui n’a tellement pas de sens.

  8. Andrée a dit :

    Julien Landry a tout dit dans son commentaire du message de Georges Gaudet. Moi, native de la Grande-Terre, et connaissant quelques peu les Îles pour y avoir passé quelques jours, je me joins à vous pour dire: Salut, Salut

  9. Marietta Cormier a dit :

    Merci George pour ce baume .

  10. julien landry a dit :

    Des mots, encore des mots, toujours des mots…..quand ils s’écrivent de la plume de Georges Gaudet, on en voudrait sans jamais se lasser. Quelle merveilleuse façon de dire l’impensable, l’irréparable ! Tu nous allume la flamme madeleinienne, pour nous laisser au jardin de la souvenance, Maître du verbe, merci pour ce partage.

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