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Publié le 20 septembre 2022 | par Radio-Canada

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LA Renaissance des Îles : les créanciers devront patienter jusqu’en novembre


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L’usine de transformation de produits marins LA Renaissance des Îles bénéficie d’une prolongation de délai de 45 jours pour déposer une offre à ses créanciers.

En vertu d’une décision rendue le 19 septembre par la Cour supérieure, l’entreprise, qui s’est placée sous la protection de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, a maintenant jusqu’au 3 novembre pour présenter une proposition à ses créanciers.

Le 14 septembre, LA Renaissance des Îles avait déposé une requête au tribunal pour proroger le délai d’abord établi au 19 septembre, arguant que les démarches destinées à redresser sa situation financière avaient été retardées par de multiples passages devant le tribunal en raison des agissements de la créancière Banque Royale du Canada.

La Banque Royale du Canada avait notamment demandé la nomination d’un séquestre intérimaire afin de protéger ses intérêts, une requête rejetée par la Cour supérieure le 31 août.

On travaille fort pour déposer une proposition d’ici le 3 novembre, a indiqué José Roberge, le président associé de la firme Roy, Métivier, Roberge, le syndic de faillite responsable du dossier. Plus vite on va s’entendre sur un plan de redressement, plus vite on pourra préparer la prochaine saison et la venue de travailleurs étrangers nécessaires aux opérations pour la prochaine saison.

Une dette qui frôle les 26 M$

Selon les documents du syndic de faillite datés du 19 août, la dette de LA Renaissance dépasse les 25,7 millions de dollars. Plus de 360 créanciers figurent au dossier.

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La Renaissance doit entre autres 3,7 millions de dollars à environ 80 pêcheurs, dont 2,8 millions de dollars aux 66 pêcheurs membres de l’Office des pêcheurs de homard des Îles-de-la-Madeleine. Ces derniers n’ont pas été payés entièrement pour les débarquements des 8e et 9e semaines de pêche, en plus d’attendre des remboursements de certains montants prélevés sur leur paie.

L’entreprise est aussi en défaut de paiement envers des pêcheurs de homard de l’île d’Anticosti, de même qu’envers des pêcheurs de crabe des neiges madelinots et gaspésiens.

La dette envers certains homardiers de l’archipel s’élève à plus de 60 000 $. Quant aux crabiers, certains attendent des chèques de plus de 200 000 $.

L’Office des pêcheurs de homard des Îles-de-la-Madeleine garde espoir que LA Renaissance pourra rembourser les homardiers en vendant l’inventaire toujours en entrepôt.

On a toujours espoir, il restait à l’entreprise encore trois semaines d’emballage à faire pour écouler ses produits, on va lui faire confiance encore, a affirmé le président Rolland Turbide. On espère toujours que ça se règle, que les pêcheurs seront payés d’ici novembre ou décembre.

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Ces dernières semaines, la présidente et unique actionnaire de LA Renaissance, Lynn Albert, a personnellement injecté une somme de 122 000 $ afin de payer les employés de ses usines dont la paie du 18 août avait été bloquée par la Banque Royale du Canada.

Certains employés ont tout de même décidé de quitter l’entreprise, signale le syndic de faillite. Durant la saison de pêche, LA Renaissance embauche quelque 300 employés dans ses deux usines de transformation de Gros-Cap et de Grande-Entrée, dont plus d’une centaine de travailleurs étrangers.

Les raisons des difficultés financières

Selon les documents déposés au tribunal par LA Renaissance des Îles et par la firme Roy, Métivier, Roberge, les problèmes financiers de l’entreprise sont principalement explicables par la chute importante des prix du marché pour le homard et le crabe, ce qui a généré un déséquilibre entre les prix versés aux pêcheurs et celui obtenu lors de la revente sur les marchés.

De plus, des problèmes d’approvisionnement en sacs et en boîtes pour l’emballage ont également retardé la vente des produits sur les marchés. Le cycle d’exploitation de 3 à 4 semaines est passé à plus de 12 semaines, selon la direction, peut-on lire dans un rapport du syndic daté du 13 septembre.

Les problèmes financiers de la [firme LA Renaissance des Îles] sont également explicables par le financement inadéquat mis en place avec la créancière Banque Royale du Canada, lequel ne tient pas compte de la réalité du marché dans lequel évolue la [firme LA Renaissance des Îles] , peut-on lire dans la requête en prorogation de délai déposée le 14 septembre par l’entreprise en défaut de paiement.

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Projections financières

Dans une décision rendue par la Cour supérieure le 31 août, on peut lire que le syndic de faillite estime que les pertes financières de LA Renaissance pourraient varier entre 6 et 10 millions de dollars au 30 septembre 2022, soit la fin de l’année financière de l’entreprise.

Toutefois, la valeur totale des inventaires de l’entreprise est estimée à 7 millions de dollars et des paiements de près de 6,5 millions sont attendus.

En date du 14 septembre, le syndic avait indiqué qu’il ne restait qu’au maximum 30 jours pour emballer et livrer les produits transformés afin de percevoir les comptes clients qui en découleront.

Selon les projections de la firme Roy, Métivier, Roberge, LA Renaissance pourrait donc percevoir au moins 12 millions de dollars d’ici le 31 décembre 2022.

Le syndic estime qu’après le paiement des sommes dues à la Banque Royale du Canada, il restera un ou deux millions disponibles en liquidité à LA Renaissance des Îles pour faire une proposition aux créanciers ordinaires […] et relancer l’entreprise.

Selon des documents déposés en cour la semaine dernière, la présidente de LA Renaissance est activement à la recherche d’un financement temporaire additionnel pour l’aider à bonifier son éventuelle proposition aux créanciers.

Selon le document, il y a eu de nombreuses discussions avec d’éventuels partenaires ainsi que la manifestation formelle d’intérêt de la part du créancier ordinaire CTMA Expresse Ltée.

Invitée à commenter la situation, la présidente de LA Renaissance, Lynn Albert, n’a pas donné suite aux demandes de Radio-Canada.

Une confiance qui s’effrite

Bien que l’Office des pêcheurs de homard des Îles-de-la-Madeleine espère une relance de l’entreprise, le président doute que celle-ci soit possible sous la gouverne de l’actuelle présidente de LA Renaissance.

Les homardiers madelinots peuvent se tourner vers cinq autres acheteurs dans l’archipel pour vendre leurs débarquements.

C’est sûr qu’elle ne gardera pas beaucoup de pêcheurs si c’est elle qui reste à la direction : la plupart vont aller ailleurs, soutient Rolland Turbide.

« Elle a perdu la confiance de tous les pêcheurs qu’elle avait. Il faut qu’elle arrive avec un bon plan de relance. » — Une citation de  Rolland Turbide, président de l’Office des pêcheurs de homard des Îles-de-la-Madeleine

M. Turbide estime que la création d’une coopérative de pêcheurs serait la solution idéale pour relancer l’entreprise, mais rien de concret n’a encore été fait en ce sens.

Le président de l’Office affirme aussi que certains autres transformateurs de l’archipel pourraient vouloir acquérir LA Renaissance des Îles.

LA UNE : Le tribunal a accueilli favorablement la requête en prorogation de délai concernant le dépôt d’une proposition aux créanciers (archives). PHOTO : RADIO-CANADA / ISABELLE LAROSE

PAR Isabelle Larose





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