À la suite de la vente de la boucherie Côte à côte, la Coopérative de solidarité en production animale des Îles-de-la-Madeleine amorce une réflexion et une restructuration de ses activités afin d’assurer la pérennité de l’unique abattoir de l’archipel.
En 2014, à la suite de graves difficultés financières, la Coopérative de solidarité en production animale des Îles-de-la-Madeleine (CSPAIM), propriétaire de l’abattoir, avait confié l’ensemble des opérations d’abattage à la boucherie Côte à côte, à titre d’opérateur-locataire.
Toutefois, la vente de la boucherie au début du mois de mai a forcé le conseil d’administration à reprendre la gestion des opérations d’abattage.
Ce changement amène les administrateurs de la coopérative à réfléchir au futur des activités de l’abattoir. L’infrastructure est vitale pour la production animale aux îles de la Madeleine, mais les défis sont nombreux.
La gestion des abattoirs au Québec est assez complexe
, explique la directrice générale du Bon goût frais des Îles de la Madeleine, Caroline Jomphe. Ce sont des coûts élevés pour la mise aux normes et c’est aussi complexe de gérer les ressources humaines et de l’expertise pour l’abattage. Des bouchers, il n’en pleut pas.

Le faible volume d’abattage fait aux Îles-de-la-Madeleine représente également un grand défi pour assurer la rentabilité du service, particulièrement dans un contexte d’insularité.
C’est très, très, très important que l’abattoir reste actif sur le territoire pour permettre aux éleveurs de continuer à exploiter leur entreprise. Si on enlève l’abattoir, ça va être le début de la fin pour la production animale aux Îles.
À l’heure actuelle, une équipe d’abattage est en place pour assurer le service, mais le conseil d’administration souhaite élargir la banque d’employés pour être en mesure d’offrir des abattages réguliers.

Un nouveau modèle à développer
Afin de ne pas être confronté aux mêmes difficultés financières que dans le passé, le conseil d’administration de la CSPAIM cherche à mettre en place un nouveau modèle.
Un consultant embauché par Le Bon goût frais des Îles a déjà produit un diagnostic organisationnel et un scénario d’usage. Un plan d’affaires viendra compléter l’étude.
Dans les prochaines semaines, prochains mois, le modèle d’affaires est en train de se redéfinir pour avoir un abattoir pérenne.
Administrateur de la CSPAIM et copropriétaire de la ferme laitière Pointe-Basse, Dominique Arseneau, explique que la bonification du volet de transformation alimentaire à l’abattoir pourrait permettre de diversifier les revenus de la coopérative.
On veut valoriser à son plein potentiel le volet transformation, en mettant à niveau la salle de transformation pour la louer et aller chercher des revenus supplémentaires pour payer les frais
, explique-t-il.

Le propriétaire des Moutons du large et administrateur de la coopérative, Denis Arseneau, partage cette vision.
Si on peut mettre au goût du jour la cuisine commerciale pour qu’il y ait de nouveaux projets dans l’alimentaire, ça serait un plus
, indique Denis Arseneau. On a une salle de cuisson, d’emballage et de découpe. On peut trouver des gens qui veulent faire de la transformation alimentaire et mettre à leur disposition un genre d’incubateur d’entreprises où ils pourraient tester un produit en louant les infrastructures.
Nouveaux visages recherchés
La Coopérative de solidarité en production animale des Îles-de-la-Madeleine lance d’ailleurs un appel à la communauté pour recruter de nouveaux administrateurs afin d’alimenter la réflexion sur l’avenir de l’abattoir madelinot. L’assemblée générale annuelle aura lieu en septembre.
C’est une instance qui va avoir besoin de souffle nouveau, de nouvelles visions, de nouvelles personnes au sein du conseil d’administration pour penser à de nouvelles stratégies pour développer l’abattoir
, affirme la directrice du Bon goût frais des îles de la Madeleine, Caroline Jomphe.

Mme Jomphe soutient que c’est tout le milieu madelinot qui devra se rallier derrière son abattoir.
Il faut sortir des sentiers battus pour en faire une infrastructure collective, il va falloir que la collectivité la priorise, qu’on y mette du temps et des sommes, pour garder ce service-là sur les Îles.
Selon le producteur laitier Dominique Arseneau, le bon fonctionnement de l’abattoir repose sur une chaîne constituée de nombreux maillons.
Il faut avoir des équipes complètes et des personnes qui veulent mettre l’épaule à la roue
, dit-il. Ça nous prend de la main-d’œuvre qualifiée et des éleveurs qui continuent.
C’est de bon augure pour la suite, bien que plusieurs choses soient fragiles
, ajoute l’agriculteur. Tout le monde a une volonté que ça continue.
LA UNE : La Coopérative de solidarité en production animale des Îles-de-la-Madeleine reprend les rênes des activités d’abattage. (Photo d’archives)
Photo : Bernard Langford
PAR Isabelle Larose









