Collisions mortelles : la drogue au volant tue désormais plus que l’alcool sur nos routes

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C’est la plus récente étude de la Fondation de recherche sur les blessures de la route (FRBR), un organisme canadien sans but lucratif, qui en arrive à ce constat aussi surprenant qu’inattendu : entre 2013 et 2023, les collisions mortelles sur les routes au Canada qui ont été liées à la consommation de drogue au volant ont dépassé celles liées à la consommation d’alcool au volant, à la distraction ou encore à la vitesse.

Ici, une précision s’impose : la drogue inclut le cannabis (légalisé au Canada depuis 2018), de même que les drogues illégales (haschich, crack, cocaïne, LSD, ecstasy). Mais ça inclut aussi les médicaments, qu’ils soient sur ordonnance ou en vente libre, qu’il s’agisse de stimulants ou de dépresseurs du système nerveux central.

La FRBR, qui se penche sur les enjeux de la sécurité routière au Canada depuis plus d’un demi-siècle, a découvert qu’entre 2013 et 2023, la drogue au volant a fait plus de victimes que les autres principaux facteurs de mortalité :

Deux morts sur cinq

La consommation de drogues au volant n’est plus un problème mineur; elle est devenue le principal facteur de collisions mortelles au pays, rapporte Ward Vanlaar, directeur des opérations à la FRBR.

À la dernière année recensée par l’étude « Collisions mortelles liées à la consommation de drogue au Canada 2000-2023 », le pourcentage de décès (conducteurs, passagers et piétons) sur les routes au Canada liés à la consommation de drogues s’est élevé à 41 % – soit deux morts sur cinq.

Le constat est frappant. En comparaison, l’alcool au volant a été lié à moins d’un décès sur trois (29 %), une proportion elle-même légèrement dépassée par les excès de vitesse (31 %). Notez que la fatigue, quatrième « grande » cause de mortalité routière, demeure stable (6 %) depuis près de trois décennies.

Même qu’en 2022, un record du genre de celui qu’on ne voudrait jamais battre a été atteint : 613 personnes ont perdu la vie dans une collision routière impliquant au moins un conducteur ayant été testé positif à la drogue, qu’il soit décédé ou qu’il ait survécu.

De ce nombre, 524 victimes étaient les conducteurs eux-mêmes.

De fait, si l’on ne tient compte que des conducteurs qui ont trouvé la mort sur les routes canadiennes, plus de la moitié (54 %) de ceux qui ont été testés pour la drogue ont obtenu un résultat positif.

Qui se drogue au volant?

Autre constat de la FRBR : ce ne sont pas les plus jeunes conducteurs qui constituent le groupe le plus touché. Au contraire, deux sur cinq (42 %) de ceux de cet âge qui sont décédés sur la route entre 2019 et 2023 ont testé positif pour la drogue. Il s’agit là du groupe d’âge le moins représenté.

Plutôt, toujours pour cette période de cinq ans, ce sont les conducteurs décédés âgés de 25 à 34 ans qui, à 64 %, ont été les plus nombreux à obtenir un résultat positif au dépistage de drogues.

Ce pourcentage particulièrement élevé signifie que près des deux tiers des conducteurs âgés de 25 à 34 ans décédés sur les routes au pays avaient consommé une substance, licite ou illicite.

Les conducteurs âgés de 20 à 24 ans, puis ceux de 35 à 44 ans suivent dans cette marche funèbre, avec respectivement 60 % et 59 % des victimes chez qui le dépistage de drogues s’est avéré positif.

En comparaison, l’alcool a été détecté dans le sang d’un peu moins d’un conducteur décédé sur trois (29 %) au Canada, tous groupes d’âge confondus.

Une remarque : contrairement à l’alcool, où les hommes décédés au volant sont deux fois plus souvent représentés que les femmes, la drogue fait pratiquement autant de victimes chez les conductrices que chez les conducteurs.

Comment expliquer que la drogue soit devenue le plus grand tueur sur nos routes?

Commençons par l’évidence – la légalisation, en octobre 2018, du cannabis à des fins récréatives – pour dire que non, ça n’est pas à l’origine de l’hécatombe.

De fait, selon l’analyse de la FRBR, la proportion des conducteurs décédés sur les routes canadiennes au cours des cinq années précédant la légalisation et qui ont été testés positifs à la marijuana s’élevait à 22,5 %.

Depuis la légalisation, cette proportion n’a crû que de quatre points et demi de pourcentage, pour atteindre maintenant 27 %.

Non seulement cette augmentation ne justifie pas le fait que la drogue soit désormais la plus grande faucheuse sur nos routes, mais elle se compare à une augmentation (de 14 % à près de 20 %) notée chez les conducteurs décédés ayant testé positif aux stimulants (amphétamines) du système nerveux central.

Ce qui nous amène à cet autre élément qui pourrait mieux expliquer la situation : dans son analyse, la FRBR regroupe deux types de drogues, soit celles consommées pour planer et celles consommées à titre de médication, sur ordonnance ou en vente libre.

Voilà qui vient fausser les données, d’autant que, comme le mentionne l’étude elle-même, les conducteurs âgés de 65 ans et plus sont plus susceptibles que tout autre groupe d’âge d’obtenir un résultat positif au dépistage de dépresseurs du système nerveux central (anxiolytiques, benzodiazépines, opiacés, somnifères).

Or, pour ce groupe d’âge, plus de deux conducteurs décédés sur cinq (44 %) sur les routes canadiennes entre 2019 et 2023 ont testé positif pour la drogue.

Ajoutons le fait que les rapports de police ont été améliorés afin de mieux rendre compte de la consommation possible de drogues et que le dépistage auprès des conducteurs tués s’est généralisé…

… et peut-être que la drogue au volant, qui apparaît soudain comme un fléau pire que l’alcool au volant, l’est depuis toujours.

Il faudra changer de discours

Plusieurs études sur la consommation de drogue au volant ont soutenu, ces dernières années, que la drogue seule, autrement dit sans consommation d’alcool, n’était pas aussi « risquée », ce qui envoie un message contradictoire.

Un exemple : pas plus tard qu’en 2023, l’étude des chercheurs britanniques White & Burns a évalué que si un conducteur avait consommé de l’alcool, sa consommation combinée de cannabis n’aggraverait pas le risque d’un accident.

Le discours devra changer, conclut Ward Vanlaar, de la FRBR : « Depuis des décennies, les stratégies de lutte contre la conduite avec les facultés affaiblies ont surtout visé l’alcool. Mais les données indiquent un nouveau phénomène qui exige des solutions différentes. »

Entre autres, il serait plus que temps de médiatiser les lois qui encadrent la drogue au volant, autant provinciales que fédérales. Parce que oui, la conduite automobile sous l’influence de la drogue est un acte criminel, au même titre que la conduite sous l’influence de l’alcool.

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