Des scientifiques d’Angleterre ont voulu savoir ce qui motivait le Thrill of Driving, ce que nous traduirons dans les paragraphes qui suivent par le terme très générique (et très banal…) : le plaisir de conduire.
Afin de découvrir si la vitesse est la seule capable de porter aux nues ceux qui aiment piloter, ces chercheurs ont bardé leurs sujets d’électrodes, de caméras et de capteurs mesurant toutes sortes de signes neurophysiologiques.
Puis, ils les ont lancés dans plusieurs expérimentations de conduite non pas en simulateurs, mais bien dans des environnements réels, quoique « fermés et sécurisés ». Parmi ces environnements, on retrouvait notamment un circuit de kart très sinueux et une piste de course au volant d’une McLaren Artura GT4.
Si l’on en croit les résultats de cette étude, les supercars ne seraient pas les seuls bolides capables de nous conduire dans « LA » zone.

Et le sweet spot est attribuable à…
C’est le fabricant de lubrifiants Castrol qui a financé cette expérience intitulée Thrill of Driving, qui s’est déroulée au centre PalmerSport, au nord de Londres.
Tout au long des épreuves, les participants ont porté un horrible et sûrement très inconfortable casque d’électrodes afin d’enregistrer l’activité de leur cerveau ; leur rythme cardiaque a été constamment surveillé et des caméras ont analysé où portait leur regard et le nombre de fois où ils ont cligné des yeux. (Apparemment, c’est significatif…)
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La conclusion est surprenante : selon les données neurophysiologiques recueillies, la vitesse ne serait pas un facteur déterminant pour en arriver à cette impression de ne faire qu’un avec une voiture — le sweet spot.
Non, pour atteindre pareil apogée, c’est plutôt le focus qui sera en cause :
« Le plaisir de conduire n’est pas une question de vitesse, mais de concentration. Les données neurophysiologiques montrent que la véritable excitation survient au moment où le conducteur est totalement absorbé par l’expérience, ce qui se reflète alors dans son cerveau, son cœur et ses yeux. » — Dan Phillips, directeur de l’entreprise de neurosciences Brainbox

Trois facteurs plutôt que la (seule) vitesse
Évidemment, avec les scientifiques, les choses ne sont jamais aussi simples. L’étude précise donc que l’état neurophysiologique du sweet spot est dû non pas à un, ni même à deux, mais bien à trois facteurs distincts :
- le viscéral, soit une intense stimulation mentale et physique ;
- l’intellectuel, soit un esprit 100 % concentré sur la tâche à accomplir ;
- et l’émotionnel, qui doit savamment équilibrer l’excitation et la peur.
Comme l’explique Dan Phillips, le directeur de Brainbox, l’entreprise spécialisée chargée d’analyser les données neurophysiologiques : « Lorsque ces trois marqueurs s’intensifient et convergent, le conducteur a le sentiment d’être en plein contrôle de son véhicule et il est concentré tant sur le plan cognitif qu’émotionnel. »
À ce moment précis, disent les électrodes, capteurs et caméras, le cerveau des participants a émis davantage d’ondes thêta, de celles qui se manifestent dans des moments quasi méditatifs. Leur regard « fluide et anticipateur » était rivé sur la trajectoire idéale, et ils étaient si « focusés » qu’en moyenne, ils ne clignaient des yeux que 2,5 fois par minute. (Il paraît qu’à l’état de repos, on cligne des yeux de 15 à 20 fois par minute).
Évidemment, tous ces indicateurs de sensations fortes ont été observés lors des séances d’essai au volant de la McLaren. Mais étonnamment, ils l’ont été presque tout autant lors des séances en kart, pourtant menées à des vitesses beaucoup plus modestes.

Quand tout bascule…
Parmi les expériences auxquelles se sont soumis les participants, il y en avait une qui les faisait s’asseoir dans le siège passager d’un bolide de course JP-LM. Ce genre de prototype anglais, qui rappelle les voitures aux 24 h du Mans, était piloté par un coureur professionnel chargé de pousser la machine à ses limites.
C’est à ce moment que tout a basculé : le seuil « gérable » des participants a été dépassé, un seuil qui varie considérablement d’une personne à l’autre, rapportent les chercheurs. Du coup, l’expérience jusqu’alors excitante s’est transformée en moments d’anxiété et de frayeur.
Au-delà des rythmes cardiaques qui se sont emballés, les cerveaux ont réagi de manière très différente : les ondes thêta ont cédé la place à un tsunami d’ondes bêta, signe d’une surcharge cognitive et de hauts niveaux de stress.
Pendant ce temps, les appareils d’oculométrie enregistraient jusqu’à trois fois plus de mouvements oculaires erratiques chez les cobayes que lorsque ceux-ci avaient eux-mêmes piloté la McLaren. Loin d’être « focus », ils balayaient anxieusement du regard l’amorce des virages et ils ont cligné des yeux jusqu’à 16 fois plus souvent qu’au volant de la McLaren — soit 40 fois (!) par minute.
Bref, tous les indicateurs de stress sont passés au rouge, dans des schémas irréguliers et peu maîtrisés, disent les scientifiques. Assurément, les sujets ne se sentaient plus en contrôle, leur intellect était submergé par trop de stimuli externes et le fun venait de faire place à l’angoisse.

L’adrénaline à peu de frais
Que retenir de tout ça? Essentiellement, qu’on peut s’offrir une poussée d’adrénaline sans débourser des centaines de milliers de dollars pour se procurer un supercar, ou encore pour se lancer à l’assaut du Nürburgring.
Vincent Panel, porte-parole de Castrol Europe, la compagnie commanditaire de l’étude, résume ainsi : « On peut éprouver presque la même sensation de maîtrise totale sans atteindre des vitesses élevées en se rendant sur un circuit de karting local. »
Autrement dit, tant qu’on garde le contrôle de la situation, on peut « tripper » tout autant en amorçant des virages en kart à 40 km/h qu’en roulant à 300 km/h en ligne droite. Pas besoin d’un supercar pour ça!
De grâce, ne testez pas la limite de vos capacités sur les routes publiques. Ne prenez pas le risque de basculer du « sweet spot » à un état beaucoup moins excitant et, ce faisant, de faire payer aux autres votre témérité. Rendez-vous plutôt aux circuits d’Icar, Mécaglisse et… Sanair, pendant que ce dernier est encore en vie.
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