Les élections provinciales viennent d’être déclenchées au Québec et il sera question de tarifs douaniers, d’un 3e lien dans la capitale et, évidemment, de souveraineté. Mais s’il y a bien un dossier qui ne fera pas les tribunes, c’est celui de la norme véhicules zéro émission (VZE) qui faisait pourtant les manchettes en juin dernier.
Parce que sans tambour ni trompette, le gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) vient officiellement d’entériner la réduction des exigences de la norme VZE pour le 1er janvier 2035. Du coup, après cette date, les véhicules propulsés à l’essence pourront continuer d’être vendus au Québec, quoique dans une proportion de 20 %.
Essentiellement, les constructeurs doivent désormais viser à ce que leurs véhicules électriques (VE) et hybrides rechargeables (PHEV) représentent 80 % de leurs ventes dans La Belle Province d’ici 2035 — soit quatre ventes sur cinq — et non plus la totalité (100 %).

Bien que l’objectif demeure exigeant, la réglementation ne s’applique qu’aux constructeurs automobiles qui vendent plus de 4 500 véhicules par an au Québec. Pour 2026, les constructeurs concernés sont : BMW, Ford, GM, Honda, Hyundai, Kia, Mazda, Mercedes-Benz, Mitsubishi, Nissan, Stellantis, Subaru, Tesla, Toyota et Volkswagen.
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Les modifications prévoient que les hybrides non rechargeables, qui, jusqu’à présent, ne comptaient pas pour l’obtention de crédits, donneront droit à 0,25 crédit pour les années 2025 à 2027. Il convient également de noter que, comme le démontre le tableau ci-dessous, des assouplissements importants sont réservés aux années 2030 à 2032, avec des cibles réduites d’environ un tiers ou davantage :

En rouge, les cibles de l’ancienne norme québécoise VZE. En vert, celles qui viennent d’entrer en vigueur, maintenant que Québec en a avalisé les allégements.

En 2035, la moitié des véhicules au Québec seront électriques
Si aucune autre modification à la norme québécoise VZE ne survient d’ici 2035, cette année-là, quelque 2,7 millions de véhicules électrifiés (et non 4,1 millions, en vertu de l’ancienne norme) devraient alors circuler sur les routes du Québec, estime une analyse d’impact réalisée par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).
Voilà qui signifiera que la moitié (50 %) du parc de véhicules de promenade sera soit un véhicule 100 % électrique, soit un véhicule hybride rechargeable.
Au 31 décembre dernier (2025), la Belle Province comptait environ 440 000 véhicules de ce type, soit un peu moins de 10 % de son parc automobile de tourisme.

Appauvrir les Québécois au profit des lobbys américains?
Les partisans de l’électrification des transports contestent ces allégements à la norme VZE. L’association à but non lucratif Mobilité Électrique Canada parle d’une décision « néfaste du point de vue économique, écologique et sanitaire pour les Québécois » :
« L’affaiblissement de la Norme VZE a pour impact d’appauvrir les consommateurs québécois, au bénéfice de lobbys pétroliers (…) dont la majorité est de propriété américaine » a déclaré son PDG, Daniel Breton.
Il rappelle que la richesse du Québec repose en bonne partie sur l’électricité propre d’Hydro-Québec, alors que le produit #1 qu’il importe est le pétrole brut et raffiné.
Il cite par ailleurs l’analyse d’impact du MELCCFP susmentionnée, qui a évalué à 7,6 milliards de dollars les coûts en carburant que les Québécois paieront en supplément comparativement à une obligation VZE qui serait demeurée à 100 %. La même étude estime que les pétrolières, les stations-service et les raffineries empocheront des revenus supplémentaires d’environ 2,7 milliards de dollars.
C’est logique, mais c’est passer sous silence le fait que les consommateurs dépensent déjà beaucoup plus en carburant ; l’an dernier (2025), trois véhicules neufs sur quatre immatriculés au Québec ne comportaient aucune forme d’électrification.

Le Québec, seul au monde?
Tout au contraire, l’industrie automobile reproche à Québec de ne pas plutôt avoir suspendu sa norme provinciale, en attente « d’un arrimage sérieux avec le cadre fédéral », a déclaré le PDG de la Corporation des concessionnaires du Québec (CCAQ), M. Ian P. Sam Yue Chi, lors des consultations publiques sur le sujet tenues plus tôt cet été.
La CCAQ rappelle qu’en février dernier, le gouvernement du Canada a abandonné ses quotas de ventes obligatoires de VE. Rappelons aussi (… mais doit-on vraiment le faire?) que les États-Unis ont sabré dans les programmes d’incitatifs pour VE.
« Le Québec ne peut pas continuer d’agir comme une île réglementaire en Amérique du Nord, a dit M. Sam Yue Chi. Le marché automobile est continental, les décisions de production et d’allocation ne se prennent pas à l’échelle d’une seule province. Dans ce contexte, maintenir un régime québécois distinct (…) revient à isoler le Québec sur le plan réglementaire. »
La norme québécoise VZE amendée continue d’imposer de lourdes pénalités aux constructeurs qui n’atteindront pas leurs exigences de crédits : jusqu’à 20 000 $ par crédit manquant (équivalent à un VE).

Vers une pénurie de véhicules au Québec?
Dans sa forme actuelle, la norme québécoise VZE, au départ destinée à augmenter l’offre de véhicules électriques sur le marché en encourageant les constructeurs à proposer davantage de modèles, pourrait entraîner un effet à la fois pervers et inattendu.
En effet, des constructeurs pourraient plutôt choisir de rationner leurs allocations de voitures à essence au Québec, disent les intervenants de l’industrie à qui nous avons parlé.
Pour eux, le calcul sera fort simple : en 2035, une marque qui vend annuellement 20 000 véhicules neufs au Québec devra en écouler 16 000 en VE ou en PHEV — ou acheter l’équivalent en crédits auprès d’un autre constructeur.
Si elle n’y parvient pas, soit parce qu’elle n’a pas l’inventaire nécessaire pour combler les exigences ou soit, peut-être, parce que la demande des consommateurs n’est pas suffisamment au rendez-vous, une solution s’offrira à elle afin de réduire son obligation réglementaire : allouer moins de véhicules thermiques au marché québécois.
Bref, une pénurie artificielle d’inventaires. Et quelle conséquence découle d’un manque d’automobiles? On l’a vu au temps de la pandémie de Covid-19 : les prix explosent. En 2019, les Canadiens payaient en moyenne 35 000 $ leur véhicule neuf ; aujourd’hui, rapporte l’Index de prix d’AutoTrader.ca, ils paient au-delà de 60 000 $ — soit une hausse de près de 80 %.
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