Lettre ouverte | Cap-aux-Meules mérite mieux

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Monsieur le Maire,

Mardi soir, à la séance du conseil, je vous ai posé la question suivante : « Avez-vous aussi honte que moi de voir ce que le Cap-aux-Meules est devenu? » Vous m’avez alors dit cavalièrement que le mot « honte » n’était pas le bon mot à utiliser. « Honte », Monsieur le Maire, c’est bien le mot que j’ai soigneusement choisi. Et voici pourquoi :

Depuis trop longtemps déjà, été après été, j’ai honte d’inviter ma famille et mes amis dans ma propre maison, sachant qu’à tout moment, les odeurs peuvent s’inviter.

J’ai honte lorsque j’ouvre Facebook et que je lis : « Cap-à-Marde », « Le Cap-aux-Meules pue! », etc. Les blagues deviennent de moins en moins drôles avec le temps quand on aime le Cap-aux-Meules, vous savez?

J’ai surtout honte de ce que subissent les nombreuses personnes âgées et vulnérables de notre canton. Honte de les voir contraintes de vivre avec cette nuisance, été après été. Et honte qu’on puisse les laisser ainsi, sans qu’une voix suffisamment forte aux Îles s’élève pour dire : ça suffit!

J’ai honte d’accueillir nos visiteurs dans de telles conditions. Honte lorsque certains me demandent : « Mais qu’est-ce que ça sent? » ou encore : « Quelle entreprise peut bien polluer le Cap-aux-Meules à ce point? »

J’ai honte qu’une municipalité comme la nôtre en soit réduite à quémander des subventions pour mettre à niveau une infrastructure aussi essentielle et dont les besoins étaient aussi prévisibles que ceux de nos étangs aérés.

J’ai honte du silence du député sortant, Joël Arseneau, sur la situation. Vous savez, Monsieur le Maire, quand vient le temps d’acheter un phare au nom de la fierté, tout le monde embarque : on se mobilise, on travaille en équipe, on trouve les moyens. Mais lorsqu’il est question de préserver la dignité de tout un village, soudainement, le même empressement disparaît. On banalise, on se tait. On repousse le problème. On regarde ailleurs. Faire passer la fierté avant la dignité, c’est comme offrir une cravate à un sans-abri, Monsieur le Maire.

J’ai honte aussi lorsque j’entends cet argument : « Il n’y a pas d’urgence sanitaire. Il est inutile de s’inquiéter. » Un argument fallacieux qui ne sert, depuis trop longtemps, qu’à balayer du revers de la main les réels problèmes physiques et mentaux que subissent de nombreux citoyens du village. Depuis quand, Monsieur le Maire, faut-il attendre qu’une situation devienne une urgence sanitaire pour reconnaître qu’elle est devenue socialement et humainement inacceptable?

J’ai honte aussi d’avoir personnellement investi temps et argent dans la propriété de mes rêves pour, aujourd’hui, devoir vivre avec des infrastructures hors normes qui, à mes yeux, compromettent la valeur et l’attrait des maisons et des commerces de tout le secteur.

J’ai honte de la senteur de mon linge. J’ai honte de notre piste cyclable. J’ai honte de la gestion des priorités. J’ai honte de nos conversations entre Cap-aux-Meulois qui tournent toujours autour du même sujet. J’ai honte lorsque nos enfants refusent de jouer dehors à cause des odeurs. J’ai honte de notre environnement malsain. J’ai honte de respirer, jour après jour, « des effluves de marde ». Allons, Monsieur le Maire, n’ayons pas peur des mots.

Cette honte m’appartient. Et si le mot « honte » ne vous plaît pas, c’est votre droit. Mais aujourd’hui, je pense qu’il est plus que temps que cette honte change de camp. Qu’elle quitte celui des citoyens qui la subissent, été après été, pour rejoindre celui des élus qui ont le pouvoir et la responsabilité d’agir. Cap-aux-Meules mérite mieux que des photos sur Facebook et Cap-aux-Meules mérite mieux que d’attendre encore et encore dans l’espoir de gagner, peut-être un jour, à la loterie des subventions.

Nous ne demandons pas un privilège. Nous demandons de pouvoir ouvrir nos fenêtres, recevoir nos familles, laisser nos enfants jouer dehors et vivre dignement dans notre propre village. Je pense qu’après toutes ces années, Monsieur le Maire, le mot « honte » est à la hauteur de la situation.

Jean-François Gaudet
Citoyen de Cap-aux-Meules en colère

 

LA UNE : Jean-François Gaudet, en septembre 2025, lors de la remise d’une pétition ayant recueilli plus de 200 signatures.


 

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