L’UE tarde à décider de l’avenir de son interdiction des produits du phoque

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Une évaluation de l’interdiction actuelle, dénoncée par des chasseurs canadiens, a été lancée par la Commission européenne en 2024.

La Commission européenne traîne les pieds sur la question épineuse du commerce des produits dérivés du phoque. C’est ce que soutiennent des experts des deux côtés de l’Atlantique, qui souhaitent l’abolition d’une interdiction dénoncée par des chasseurs canadiens depuis presque deux décennies.

Bruxelles évalue depuis 2024 l’efficacité de sa réglementation actuelle, qui empêche le commerce de tout produit dérivé du phoque. Le Canada s’oppose à l’interdiction en vigueur depuis 2009, qui a été instaurée pour des raisons éthiques démenties par plusieurs membres de l’industrie des pêches.

Les chasseurs canadiens ont vraisemblablement de plus en plus d’alliés dans leur lutte pour faire tomber l’interdiction. La population de phoques gris grimpe en flèche dans la mer Baltique, ce qui nuirait aux stocks de poissons. Une série de pays baltes et scandinaves réclament actuellement la modification des règles de l’Union européenne (UE). Mais la bataille est toutefois loin d’être gagnée.

C’est un enjeu majeur pour nos pêcheurs et pour nos chasseurs, affirme Petri Suuronen, un consultant en pêche basé en Finlande qui suit la réglementation européenne concernant la chasse au phoque depuis environ 30 ans.

Selon la chercheuse senior de l’Université du Sud du Danemark (SDU), Danita Catherine Burke, la chasse au phoque est autorisée de façon très limitée dans certains pays européens, mais l’interdiction sur le commerce fait en sorte qu’il n’existe aucun marché pour les vendre une fois abattus. Les quotas ne sont donc jamais atteints, indique-t-elle.

Danita Catherine Burke.La chercheuse senior de l’Université du Sud du Danemark (SDU), Danita Catherine Burke. Photo : Gracieuseté – Danita Catherine Burke

On démotive les gens d’aller chasser, souligne l’experte originaire de Terre-Neuve, dont un récent article déplore la violence culturelle et économique infligée aux chasseurs, à leur famille et à leur communauté.

Les phoques sont envoyés au dépotoir et ils sont largués dans la mer, renchérit Petri Suuronen, consultant de l’International Seafood Consulting Group. Il ne s’agit pas d’une façon éthique de gérer nos ressources naturelles.

Bruxelles sous pression

Selon Doug Chiasson, le directeur général de l’Institut de la fourrure du Canada, Bruxelles subit de la pression des deux côtés de la médaille. Des pays, dont la Suède, la Finlande, la Lettonie et l’Estonie, demandent l’assouplissement des règles, mais des groupes animalistes exhortent la Commission européenne à garder le cap. Elle a déjà reporté sa décision à plusieurs reprises.

Ça fait deux, trois, quatre fois qu’on nous donne un nouveau calendrier pour la publication des conclusions [de l’évaluation], raconte celui dont l’organisme espère que l’interdiction sera carrément supprimée, mais qui admet qu’un tel scénario est difficilement envisageable.

La Commission européenne a indiqué en juillet qu’elle entendait publier les résultats de l’évaluation avant la fin de 2026.

Trois drapeaux de l'Union européenne.Bruxelles a adopté l’interdiction sur le commerce des produits dérivés du phoque en 2009. (Photo d’archives) Photo : Reuters / Yves Herman

Je crois que l’Union européenne reconnaît qu’un problème existe, mais il est aussi très difficile de mettre en œuvre des solutions, estime Danita Catherine Burke, selon qui les dirigeants européens n’ont pas la volonté de se dresser contre les groupes écologistes.

On ne s’attend pas à un revirement de la part de l’UE, ajoute pour sa part Petri Suuronen. Mais, qui sait?

Doug Chiasson rappelle cependant les discussions entre Bruxelles et Ottawa sur la possibilité que le Canada obtienne le statut de membre associé de l’UE. Le différend sur le commerce du phoque pourrait faire partie des pourparlers, selon lui. Il faut profiter de toutes les occasions qui se présentent pour faire avancer le dossier, affirme-t-il.

Doug Chiasson indique que la Commission européenne a déjà essayé d’établir une exception aux règles afin de permettre le commerce des produits provenant de chasses pratiquées à des fins de gestion des ressources marines. Mais l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a tranché en 2013 que cette exception violait la loi internationale, puisque des pays dont la Norvège et le Canada n’y avaient pas accès.

Dans le cadre de l’évaluation en cours, la Commission européenne a effectué en 2024 des consultations publiques auxquelles des milliers de citoyens et de groupes ont participé. Les gouvernements du Canada, de Terre-Neuve-et-Labrador, du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest ont fait des soumissions auprès de la Commission, plaidant tous pour la levée de l’interdiction.

La Commission doit maintenir cette législation, non seulement parce que la chasse commerciale au phoque constitue une menace existentielle pour les populations de phoques vulnérables au changement climatique, mais aussi, comme l’a reconnu l’OMC, parce qu’elle constitue à tous égards un affront à la moralité publique, a écrit le groupe écologiste Humane Society lorsque les consultations étaient en cours en 2024.

LA UNE : Des phoques gris, espèce la plus présente en mer Baltique, en Europe. (Photo d’archives) Photo : iStock / Ian Dyball

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