Violence dans les écoles : plus d’aide demandée en Gaspésie et aux Îles

Publicité

Publicité

Articles similaires

Le personnel de soutien scolaire de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine subit une violence qui échappe souvent aux bilans officiels, selon une enquête maison présentée par ses représentants syndicaux. Parmi les répondants ayant subi de la violence, plus de la moitié a affirmé ne jamais remplir de rapport d’incident. Une très faible proportion des répondants a indiqué le faire systématiquement.

Pour Anne Bernier, présidente du Syndicat des travailleurs de l’éducation de l’Est du Québec (STEEQ-CSQ), la banalisation contribue à ce silence. Elle évoque notamment le personnel qui hésite à signaler un coup jugé peu violent ou qui craint les conséquences pour l’élève.

La dénonciation est nécessaire pour protéger le personnel, nécessaire pour trouver une solution et pour agir.

Une citation de Anne Bernier, présidente du Syndicat des travailleurs de l’éducation de l’Est du Québec (STEEQ-CSQ)

Selon Anne Bernier, la banalisation vient de tout le monde : du personnel qui minimise un geste en se disant il n’a pas frappé si fort ou hésite à le signaler par crainte des conséquences pour l’élève, des parents qui vont avoir de la difficulté à l’accepter et de certaines directions qui disent qu’il n’y a pas besoin de remplir un formulaire.

Portrait des deux représentants syndicaux devant la banderole de leur campagne syndicale.Éric Pronovost est président de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), affiliée à la Centrale des syndicats du Québec, alors qu’Anne Bernier est présidente du Syndicat des travailleurs de l’éducation de l’Est du Québec (STEEQ-CSQ), qui représente le personnel enseignant et de soutien des centres de services scolaires des Chic-Chocs, René-Lévesque et des Îles. Photo : Radio-Canada / Gracieuseté de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)

 

Les représentants syndicaux se disent également favorables à des états généraux sur l’éducation, de la petite enfance aux études supérieures.

Anne Bernier souhaite que cette démarche débouche sur des mesures concrètes fondées sur l’expérience du personnel. Il faut les écouter, il faut les comprendre, insiste-t-elle.

Éric Pronovost appelle pour sa part à une réflexion qui dépasse un mandat électoral et prépare le réseau pour les prochaines décennies.

Un portrait incomplet, dit le syndicat

L’enquête maison réalisée pour la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) regroupe 149 répondants des CSS des Chic-Chocs, René-Lévesque et des Îles. Au total, environ le tiers dit avoir subi de la violence pendant l’année scolaire 2025-2026.

La collecte d’information, menée du 30 janvier au 5 avril, ne couvre toutefois pas l’année complète. Un changement de pondération limite aussi les comparaisons avec le sondage précédent.

Les données administratives colligées par la Fédération présentent, elles, des tendances différentes selon le territoire. À René-Lévesque, les déclarations augmentent, tandis qu’elles diminuent aux Chic-Chocs. Aux Îles, l’absence de données antérieures empêche d’établir une tendance.

L’avis d’un CSS sur le sondage

Premier à répondre à notre demande d’information, le Centre de services scolaire des Îles observe lui aussi une hausse des comportements violents envers le personnel. Sa directrice générale, Isabelle Gilbert, précise qu’ils surviennent surtout au préscolaire et au début du primaire.

Selon elle, ces gestes sont généralement des réactions liées à une difficulté à comprendre une situation ou à gérer ses émotions, plutôt que des actes prémédités.

Elle invite toutefois à nuancer les chiffres : le personnel est davantage encouragé à signaler les événements, et un même enfant peut être à l’origine de plusieurs déclarations.

On s’est assis avec une équipe dans un dossier […] pour se rendre compte que ça faisait trois ans que les gens recevaient des coups, recevaient des objets, mais qu’ils n’avaient jamais déclaré, raconte-t-elle.

Questionnée sur la sous-déclaration soulevée par le sondage syndical, elle affirme recevoir davantage de rapports d’incidents qu’auparavant, ce qui fait augmenter le nombre d’incidents, selon elle.

La directrice générale estime par ailleurs que son CSS dispose d’un bon bassin d’éducateurs spécialisés. Elle privilégie la formation et la prévention plutôt qu’une augmentation du personnel de soutien.

Ça réside dans la capacité de voir venir les crises, de voir venir les difficultés des enfants, explique-t-elle. Selon elle, tous les éducateurs spécialisés et les professionnels du CSS suivent annuellement une formation sur la prévention et l’intervention en situation de crise.

Isabelle Gilbert écarte également un lien entre la violence et les trois démissions recensées aux Îles en 2025-2026. Elle les attribue à des changements de parcours professionnel et à un déménagement hors de l’archipel.

Panneaux avec images d'équipements de protection.Voici quelques protections suggérées par le guide du ministère de l’Éducation. Des jambières, une visière et une coquille sont aussi suggérés en cas de besoin, selon le guide pratique d’accompagnement intitulé Prévention et prise en charge de la violence envers le personnel scolaire. Photo : Radio-Canada / Gala Dionne

 

Sortir de l’urgence

Le président de la FPSS-CSQ, Éric Pronovost, décrit des équipes accaparées par les crises, qui manquent de temps et de ressources pour préparer leurs interventions.

Dans le réseau scolaire, on est en réaction constamment.

Une citation de Éric Pronovost, président de la FPSS-CSQ

Les absences du personnel préoccupent également les syndicats. Certaines absences, qui s’ajoutent à un manque de personnel, complique aussi les interventions, selon eux.

Anne Bernier décrit des équipes qui doivent se relayer lorsque des collègues sont en arrêt de travail, laissant moins de temps à la préparation. Ils n’ont plus le temps, parce que là, ils doivent aller gérer des crises, explique-t-elle.

Éric Pronovost réclame pour sa part un réseau stable, un réseau efficace et avec le bon nombre d’intervenants. Anne Bernier rappelle que les conséquences touchent aussi les élèves qui assistent aux crises.

Tous les élèves dans une école ont le droit d’avoir une éducation de qualité dans un climat harmonieux, exprime-t-elle.

Trousse de premiers soins avec dyachilons. La FPSS-CSQ utilise une trousse de premiers soins comme symbole des conséquences de la violence dépassent les blessures physiques. Photo : Radio-Canada / Gala Dionne

 

Enfin, La FPSS-CSQ réclame un financement continu et soutenu. Investissons à la hauteur de la réalité de ce dont on a besoin, pas selon les enveloppes budgétaires, conclut la présidente de la STEEQ-CSQ.

Les syndicats soulèvent également l’enjeu du maintien des infrastructures dans les communautés. Une petite école n’est pas une école moins importante, affirme Éric Pronovost dans le communiqué.

Radio-Canada a tenté d’obtenir une entrevue avec le ministre de l’Éducation, Joël Arseneau, mais son attaché politique n’a pas donné suite à notre demande au moment d’écrire ces lignes.

LA UNE : Les représentants syndicaux réclament davantage de prévention et de ressources pour soutenir les équipes scolaires à lutter contre la violence subie par le personnel de soutien et les enseignants. Photo : Gracieuseté de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ)

PAR