Budget fédéral : des requêtes sans réponse pour les pêcheurs

Ottawa propose une déduction pour l’équipement et un report d’impôt élargi pour les transferts familiaux, tandis que le financement de la relève et la stabilisation des revenus demeurent sans réponse.

Dans son budget déposé jeudi, Ottawa propose deux mesures fiscales qui pourraient aider les entreprises de pêche à s’équiper ou à passer le flambeau au sein d’une famille.

Toutefois, la Fédération des pêcheurs indépendants du Canada (FPIC) réclame toujours du financement pour la relève et du soutien pour traverser les mauvaises saisons.

Les demandes des pêcheurs à l’épreuve du budget

Ce qui était demandé :

    • Programme de financement à long terme pour la relève;
    • Programme d’avance de fonds pour les pêcheurs;
    • Programme de stabilisation des revenus pour les pêcheurs.

Ce qui est prévu au budget :

    • Une déduction immédiate pour certains équipements (mégadéduction à la productivité);
    • Report d’impôt élargi pour les transferts familiaux (Transfert intergénérationnel d’exploitations de pêche).

Quand le moteur d’un bateau de pêche doit être remplacé, la facture peut dépasser 200 000 $ dans certains cas, selon Claire Canet, qui siège pour le Québec à l’exécutif de la FPIC. La déduction fiscale prévue au budget fédéral peut aider au moment de faire ses impôts, mais cet investissement initial, il faut bien pouvoir le financer quelque part, souligne-t-elle

Autre mesure fiscale : le budget prévoit une déduction immédiate du coût de certains équipements admissibles, dont des bateaux de pêche et des filets. L’intérêt de la mesure varie d’une entreprise à l’autre, précise Claire Canet.

Elle cite le cas d’un pêcheur d’une flottille en difficulté qui a déjà investi l’an dernier pour rendre son bateau plus sûr et plus productif. Un treuil de chalut dure plusieurs années, rappelle-t-elle. Ce pêcheur n’a donc pas besoin d’en racheter un de sitôt.

Photo du visage de Claire Canet.La chargée de projet du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie, Claire Canet est aussi la porte-parole du Québec à l’exécutif de la Fédération des pêcheurs indépendants du Canada. (Photo d’archives) Photo : Gracieuseté de Claire Canet

Un filet pour les mauvaises saisons

Claire Canet donne l’exemple de certaines entreprises de pêche au homard dont les captures ont diminué cette année en Gaspésie, alors que le diesel et les appâts leur coûtent plus cher. Certaines sont à la limite de la rentabilité, dit-elle. La Fédération demande des avances de fonds pour les imprévus et un programme de stabilisation des revenus pour les saisons difficiles.

Le député bloquiste de Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine–Listuguj, Alexis Deschênes, aurait lui aussi voulu qu’Ottawa s’inspire des protections offertes en agriculture.

Nous avions beaucoup de demandes, entre autres, d’un programme d’assurance revenu pour nos pêcheurs lorsqu’ils vivent des années difficiles qu’ils puissent avoir accès à une espèce de programme d’assurance, comme les agriculteurs. Malheureusement, rien là-dessus, a-t-il déclaré avec déception sur les ondes de l’émission Plein Phare.

Alexis Deschênes, député Bloc québécois, Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine-ListugujLe député Alexis Deschênes est également vice-président au Comité permanent des pêches et des océans (Photo d’archives). Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul

 

Face à la crainte grandissante de perdre la souveraineté canadienne des produits de la mer, Claire Canet redoute que des entreprises fragilisées se tournent vers des investisseurs qui cherchent à prendre le contrôle de l’accès à la ressource.

Nos entreprises de pêche indépendantes au Canada, qui représentent 90 % des débarquements de poissons canadiens, sont de plus en plus menacées d’est en ouest par la prise de contrôle par des intérêts étrangers et quelques groupes d’investisseurs.

Une citation de Claire Canet, représentante pour le Québec à l’exécutif de la FPIC

Reprendre le bateau

Ottawa propose aussi d’élargir le report d’impôt aux propriétaires qui transfèrent leur entreprise de pêche familiale à un neveu ou à une nièce. Claire Canet y voit un coup de pouce à la relève.

Avant le dépôt du budget, l’Association des capitaines-propriétaires de la Gaspésie rappelait que le prix de certains permis pouvait compliquer la reprise d’une entreprise. Le défi se pose aussi pour le matelot, qui souhaite racheter l’entreprise où il travaille depuis des années. La Fédération réclamait du financement à long terme pour faciliter ces acquisitions.

Le député bloquiste déplore également l’absence d’un programme pour permettre à la relève d’avoir accès à un financement stable et abordable.

Selon Claire Canet, les demandes laissées sans réponse dans le budget sont importantes pour les pêcheurs indépendants d’un bout à l’autre du pays.

LA UNE : La Fédération des pêcheurs indépendants du Canada dit représenter 14 000 entreprises de pêche commerciale maritime au Canada. (Photo d’archives) vPhoto : Radio-Canada / Francois Gagnon

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