L’architecture des Îles-de-la-Madeleine raconte une histoire bien plus vaste que celle des bâtiments eux-mêmes. Elle parle d’un territoire façonné par les vents, la mer et l’isolement. Elle témoigne de la résilience des communautés, de leur capacité à conjuguer savoir-faire local, influences extérieures et contraintes climatiques. Elle incarne un mode de vie, une mémoire collective, un lien tangible entre le passé et le présent.
Chaque type de maison, de la plus ancienne à la plus jeune, traduit un moment de l’histoire insulaire, une réponse à un besoin, une vision de la vie quotidienne. Si certaines formes ont presque disparu, d’autres ont évolué, se sont agrandies, modernisées, adaptées au rythme des changements sociaux et technologiques, mais toutes partagent un même ADN : celui d’une architecture sobre, fonctionnelle, bien enracinée dans le paysage et conçue de manière à tirer profit des éléments naturels. Par exemple, les maisons sont orientées vers le sud pour maximiser l’ensoleillement, et les volumes sont bas pour résister aux vents. La localisation des maisons fait l’objet de la même attention, privilégiant les zones abritées, à l’abri des buttes. Cette architecture simple traduit un principe fondamental : vivre en harmonie avec l’environnement.
Le mode d’attribution des terres, propre aux Îles, s’est longtemps fait de manière informelle, à l’intérieur des familles. Les grandes parcelles sont donc irrégulières, pensées pour répondre aux besoins agricoles et forestiers des habitants accentuant ainsi le rapport étroit avec le territoire des habitations traditionnelles.
Les premières maisons, modestes, sont construites en bois, posées sur des fondations peu profondes en pierre sèche, mais suffisamment solides pour stabiliser la structure sans maçonnerie complexe. Plus tard, elles seront déposées sur des fondations de béton, de faible profondeur d’abord, puis suffisamment creuses pour servir d’entreposage et d’espace mécanique. Le plan de la maison est souvent carré, ou légèrement rectangulaire, variant, des plus compacts entre 16 et 24 pieds de côté, au plus cossus, de 24 à 32 pieds de côté. Les bardeaux de cèdre, initialement utilisés comme revêtement de toitures, sont graduellement remplacés par du bardeau d’asphalte.
Les choix architecturaux répondent aussi à des impératifs climatiques. Les fenêtres en bois à guillotine sont munies de contre-fenêtres qu’on ajoute l’hiver, les fameux châssis doubles. Les portes sont aussi parfois doublées de contre-portes. Les moulures autour des ouvertures et les débords de toit permettent d’éloigner les eaux de pluie des surfaces de murs. Un tambour à l’est protège l’entrée des vents froids. Les matériaux, comme le bardeau de cèdre, sont sélectionnés pour leur durabilité et leur capacité à résister aux conditions climatiques des Îles. Chaque détail a son utilité, son origine, son sens.
Avec le temps, les maisons s’agrandissent. Des appentis ou volumes secondaires viennent s’ajouter, souvent à l’arrière ou dans un plan en L, dans le respect des proportions et aussi, toujours, de l’exposition au vent.
À travers ces maisons traditionnelles, c’est un art de bâtir qui se dessine. Chacune porte la trace d’un mode de vie, d’un savoir-faire, d’une adaptation continue. Modestes ou plus élaborées, anciennes ou plus récentes, ces maisons forment un ensemble cohérent, reflet d’un savoir-faire adapté au territoire. Elles constituent un patrimoine architectural local qui mérite d’être reconnu, compris et préservé.
Car habiter les Îles, ce n’est pas seulement y vivre. C’est construire avec elles, contre elles parfois, mais toujours en dialogue avec la nature et la mémoire.
La maison de colonisation
Premier habitat traditionnel des Îles

Les premiers Acadiens réfugiés aux Îles construisent des maisons modestes, fonctionnelles et conçues pour faire face à des conditions de vie souvent difficiles.
Le bâti est assemblé selon la technique du « pièce-sur-pièce », dans laquelle les madriers de bois massif sont empilés horizontalement ou placés verticalement. Le tout est ensuite recouvert de planches de bois verticales. La façade, sobre et symétrique, comprend une porte centrale en bois encadrée de petites fenêtres en bois à petits carreaux. L’étage sous les combles est réservé au rangement. Ce type de construction était principalement présent autour des anciens ports de pêche de Havre-aux-Maisons et de Havre-Aubert.
Ces maisons ont presque entièrement disparu du paysage, soit démolies, soit transformées au fil du temps. Mais grâce aux témoignages recueillis notamment par le père Anselme Chiasson, il est encore possible d’en dresser un portrait fidèle.
La maison acadienne
Entre tradition et adaptation

Construite entre 1850 et 1920, la maison acadienne répond aux besoins croissants des familles tout en conservant des éléments caractéristiques des premières habitations. On la retrouve principalement à L’Île-du-Havre-Aubert et à L’Étang-du-Nord.
Une des particularités de la maison acadienne est sa façade symétrique. La porte principale est centrée sur le mur gouttereau, c’est-à-dire celui parallèle au versant du toit, et est entourée de chaque côté d’une fenêtre. À l’étage, les murs pignons sont aussi percés de fenêtres, car le comble est utilisé comme espace habitable.
La maison acadienne conserve l’esprit des premières constructions tout en améliorant le confort et la fonctionnalité. Bien qu’elles deviennent rares, certaines de ces habitations subsistent encore aujourd’hui, parfois agrandies, discrètement intégrées dans le paysage madelinot.
La maison madelinienne
Entre héritage acadien et influence néo-anglaise

La maison madelinienne s’inscrit dans la continuité de la maison acadienne tout en s’en distinguant par un élément central : l’orientation de sa façade principale.
Introduite sur l’archipel entre 1880 et 1920, elle conserve les proportions modestes et la simplicité fonctionnelle de ses prédécesseurs. Contrairement à la maison acadienne, sa porte d’entrée est toutefois placée sur le mur pignon, c’est-à-dire celui perpendiculaire au versant du toit. Ce choix architectural, inspiré des traditions de la Nouvelle-Angleterre, permet de mieux se protéger contre la pluie et la neige qui ruissellent sur le toit à deux versants.
Typique de L’Île-du-Havre-Aubert et de L’Étang-du-Nord, ce style est devenu en quelque sorte l’image emblématique de l’architecture madelinienne, fréquemment utilisée dans les brochures touristiques et les campagnes de promotion des Îles.
La maison madelinienne incarne ainsi un juste milieu entre la tradition acadienne et l’adaptation aux réalités climatiques des Îles témoignant de la capacité des habitants à faire évoluer leur habitat.
La maison à lucarne-pignon
Quand fonctionnalité rime avec raffinement

Inspirée des maisons acadienne et madelinienne, la maison à lucarne-pignon se distingue par un élément emblématique : une grande lucarne-pignon, directement issue du style néogothique.
Ce type architectural, bien présent à L’Île-du-Havre-Aubert, mais aussi, et surtout, dans le canton de Pointe-Basse, traduit la volonté d’embellir les maisons sans renier leur sobriété ni leur adaptation au climat. Il répond également à un besoin concret : améliorer l’usage et la luminosité des combles.
Érigée aussi sur un niveau et demi, la maison conserve les proportions compactes des modèles antérieurs. La façade principale respecte une disposition symétrique : porte principale centrée avec la lucarne et encadrée d’une fenêtre de chaque côté. À cette époque apparaissent aussi des éléments plus décoratifs, inspirés du style néogothique comme les galeries couvertes et les corbeaux sculptés traduisant une volonté affirmée de raffinement.
La maison à lucarne-pignon illustre la volonté des propriétaires d’améliorer leur confort tout en soignant l’esthétique, sans pour autant renier les techniques et savoir-faire traditionnels.
La maison à lucarne-pignon incarne ainsi une étape importante dans l’histoire du bâti madelinot : un juste équilibre entre amélioration du confort, attention portée à l’esthétique et fidélité aux techniques et savoir-faire hérités.
La maison à toit mansardé
Élégance et adaptation insulaire

Avec son allure plus cossue et sa silhouette distinctive, la maison à toit mansardé est apparue sur le territoire à la fin du XIXe siècle. Elle traduit l’influence croissante du Québec et des États-Unis sur le mode de vie et sur les goûts esthétiques des Madelinots, notamment ceux issus des milieux les plus aisés. Elle se retrouve principalement à Cap-aux-Meules et à L’Île-d’Entrée.
La maison à toit mansardé se distingue d’abord par sa toiture à deux pentes brisées, typique du style mansardé. La partie inférieure du toit, appelée brisis, est fortement inclinée, tandis que la partie supérieure, le terrasson, forme un angle plus doux. Ce design offre un volume habitable généreux à l’étage, sans alourdir visuellement la maison. Des petites lucarnes à pignon sont souvent intégrées au toit, apportant à la fois lumière et charme à la propriété.
Le revêtement extérieur est parfois agrémenté de moulures décoratives aux coins, aux jonctions de toiture et sur les débords de toit. Certaines maisons présentent même une galerie couverte, ajoutant à leur allure élégante. La façade principale, fréquemment placée sur le mur pignon, est percée d’une porte, encadrée d’une ou deux fenêtres, simple ou jumelée, au rez-de-chaussée et de deux fenêtres supplémentaires à l’étage qui renforcent l’équilibre visuel de la façade.
La maison à toit mansardé témoigne d’une époque d’ouverture aux influences extérieures et d’ambition, tout en restant profondément ancrée dans le paysage et le climat des Îles.
La maison à versants droits
Un classique bien ancré dans le paysage madelinot

Présente partout sur l’archipel, la maison à versants droits est sans doute l’une des plus répandues aux Îles-de-la-Madeleine. Apparu au XXe siècle, ce type de construction reflète une époque marquée par des changements rapides dans les techniques de construction et une volonté d’offrir plus d’espace aux familles nombreuses, à moindre coût. Elle s’inspire de modèles américains tout en conservant une silhouette familière.
D’un étage et demi ou de deux étages, la toiture est moins inclinée que celle des habitations traditionnelles permettant ainsi d’aménager un étage supérieur plus spacieux et mieux éclairé tout en minimisant l’emprise de la construction face au vent. Le plan de la maison est aussi plus généreux en surface que celui des générations précédentes.
L’entrée principale est généralement située sur le mur pignon, mais il n’est pas rare de la trouver sur le mur gouttereau, celui parallèle au versant du toit, surtout dans les cantons de Cap-Rouge, des Caps ou de Pointe-aux-Loups. Dans ces cas, une lucarne vient casser la ligne horizontale du toit et accentuer la façade.
Avec la maison à versants droits, l’architecture résidentielle devient un peu plus fonctionnelle, plus confortable, tout en étant enracinée dans le mode de vie insulaire.
La maison cubique
Une nouvelle ère de confort

Apparue entre 1910 et 1950, la maison cubique reflète une époque où le confort et l’espace deviennent essentiels pour, notamment, loger les familles nombreuses du XXe siècle. Elle témoigne aussi d’un certain mieux-être économique : on peut désormais bâtir plus grand, plus haut, avec un souci accru du détail. Ce type de maison est présent un peu partout sur l’archipel, mais se retrouve en plus grande concentration dans le canton de La Vernière.
Popularisée par les catalogues de plans diffusés à grande échelle, la maison d’origine américaine, nommée aussi « four square », se distingue nettement des habitations traditionnelles par son volume plus imposant, sa volumétrie à deux étages complets, ses lignes simples et sa toiture en pavillon à quatre versants, souvent surmontée d’une lucarne à croupe centrée.
La composition de la façade principale est symétrique : au rez-de-chaussée, la porte est généralement centrée entre deux fenêtres, simples ou jumelées, tandis qu’à l’étage, trois fenêtres sont alignées directement au-dessus de celles du bas.
Malgré son nom, la maison cubique n’est pas toujours parfaitement carrée ; certaines présentent un plan légèrement rectangulaire. Cossue, mais bien ancrée dans le paysage, elle reflète une période d’ouverture à de nouveaux modèles et une quête de confort accru.
La maison à toiture plate
Sobriété moderne et adaptation au vent

Apparue aux Îles-de-la-Madeleine entre 1900 et 1920, la maison à toiture plate incarne une discrète, mais significative rupture avec les formes traditionnelles du bâti insulaire portée par l’innovation technique et le désir de simplification. Ce type de maison est étroitement lié à l’introduction de nouveaux matériaux d’étanchéité au début du XXe siècle. Grâce à ces avancées, les toitures à très faible pente, voire plates, deviennent viables, même dans un climat marqué par les vents forts, les pluies abondantes et les accumulations de neige. Ces maisons se retrouvent principalement sur les chemins de L’Étang-du-Nord et du Bassin, où elles enrichissent la diversité architecturale locale.
Son toit est généralement à deux versants à pente très douce, presque invisible depuis le sol. Dans quelques cas plus rares, la toiture est complètement plate ou inclinée vers l’arrière. Ce choix n’est pas qu’esthétique : il réduit la prise au vent, un atout essentiel dans un environnement insulaire exposé à la force des vents.
Elle comprend deux niveaux complets, mais sa forme simple et sa toiture discrète lui permettent de s’insérer harmonieusement dans le paysage bâti sans dominer l’environnement. La façade principale est généralement orientée sur le mur pignon. Des détails sobres comme les planches cornières, aux jonctions des murs, et les planches de rive, là où se rencontrent les murs et la toiture, ajoutent une finition soignée.
Fonctionnelle, bien pensée pour les conditions locales et empreinte d’une élégance discrète, la maison à toiture plate témoigne d’une modernisation douce du paysage résidentiel madelinot au début du XXe siècle.
La maison à toit mansardé à quatre versants
Entre raffinement architectural et traditions locales

Moins fréquente, mais immédiatement reconnaissable, la maison à toit mansardé à quatre versants se démarque dans le paysage architectural des Îles-de-la-Madeleine. Inspirée du style Second Empire, cette maison introduite entre 1910 et 1930 témoigne d’un désir de raffinement et d’ouverture aux tendances urbaines, tout en restant solidement ancrée dans les réalités matérielles et climatiques de l’archipel. Elle se retrouve principalement dans les cantons de Bassin, où sa silhouette travaillée, sa prestance et ses détails architecturaux tranchent avec les formes plus modestes des maisons voisines.
Contrairement à la version à deux versants, la toiture mansardée à quatre versants est formée de quatre pans inclinés, les brisis, qui descendent directement vers les murs. Cette forme crée un volume plein, compact, et visuellement distinctif. Les brisis sont traditionnellement recouverts de bardeaux de cèdre, tandis que la partie supérieure du toit, lorsque la pente est plus faible, est parfois goudronnée pour garantir l’étanchéité. Des lucarnes à pignon sont intégrées dans la toiture ou en façade, apportant lumière naturelle et relief à la composition.
La porte sur la façade principale est souvent surmontée d’une imposte vitrée. Des fenêtres sont parfois installées en saillie (bow-window) et les finitions sont soignées : planches cornières aux coins des murs, chambranles à moulures autour des ouvertures, planches de rive sous l’avant-toit et moulures sur les fascias. Ces éléments confèrent à la maison une allure à la fois robuste et élégante.
La maison à toit mansardé à quatre versants témoigne d’une tentative réussie d’intégration d’un style issu des grands centres urbains au contexte rural insulaire. Elle enrichit le patrimoine bâti madelinot par son originalité, sa finesse et sa capacité à conjuguer expression architecturale et adaptation au climat.
La maison à toit à demi-croupes
Entre esthétisme et adaptation

Inspirée du mouvement Arts & Crafts, populaire en Amérique du Nord à cette époque, la maison à toit à demi-croupes reprend les grandes lignes de la maison à versants droits, tout en y ajoutant un détail distinctif : une toiture à demi-croupes, où les extrémités du toit sont tronquées, recouvrant partiellement les murs pignons. Ce choix architectural n’est pas qu’une coquetterie. En plus d’adoucir la silhouette du bâtiment, les demi-croupes limitent la prise au vent, un avantage non négligeable dans un environnement maritime soumis à de fortes rafales. Il s’agit là d’un bel exemple de l’adaptation des formes aux conditions climatiques, une constante dans l’architecture traditionnelle des Îles. Des lucarnes viennent parfois s’ajouter à la toiture pour améliorer la luminosité intérieure.
Introduite aux Îles entre 1930 et 1950, la maison à toit à demi-croupes est particulièrement répandue dans les cantons plus récents, comme Fatima et Grande-Entrée.
La façade principale peut être placée sur le mur pignon ou le mur gouttereau. Les encadrements sont soulignés par des chambranles moulurés, et les coins des maisons sont mis en relief avec des planches cornières. Un tambour ou une galerie couverte ajoutent parfois confort et caractère à l’ensemble.
La maison à demi-croupes parvient à marier fonctionnalité et sens esthétique, dans le respect des savoir-faire locaux et de l’environnement naturel. Elle s’inscrit ainsi dans la continuité du patrimoine bâti des Îles, tout en reflétant une époque plus ouverte à l’influence continentale et à l’évolution des modes de vie.
La maison cubique à un niveau
Modestie, équilibre et fonctionnalité

Variante plus sobre de la maison cubique classique, la maison cubique à un niveau s’inscrit dans le paysage architectural des Îles-de-la-Madeleine entre 1930 et 1950, dans l’après-guerre. Issue des modèles nord-américains conçus pour loger les vétérans dans des quartiers résidentiels standardisés, elle combine fonctionnalité, économie de moyens et esthétique équilibrée.
Les maisons cubiques à un niveau se retrouvent surtout dans les cantons de Cap-aux-Meules, Gros-Cap, l’Étang-des-Caps et de l’Étang-du-Nord. Elles sont discrètes, traduisant une période de transformation sociale et résidentielle, marquée par la volonté de construire rapidement, simplement, et à faible coût.
Le volume est compact sur un seul niveau. Parfois, un comble est aménagé pour offrir un espace habitable supplémentaire. Sa signature architecturale réside dans son toit pavillon à quatre versants, surmonté d’une lucarne en croupe centrée.
Simple, fonctionnelle et bien ancrée dans son époque, la maison cubique à un niveau répond de façon modeste, mais efficace, aux besoins résidentiels du XXe siècle. Elle témoigne aussi de l’influence croissante des modèles continentaux dans l’évolution du bâti madelinot, tout en restant fidèle à une certaine sobriété locale.
La maison à plan rectangulaire
Rigueur classique et adaptation locale

Inspirée du style colonial, la maison à plan rectangulaire impose des lignes sobres, une façade symétrique et un sens affirmé de l’ordre architectural. Ce modèle reflète l’influence de courants esthétiques venus de l’extérieur, mais réinterprétés avec les matériaux et les contraintes du territoire insulaire, à l’image des maisons traditionnelles précédentes. Introduite entre 1930 et 1950, elle se retrouve principalement à Bassin et à L’Étang-du-Nord, et de façon plus marquée dans le canton de Boisville, où elle contribue à la richesse et à la variété du patrimoine bâti.
La maison à plan rectangulaire se distingue par sa façade équilibrée : trois ouvertures alignées au rez-de-chaussée, trois autres à l’étage, encadrant une porte d’entrée centrale soigneusement mise en valeur. Cette emphase sur la porte, parfois accompagnée d’un tambour ou d’une galerie couverte, renforce la verticalité et l’aspect formel de l’architecture, tout en s’adaptant aux besoins pratiques des Madelinots.
Son gabarit est plus généreux que celui des modèles précédents : deux étages pleins, et une toiture à pente moyenne. Cette configuration permet une meilleure organisation intérieure, notamment pour les familles nombreuses.
La maison à plan rectangulaire intègre des formes et un style venus d’ailleurs, tout en respectant les réalités de l’insularité et en maintenant une harmonie avec le paysage.
La maison à lucarne rampante
Entre héritage et modernité

Apparue dans les années 1940-1950, la maison à lucarne rampante s’inscrit dans le mouvement des habitations modestes de l’après-guerre, souvent désignées sous le nom de style « Wartime ». Elle marque une certaine rupture avec l’architecture traditionnelle par l’ajout d’éléments fonctionnels et modernes.
Construite sur un étage, son principal trait distinctif : une ou deux généreuses lucarnes rampantes qui s’étendent sur plus de la moitié de la toiture transformant ainsi le comble en un espace pleinement habitable, baigné de lumière naturelle. Ce choix architectural permet d’optimiser le volume sans augmenter la hauteur du bâtiment, un avantage certain dans un environnement insulaire exposé aux vents. Autre élément typique : la galerie couverte en façade, protégée par un large avant-toit qui prolonge visuellement la ligne du toit. Ce détail accentue l’horizontalité de la maison et renforce son intégration au paysage. Le sous-sol, légèrement surélevé et éclairé avec des fenêtres, est maintenant plus habité.
Ce type de maison, fréquent dans les secteurs développés plus récemment, raconte, d’une certaine façon, la transition entre l’architecture traditionnelle et les formes modernes, comme le bungalow. La maison à lucarne rampante fait ainsi le lien entre le passé et les exigences nouvelles de la vie contemporaine.

Pour plus d’informations sur Le patrimoine architectural des Îles ou pour partager vos histoires sur les maisons traditionnelles des Îles, contacter la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine : : [email protected]
Par Marie-Hélène Verdier, architecte et conseillère en patrimoine et architecture pour la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine
LA UNE : Illustrations : bedecomics









