Des producteurs d’huîtres de la Gaspésie et des Îles remettent en question l’avenir de leur entreprise, devant les ravages causés par des parasites dans les élevages de l’est du Canada.
Les maladies de la sphère multinucléée inconnue (MSX) et de la perkinsose, aussi appelée dermo, ont été détectées pour la première fois au Québec en juillet 2025, à la Ferme maricole du grand large à Carleton-sur-Mer.
Depuis lors, les parasites ont décimé les stocks d’huîtres de plusieurs ostréiculteurs de la péninsule gaspésienne et de l’archipel madelinot.
À la Ferme maricole du grand large, on évalue avoir perdu 93 % des 200 000 huîtres qui ont passé l’hiver dans les eaux de la baie des Chaleurs.
Ce sont vraiment des pertes importantes
, se désole le copropriétaire William Bujold. Juste le salaire que ça demandait de faire le tri des huîtres mortes, même les 7 % qui restaient ne payaient même pas la main-d’œuvre.
On a peut-être 10 % de la production qu’on faisait auparavant, mais au moins on a quelque chose à offrir pour la clientèle locale
, souligne M. Bujold.

Aux Îles-de-la-Madeleine, chez Grande-Entrée Aquaculture, la proportion de mortalité s’élève à 80 %. La production, qui s’élevait auparavant à 600 000 huîtres annuellement, devrait chuter à 50 000 mollusques cette année.
Ça change énormément la donne
, lance le copropriétaire Carlo Éloquin.
La maladie MSX et la perkinsose ne posent aucun risque pour la santé humaine ni pour la salubrité des aliments, mais elles peuvent entraîner une augmentation de la mortalité et une diminution des taux de croissance chez les huîtres.
Depuis juillet 2024, on a retrouvé l’une ou l’autre de ces maladies, ou les deux, à l’Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve-et-Labrador, au Québec et au Nouveau-Brunswick. Depuis le 2 septembre 2025, ces 5 provinces sont considérées comme des zones contaminées par le gouvernement fédéral.
Source : Agence canadienne de l’inspection des aliments
Difficile de renflouer les stocks
Autant la Ferme maricole du grand large que Grande-Entrée Aquaculture peinent à se réapprovisionner en huîtres chez leurs fournisseurs habituels des Maritimes, car ceux-ci ont également vu leurs stocks être décimés en raison des maladies MSX et dermo.
William Bujold s’estime chanceux d’avoir pu acheter 40 000 huîtres adultes depuis le printemps chez un fournisseur du Nouveau-Brunswick épargné par la maladie, bien que ce nombre soit bien inférieur à son approvisionnement habituel.

Depuis le printemps, j’ai fait quatre allers-retours au Nouveau-Brunswick et j’ai réussi à avoir 40 000 huîtres seulement
, dit-il. D’habitude, quand je faisais un voyage au Nouveau-Brunswick, je revenais avec 70 000 huîtres. Au total, j’allais racheter 400 000 huîtres dans l’été.
Juste en gaz et en temps pour aller les chercher, c’est n’importe quoi. Je n’ai pas encore calculé, mais je ne suis même pas certain que ce soit rentable d’aller chercher des huîtres à petits volumes de même.
William Bujold hésite également à stocker des huîtres pour l’an prochain, de peur de les voir mourir à nouveau.

De son côté, Carlo Éloquin de Grande-Entrée Aquaculture n’a pas été en mesure d’acheter des huîtres supplémentaires.
Pour l’année prochaine, je n’ai pratiquement pas de stock, ça va être minime comme production
, dit-il.
Des décisions cruciales à venir
Carlo Éloquin et William Bujold l’admettent : des décisions d’affaires s’imposeront dans les prochains mois.
C’est sûr qu’il y aura des décisions à prendre dans les prochains mois, pour voir si ça vaut la peine de continuer et si on est capable de continuer financièrement. On a des prêts à assumer.
Le constat est le même pour l’entreprise ostréicole de Carleton-sur-Mer.
S’il n’y a plus de rentabilité dans l’entreprise, si on n’est pas capable d’en vivre et qu’on travaille 60 heures par semaine, on ne continuera pas indéfiniment.
La Ferme maricole du grand large fait aussi l’élevage de moules, mais ce volet ne représente que 15 % des revenus de l’entreprise familiale.
Je ne sais pas dans le futur ce qu’on va faire
, dit-il. J’essaie de ne pas trop y penser parce que je ne dors pas la nuit quand j’y pense.
L’aide de Québec réclamée
Les producteurs demandent l’aide du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ) pour passer à travers la crise que traverse l’industrie ostréicole.
Des rencontres entre les producteurs québécois et le MAPAQ ont eu lieu au printemps.
Le MAPAQ nous a dit qu’il allait être là pour nous épauler et qu’ils avaient déjà aidé les flottilles en difficulté, mais on n’a plus jamais eu de nouvelles d’eux autres depuis.
On espère une aide du gouvernement, mais il n’y a pas eu de développement
, renchérit Carlo Éloquin. Espérons que ça va bouger cet automne.

William Bujold estime qu’il serait relativement simple de soutenir l’industrie québécoise, étant donné le nombre limité de producteurs d’huîtres dans la province.
Je voudrais juste des garanties de prêt pour être capable d’acheter des permis de pêche, d’avoir quelque chose qui est rentable, qui peut garantir des emplois et qui nous encouragerait à continuer la mariculture parallèlement
, dit-il.
Par courriel, le MAPAQ indique qu’il entend continuer à appuyer le secteur, malgré la situation difficile vécue présentement.
Le MAPAQ suit attentivement l’évolution de la situation et demeure en échange avec les entreprises concernées, les partenaires du secteur et le gouvernement fédéral. Les analyses sont en cours afin de bien évaluer les impacts et les besoins.
Le ministère ajoute que les producteurs ont accès à des services vétérinaires
pour mettre en place des mesures de prévention et de contrôle des maladies.
Les projets pour faire l’acquisition de naissains résistants sont admissibles au programme d’appui financier au développement du secteur des pêches et de l’aquaculture commerciales
, indique aussi le courriel.
LA UNE : La Ferme maricole du grand large commercialisait environ 400 000 huîtres par année, mais, cette année, la production sera inférieure à 100 000 mollusques (Photo d’archives) Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose









