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Publié le 10 juillet 2014 | par Webmestre

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Rencontre fortuite avec Élyse Turbide Madelinienne d’origine


Les tableaux d’Élyse, je les ai d’abord découverts à l’Auberge Havre sur mer aux Îles de la Madeleine, parmi les Louis Boudreault et ceux de René Lemay.

Par Évelyne Abitbol

Celui-ci en premier, en entrant dans la salle à manger, tout au fond de la salle. J’ai appris plus tard son titre: La Grande Déferlante.

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Puis en m’installant à une table, j’ai alors aperçu l’homme et la mer qui s’éloignait tout doucement pour se détacher du mur d’à côté.

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Plus tard, en sortant de la salle à manger, j’ai été happée. Le coup final asséné. Un coup de foudre.

J’étais conquise par la représentation des maquereaux. D’abord par l’image, avant de connaître le nom du tableau :

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Rencontre Fortuite

Comme l’expression Rencontre Fortuite me renvoie toujours à André Breton et à sa Nadja, j’ai aussi repensé à la conception de la beauté dictée par Lautréamont dans les Chants de Maldoror : «Beau comme la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection.»

Il n’en fallait pas plus pour que j’aille à la rencontre d’Élyse Turbide. Pour connaître celle qui provoque ces rencontres fortuites entre les images et les mots.
La maison bleue

J’ai stationné la voiture le long du chemin de la maison bleue à Bassin, au bord de la mer. L’entrée donnait directement dans l’atelier de l’artiste, occupée à mettre une touche finale sur des joncs ou des épis sur fond vert/noir au son d’un piano et de musique classique. Le soleil inondait la pièce.

«La lumière vient du noir», disait le peintre bien connu Pierre Soulage, un des peintres que l’artiste aime beaucoup.

Le tableau sur lequel travaillait Élyse était déjà si lumineux qu’il éblouissait et semblait même en relief.

Élyse Turbide, c’est un petit bout de femme de 38 ans dont la physionomie contraste avec la grandeur de ses tableaux. Une jeune femme au large sourire qui respire la joie de vivre et dont le regard d’une couleur indéfinissable passe du vert au bleu selon le sujet de conversation. Elle a le regard franc et direct des Madelinots. Aussi clair que la mer qui encercle les Îles de la Madeleine.

En parcourant les grands tableaux accrochés sur les murs de son atelier, je me suis imaginée l’artiste, perchée sur un tabouret ou un escabeau pour aller placer une touche de vert ou de bleu sur le haut de sa toile. Le bleu ou le vert : les deux couleurs prédominantes de ses tableaux, tout comme ses yeux.

Atelier avec Jaber Lutfi

Avant de l’écouter me parler de sa démarche artistique, des couleurs qu’elle choisit, des sujets qu’elle aime développer, de ses sources d’inspiration, de sa vie qui prend tout son sens lorsqu’elle peint, de sa vie avec son conjoint géologue, qui explore lui aussi la terre à sa manière, du moment présent qui la transporte, elle m’a raconté son admiration pour l’artiste d’origine libanaise, Jaber Lutfi, avec lequel elle a suivi un atelier de création.

«Son univers me bouleverse, m’a-t-elle avoué. C’est un artiste important. Il nous réserve de grandes surprises.»

À la question si elle peint depuis longtemps, elle répond: «depuis toujours». Je lui demandais si elle avait une photo d’elle enfant en train de peindre. J’aime les photos d’enfants, annonciatrices de talent futur.

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Élyse à 2 ans

La discipline de l’artiste

Puis s’en est suivie une discussion sur les personnes qui l’ont façonnée : son père, le chansonnier Didier Turbide, sa mère qui écoutait Léo Ferré, Madonna qu’elle écoutait adolescente, ses rencontres avec le peintre – graveur Daniel Gauthier, qui l’a pris sous son aile et avec lequel elle a appris ce que signifie la discipline d’un artiste, avec Jacques de Blois, l’architecte, Armand Vaillancourt, Réal Arsenault, René Lemay et plusieurs autres.
Le petit Roi

Du fier coq qui a l’air portugais, aux vaches qui ont l’air de brouter dans un pré suisse, aux taureaux qui ont l’air tout droit sortis de l’univers de Dali dont elle ne connaissait pas l’existence avant d’aller étudier à Québec, en passant par les bancs de morues ou de maquereaux, ses sujets se retrouvent tous sur des textures et dans des lieux insolites.

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Elle, elle qualifie plutôt ces lieux de réalistes. Elle voit ses tableaux figurer plus tard dans les livres de biologie, pour représenter les nombreux habitants, en voie de disparition, pour cause de pêche abusive, qui survivent aujourd’hui dans la mer: les morues et les maquereaux qu’elle semble aimer particulièrement, les sébastes, les crabes, les hippocampes, etc.
Mémoire de la mer

C’est la disparition de certains poissons qui inspire l’artiste. Pour transmettre la mémoire de la mer mais, pas seulement. Pour transmettre, rajoute-t-elle, ce que la terre contient de plus beau. Pour préserver cette terre en image tant qu’elle en est un témoin privilégié.
L’abondance

Ce qui me vient en tête en revoyant Élyse peindre et pendant l’écriture de ce texte, c’est son désir intense d’engendrer le merveilleux si cher aux surréalistes. C’est l’abondance des bancs de morues ou de maquereaux qu’elle représente pour qu’ils se multiplient à nouveau et sans cesse. Son souhait le plus cher, que l’on ne détruise pas la beauté du monde.

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L’appel du large

Ce qui me vient aussi en tête, c’est la force de son «appel du large» qui l’a poussée, jeune adulte, à quitter les Iles pour étudier à Québec… et cet appel qui maintenant la projette, toujours loin des Iles à la conquête du monde, qu’elle est prête à explorer, pour le reste de sa vie… en apprentissage.

Ce sera encore l’appel du large qui la fera bientôt déménager à Hudson près de Montréal. «Là où il y a de l’eau… mais confie-t-elle facilement, je reviens tôt ou tard aux Îles. Même loin, à l’extérieur, je peins les Îles.»

Son rapport avec les Îles-de-la-Madeleine est passionnel. Le rapport amour-haine avec ces incessants bien connus allers-retours.

 

Photo à la une :  © Guylain Doyle

Huffington


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