Tim Hortons des Îles menacé de fermeture faute de travailleurs

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Aux Îles-de-la-Madeleine, les débats sur l’immigration et la main-d’œuvre étrangère prennent une dimension très concrète. À Cap-aux-Meules, le restaurant Tim Hortons pourrait être contraint de fermer ses portes d’ici la fin de l’été si aucune solution n’est trouvée pour permettre à plusieurs travailleurs étrangers de demeurer en poste.

Selon le propriétaire de l’établissement, une part importante de son personnel pourrait bientôt quitter l’entreprise. Plusieurs employés risquent de perdre leur emploi, auxquels s’ajoutent des travailleurs à temps partiel dont les permis ne seront pas renouvelés.

Cette situation découle notamment des restrictions fédérales introduites en septembre 2024, qui limitent à 10 % la proportion de travailleurs étrangers temporaires peu spécialisés dans une entreprise.

Un manque de personnel difficile à combler

Pour l’entrepreneur, la conséquence est directe : sans ces employés, le restaurant ne disposerait plus d’assez de personnel pour maintenir ses activités.

Au-delà de l’enjeu opérationnel, il souligne surtout la dimension humaine du dossier. Plusieurs travailleurs concernés vivent aux Îles depuis quelques années et ont amorcé un véritable processus d’intégration dans la communauté.

Certains sont arrivés avec leur conjoint et leurs enfants, tandis que d’autres ont entrepris des démarches pour s’établir durablement sur l’archipel. L’idée de devoir retourner dans leur pays d’origine signifie, pour plusieurs, devoir recommencer leur vie à zéro.

Une mobilisation dans la communauté

Des démarches ont été entreprises auprès d’élus et d’organisations locales afin de sensibiliser les autorités à la situation. La Municipalité des Îles-de-la-Madeleine et la Chambre de commerce suivent notamment le dossier.

Ouvert depuis 1995, le Tim Hortons de Cap-aux-Meules fait partie du paysage quotidien de l’archipel depuis près de trente ans. L’établissement a traversé différentes périodes difficiles au fil du temps, dont la pandémie de COVID-19.

Pour plusieurs employés de longue date, l’éventualité d’une fermeture suscite une réelle inquiétude, tant pour les travailleurs que pour la clientèle qui fréquente l’endroit depuis des années.

Des travailleurs intégrés à la communauté

Au-delà du cas d’une seule entreprise, plusieurs citoyens rappellent que les travailleurs étrangers jouent un rôle important dans l’économie locale.

Facebook/ Nancy Lapierre

Dans une lettre adressée au député provincial, une citoyenne explique avoir donné des cours de français à certains travailleurs philippins employés au restaurant. Elle décrit des personnes déterminées à apprendre la langue et à s’intégrer à la vie insulaire malgré la fatigue de leurs journées de travail.

Au fil du temps, ces travailleurs sont devenus bien plus que des employés. Plusieurs ont fondé une famille sur l’archipel, tandis que d’autres ont réussi à réunir leurs proches après de longs mois de séparation.

Dans son témoignage, Nancy Lapierre rappelle que ces personnes font désormais partie du tissu social des Îles : voisins, collègues, parents d’élèves et, pour plusieurs, membres à part entière de la communauté.

Une pétition pour interpeller les gouvernements

La situation a également suscité une mobilisation citoyenne. Une pétition circule actuellement afin de demander aux gouvernements de revoir certaines règles entourant les travailleurs étrangers temporaires.

Les initiateurs de la démarche soutiennent que l’enjeu dépasse largement le cas d’un seul restaurant. Plusieurs commerces et services de l’archipel — garderies, commerces de détail, entreprises de transformation ou encore certains secteurs du transport — dépendent eux aussi de cette main-d’œuvre.

Pour les signataires, il s’agit de permettre à ces travailleurs déjà installés aux Îles de poursuivre leur parcours et de continuer à contribuer à la vitalité économique et sociale de la région.

Un enjeu plus large

La situation du Tim Hortons de Cap-aux-Meules met en lumière un défi auquel font face plusieurs régions du Québec et du Canada : la difficulté pour certaines entreprises de recruter et de retenir suffisamment de main-d’œuvre.

Dans les régions éloignées ou insulaires, où le bassin de travailleurs est limité, l’apport des travailleurs étrangers temporaires est devenu essentiel au fonctionnement de plusieurs services.

Alors que les gouvernements ajustent leurs politiques d’immigration, plusieurs employeurs et citoyens souhaitent que les réalités particulières des régions soient prises en compte.

Pour l’instant, l’avenir du restaurant et de ses employés demeure incertain. Mais pour plusieurs observateurs, cette situation rappelle que derrière les politiques publiques se trouvent avant tout des entreprises, des familles et des communautés qui cherchent à bâtir leur avenir aux Îles-de-la-Madeleine.

PAR Daniel Bouffard
LA UNE : Facebook / Gestion P Chevarie