Québec recule encore : l’objectif passerait à 80 % de ventes électriques en 2035

Le virage vers l’adoption des véhicules électriques ne traverse pas une période facile. Mis à part la hausse du prix de l’essence, qui attire soudainement de nombreux consommateurs, ainsi que le retour de l’incitatif fédéral plus tôt cette année, plusieurs éléments viennent freiner cette transition. Le plus récent exemple concerne l’objectif de 2035 visant à mettre fin à la vente de véhicules à essence. Lors de son adoption, cette réglementation prévoyait l’interdiction de la vente de véhicules légers à moteur thermique dès 2035, n’autorisant que les véhicules électriques. Or, les pressions exercées par les constructeurs automobiles, de même que le contexte politique international, notamment aux États-Unis, pousse aujourd’hui le gouvernement du Québec à annoncer un deuxième recul des normes prévues.

Les véhicules à essence toujours permis en 2035

Il y a déjà plusieurs années, de nombreux pays à travers le monde ont annoncé leur intention de bannir la vente de véhicules à essence. Le Québec avait emboîté le pas au début de la décennie. Initialement, le gouvernement provincial prévoyait interdire la vente de véhicules à essence, y compris les modèles hybrides et hybrides rechargeables, dès 2035, afin de n’autoriser que les véhicules entièrement électriques dans le segment des véhicules légers.

Or, à l’automne dernier, l’ex-ministre de l’Environnement, Bernard Drainville, avait annoncé un recul de cet objectif, qui passait alors à 90 %, tout en permettant l’inclusion des véhicules hybrides rechargeables. Aujourd’hui, la nouvelle titulaire du ministère de l’Environnement, Pascale Déry, annonce une nouvelle révision des objectifs. Le seuil visé pour 2035 serait désormais abaissé à 80 %. De plus, les objectifs annuels seraient eux aussi revus à la baisse, comme le démontre le tableau ci-dessous.

Années

Cible initiale

Nouvelle cible proposée aujourd’hui

2025

22,0 %

22,0 %

2026

32,5 %

26,0 %

2027

45,0 %

30,0 %

2028

60,0 %

35,0 %

2029

75,0 %

44,0 %

2030

85,0 %

51,0 %

2031

91,0 %

58,0 %

2032

95,0 %

64,0 %

2033

97,5 %

70,0 %

2034

99,0 %

75,0 %

2035

100,0 %

80,0 %

Les hybrides temporairement inclus

La modification de cette norme annoncée aujourd’hui s’accompagne également de changements concernant les crédits accordés aux constructeurs pour chaque véhicule vendu. Par exemple, les véhicules hybrides non branchables, soit les hybrides conventionnels, deviendraient admissibles à des crédits jusqu’en 2027, alors qu’ils n’en reçoivent actuellement aucun. De même, les véhicules hybrides rechargeables offrant moins de 50 kilomètres d’autonomie, qui ne sont présentement pas admissibles, pourraient désormais générer des crédits.

Le tableau suivant résume la situation actuelle et les modifications proposées concernant les crédits accordés aux constructeurs.

Type de véhicule

Situation actuelle

Paramètres proposés dans la modification

Véhicule hybride non branchable (véhicule hybride régulier)

 Aucun crédit

0,25 crédit — non admissible après l’année modèle 2027

Véhicule hybride branchable avec moins de 50 km d’autonomie

Aucun crédit

0,5 crédit — non admissible après l’année modèle 2030

Véhicule hybride branchable avec entre 50 et 80 km d’autonomie

Entre 0,3 et 0,5 crédit — non admissible après l’année modèle 2027

0,5 crédit — non admissible après l’année modèle 2030.

Véhicule hybride branchable avec 80 km et plus d’autonomie

0,5 crédit

0,75 crédit

Véhicule zéro émission (tout électrique)

1 crédit

1 crédit

Mettre cela sur le dos de nos voisins du sud?

À l’automne dernier, le gouvernement indiquait que ce changement découlait en partie du contexte américain et de ses répercussions sur l’industrie automobile nord-américaine. Cependant, ce n’est pas uniquement la faute des Américains, bien que leur position n’aide pas la cause. Cela relance donc le débat sur la dépendance du Canada envers les États-Unis dans le secteur automobile. Est-il temps pour le Canada d’envisager également l’adoption des normes de sécurité européennes afin de diversifier davantage son marché? Comme nous le savons, il existe davantage de modèles électriques en Europe. Cela permettrait d’avoir quelques modèles abordables de plus sur notre marché, question de venir soutenir cette transition, alors que les constructeurs américains investissent à fond dans les gros moteurs V8.

Quoi qu’il en soit, ce changement de cap du gouvernement provincial survient alors que l’échéance de 2035 demeure encore relativement lointaine. Le marché automobile actuel commence à peine à accueillir davantage de véhicules électriques abordables, et plusieurs nouveaux modèles sont attendus au cours des prochaines années.

Reste maintenant à voir ce qu’il adviendra de cette proposition. Le site Web du gouvernement du Québec indique qu’avant l’adoption des modifications au Règlement sur les véhicules zéro émission, une consultation publique de 30 jours sera tenue, du 23 juin au 23 juillet 2026.

Avis de RPM

Ce revirement du gouvernement du Québec aujourd’hui ne fait tout simplement pas de sens. On semble ici prendre une décision rapide sans regarder le portrait du secteur automobile, en se basant uniquement sur ce qui se passe au sud de notre frontière. Si le marché n’est pas prêt ou ne suit pas comme prévu, on peut ajuster les cibles annuelles en cours de route d’ici 2035, mais réduire l’objectif de 2035 à 80 % tout de suite semble radical, considérant que nous sommes encore loin de cet horizon. De plus, le fait de changer nos cibles deux fois en aussi peu de temps envoie un message négatif au secteur automobile, voulant que l’on plie aux moindres pressions.

De plus, il est aberrant de constater que le gouvernement du Québec veuille donner des crédits aux constructeurs automobiles pour la vente de véhicules hybrides réguliers. Oui, un véhicule hybride permet une économie de carburant, mais ça reste un véhicule avec un moteur thermique qui n’est pas branchable. Bien que cette mesure soit temporaire, elle ne devrait pas être mise en place. On sent clairement l’influence des constructeurs et de l’industrie automobile derrière cette décision et non pour le bien de la population, comme on veut nous le laisser croire.

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