Le BAPE appuie le projet de parc éolien de Grosse-Île, sous condition

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Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) donne son appui au projet de parc éolien de Grosse-Île, dans l’archipel madelinot, mais conditionnellement à l’obtention de compléments d’information avant qu’une décision gouvernementale soit rendue.

Dans le rapport d’enquête et d’audience publique publié mardi, la commission conclut que le projet devrait être autorisé puisqu’il contribuerait à réduire la dépendance de l’archipel aux combustibles fossiles, alors que son approvisionnement énergétique repose encore largement sur la centrale thermique de Cap-aux-Meules.

Le projet, en bref

  • Construction et exploitation de 4 éoliennes de 150 mètres de hauteur
  • Puissance totale de 18 mégawatts
  • Alors que le projet comportait initialement sept emplacements, sa configuration finale n’en compte plus que cinq
  • Le parc éolien se trouvera à environ six kilomètres au nord-est du parc éolien existant de la Dune-du-Nord et à trois kilomètres du centre du périmètre urbain de Grosse-Île
  • Durée d’exploitation prévue de 30 ans
  • Coût estimé à 80 millions de dollars (avant révision de coûts)
  • Objectif : réduire la dépendance de l’archipel aux combustibles fossiles en diminuant le recours à la centrale thermique de Cap-aux-Meules

Le BAPE recommande toutefois que l’instigateur du projet, le Parc éolien de Grosse-Île S.E.C., démontre sa capacité à établir un véritable dialogue avec la population locale. La commission estime également que des précisions supplémentaires devront être fournies concernant les coûts du projet ainsi que les mesures prévues pour limiter l’érosion côtière et protéger la faune locale.

Deux éoliennes vues des airs à la pointe d'un cap. L’entreprise à l’origine du projet appartient à parts égales à l’Alliance de l’énergie de l’Est et à Nutrinor-Gilbert Énergie renouvelable. Ces deux partenaires exploitent déjà ensemble le parc éolien de la Dune-du-Nord, en service sur l’archipel depuis 2020. (Photo d’archives). Photo : Radio-Canada / Steve Rompré

 

Par ailleurs, le BAPE formule une autre recommandation concernant les retombées financières du projet. La commission estime que le ministère de l’Environnement devrait exiger une mise à jour publique des coûts avant d’aller de l’avant.

Selon le rapport, l’estimation de 80 millions de dollars, établie en 2023, ne tient pas compte de possibles surcoûts liés à l’acquisition des turbines, à la stabilisation des dunes ou encore aux travaux de protection contre l’érosion côtière.

Des avis partagés lors des audiences

Les audiences publiques se sont déroulées en février et en mars 2026 à Grosse-Île et à Cap-aux-Meules, en formule hybride. Au total, 5 séances publiques ont été tenues et pas moins de 49 mémoires ont été déposés.

Selon le compte rendu du BAPE, les échanges ont révélé un consensus sur l’importance de la transition énergétique, mais également de profondes divergences quant à l’emplacement retenu.

Plusieurs organismes, la Communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine ainsi que certains citoyens ont soutenu que le projet contribuerait à la lutte contre les changements climatiques.

À l’inverse, d’autres participants ont remis en question la pertinence du projet, évoquant l’intermittence de l’énergie éolienne et estimant que le site choisi à Grosse-Île n’était pas approprié.

Julie-Anne Burke s'adresse aux commissaires du BAPE lors de l'audience du 10 mars 2026 à Grosse-Île.Une résidente rencontrée au mois de mars à Grosse-Île, Julie-Anne Burke, estimait que les risques environnementaux du projet sont trop élevés. (Photo d’archives). Photo : Tirée de la webdiffusion du BAPE

 

Le rapport fait aussi état de préoccupations concernant l’acceptabilité sociale du projet. Des citoyens ont critiqué les démarches d’information du promoteur et dénoncé certaines lacunes dans les communications, notamment en ce qui concerne les services de traduction en langue anglaise destinés à la communauté anglophone de Grosse-Île.

Parmi les autres préoccupations recensées figurent les effets visuels des installations sur le paysage, les retombées économiques pour la communauté, les conséquences possibles sur les dunes et l’érosion côtière, ainsi que les risques pour les oiseaux migrateurs.

Un pluvier siffleur sur une plage.Le pluvier siffleur, une espèce en situation précaire, trouve aux îles de la Madeleine un habitat essentiel à son rétablissement. Selon Environnement et Changement climatique Canada, l’oiseau pourrait être attiré par les sols perturbés du futur parc éolien. L’instigateur du projet s’est donc engagé à éviter, dans la mesure du possible, les travaux durant la période de nidification, du 15 avril au 31 août. (Photo d’archives) Photo : Parcs Canada/Jeannette Gallant

 

Le BAPE rappelle toutefois que son rôle demeure consultatif. Son rapport a été remis à la ministre de l’Environnement, Pascale Déry, afin d’éclairer la décision du Conseil des ministres qui devra ultimement autoriser ou refuser le projet.

D’ici là, la commission invite la Municipalité de Grosse-Île à consulter rapidement sa population et demande au promoteur de mettre en œuvre son plan d’engagement communautaire.

Le dossier illustre ainsi, selon les constats du rapport, le défi de concilier la transition énergétique, la protection d’un milieu dunaire fragile et les préoccupations d’une communauté locale.

LA UNE : Le BAPE recommande l’autorisation conditionnelle du projet. (Photo d’archives) Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

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