Enrochement de La Martinique : la Municipalité des Îles retardée par Québec

La Municipalité des Îles-de-la-Madeleine affirme que la lenteur du ministère de la Sécurité intérieure (MSI) l’empêche de lancer la construction d’un ouvrage pour protéger les résidences du secteur de La Martinique. Elle soutient que l’échéancier du projet, fixé au 31 mars 2027, ne pourra être respecté en raison des retards de Québec.

On n’a pas d’avancement du tout dans le dossier, on est à l’arrêt présentement, déplore la cheffe de section en action climatique et directrice intérimaire des infrastructures et du bureau de projets à la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine, Jasmine Solomon.

La Municipalité a conclu une entente de cinq millions de dollars en 2023 avec le ministère de la Sécurité publique (MSP), devenu par la suite le MSI, pour protéger 20 résidences vulnérables à l’érosion côtière par l’entremise du Cadre pour la prévention de sinistres.

Vue de l'arrière des maisons du secteur La Martinique, avec de l'enrochement.En 2014 et en 2022, la côte de La Martinique a reculé de 4,5 mètres par année. (Photo d’archives) Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares

 

Trois ans plus tard, la Municipalité affirme toujours attendre des informations clés de la part du MSI pour aller de l’avant dans la construction.

Bien que le ministère ait indiqué par courriel à Radio-Canada avoir réalisé une analyse en collaboration avec le ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD), qui construit un enrochement contigu au sud, Jasmine Solomon souligne que ce document est loin d’être suffisant pour faire progresser le projet.

On sait que ça va être un enrochement. La solution est déterminée, mais on n’a pas eu l’analyse de risques et on n’a pas encore eu une conception des plans et devis. On est en attente des démarches du côté du ministère pour pouvoir avancer avec l’ouvrage de protection.

Une citation de Jasmine Solomon, directrice intérimaire des infrastructures et du bureau de projet à la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine

Bien que la Municipalité soit maître d’œuvre du projet, c’est le MSI qui doit déterminer les paramètres de conception de l’ouvrage de protection, comme sa superficie et ses spécifications techniques, dans le respect des critères propres au Cadre pour la prévention des sinistres.

Tous ces critères-là, ce n’est pas moi qui les détermine à la Municipalité, indique Jasmine Solomon. Tant que je n’ai pas un concept final du ministère de la Sécurité intérieure, je ne peux pas enclencher le projet. J’ai hâte d’avoir des réponses.

Ces détails de conception sont également nécessaires pour obtenir les autorisations environnementales nécessaires. La Municipalité ne peut donc pas non plus faire progresser le projet auprès du ministère de l’Environnement.

Des validations en cours selon le MSI

De son côté, le ministère de la Sécurité intérieure indique dans un courriel transmis à Radio-Canada vendredi que certaines validations sont en cours afin que les spécialistes du gouvernement soient satisfaits de ces critères de conception avant leur transmission à la Municipalité.

Le MSI est en contact avec la Municipalité et l’a informée qu’elle recevrait les documents dans les meilleurs délais, d’ici la fin de l’été, ajoute le Ministère par courriel.

De son côté, Jasmine Solomon affirme ne jamais avoir reçu une telle information de la part du Ministère. Elle souligne toutefois qu’une rencontre entre la Municipalité et le MSI aura lieu le 16 juillet et que l’information lui sera peut-être communiquée à ce moment.

Des maisons de La Martinique avec de l'enrochement à l'avant.L’enrochement visant à protéger les maisons du secteur de La Martinique sera contigu à celui du ministère des Transports, qui sera bientôt refait. Les deux ministères (MSI et MTMD) doivent donc se coordonner, car leurs critères de constructions ne sont pas les mêmes. (Photo d’archives) Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

Mme Solomon souligne également que le MSI n’a pas encore tenu la rencontre de consultation publique qui doit habituellement avoir lieu au début du processus.

Normalement, au début du processus, il y a une rencontre de démarrage avec les citoyens du secteur, explique-t-elle. On demande cette rencontre depuis un an et demi.

Un échéancier repoussé

Alors que la construction de l’ouvrage devait être terminée avant le 31 mars 2027, la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine soutient qu’il sera impossible de respecter le délai, compte tenu des nombreuses démarches qu’il reste à accomplir.

C’est absolument certain que ce ne sera pas fait avant 2027.

Une citation de Jasmine Solomon, directrice intérimaire des infrastructures et du bureau de projet à la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine

Par courriel, le ministère de la Sécurité intérieure indique être disposé à signer un avenant à l’entente de financement pour repousser la date de fin des travaux.

Jasmine Solomon devant un paysage du secteur Gros-Cap.La directrice intérimaire des infrastructures et du bureau de projet à la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine, Jasmine Solomon, s’impatiente des retards engendrés par le ministère de la Sécurité intérieure. (Photo d’archives) Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

Selon Mme Solomon, le gouvernement a coupé des postes au sein du ministère de la Sécurité intérieure, l’automne dernier, ce qui a grandement réduit l’équipe qui coordonne la mise en place d’ouvrages de protection. Cette situation peut expliquer les délais ministériels, croit-elle.

Radio-Canada a demandé des précisions au MSI sur les coupes au sein de son ministère.

Un nombre suffisant d’employés a été mobilisé par le MSI pour assurer l’accompagnement de la Municipalité dans la mise en œuvre des ententes de financement visant la prévention des sinistres, s’est contenté de répondre le Ministère par courriel, sans donner plus de détails.

Des citoyens impatients

Les retards dans le projet causent l’impatience des propriétaires des maisons du secteur de La Martinique.

Claude Poirier photographié devant une côte enrochée.Le propriétaire Claude Poirier espère que le projet ne tombera pas à l’eau. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

Claude Poirier a acheté une résidence en 2025, en croyant que l’ouvrage serait en place avant le 31 mars 2027.

Il est certain que je suis déçu. Je suis stressé que ça ne se fasse jamais.

Une citation de Claude Poirier, propriétaire d’une maison du secteur de La Martinique

L’incertitude cause aussi du souci à sa voisine, Dany Chiasson. Cette dernière a acheté une maison située à une dizaine de mètres de la côte en décembre 2025, rassurée par le fait qu’un ouvrage de protection allait être construit bientôt.

Dany Chiasson devant sa maison.Bien que certains terrains aient des enrochements privés, celui acquis par Dany Chiasson n’en a pas. Elle comptait sur l’ouvrage de la Municipalité pour assurer la pérennité de sa propriété. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

En plus de craindre les effets que pourraient avoir les tempêtes automnales sur son nouveau terrain, le retard du projet freine ses envies d’investissements et de rénovations.

Je suis freinée dans mon élan de mettre la maison à ma main, de la rendre confortable. C’est sûr que si l’enrochement se faisait, moi, ça me mettrait en confiance d’investir sur la maison.

Une citation de Dany Chiasson, propriétaire d’une maison du secteur La Martinique

Les citoyens sont impatients et je les comprends, affirme l’employée municipale Jasmine Solomon. Ça fait déjà plusieurs années qu’ils attendent. Déjà, avec Fiona en 2022, on sait que plusieurs étaient préoccupés. Au moins, il n’y aucune résidence en imminence de danger dans le secteur.

Enrochement déjà en place : d’autres réponses se font attendre

La Municipalité des Îles-de-la-Madeleine indique aussi avoir demandé au ministère d’évaluer la qualité des enrochements privés déjà en place derrière certaines maisons du secteur ciblé.

On a demandé un portait clair pour savoir si les roches présentes pouvaient être réutilisées dans le nouvel ouvrage, si l’ensemble des roches devait être retiré et si des compensations financières pouvaient être versées aux citoyens qui ont payé pour leur enrochement, explique Jasmine Solomon.

Sur cette question, on a zéro avancement et ça faisait partie des discussions qu’on voulait avoir avant d’aller rencontrer des citoyens.

Une citation de Jasmine Solomon, directrice intérimaire des infrastructures et du bureau de projet à la Municipalité des Îles-de-la-Madeleine

Mme Solomon mentionne tout de même que le ministère de la Sécurité intérieure a mandaté des experts en mécanique de roche du ministère des Transports, qui ont procédé à l’inspection des ouvrages en place l’automne dernier. Elle affirme toutefois n’avoir jamais reçu le rapport ni les recommandations ministérielles sur le sujet.

LA UNE : Le projet d’enrochement visant à protéger les résidences du secteur de La Martinique prend du retard. Certaines propriétés disposent déjà d’enrochement privé, mais d’autres non. (Photo d’archives) Photo : Radio-Canada

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