De nouveaux joueurs en agriculture aux Îles

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Deux nouvelles entreprises agricoles sont en démarrage à Fatima, aux Îles-de-la-Madeleine, portées par le désir de contribuer à l’autonomie alimentaire de l’archipel. D’un côté, la Coop RésÎlience commence à prendre racine, alors que l’entreprise Les fraises à Seb souhaite poursuivre son expansion sur une nouvelle terre agricole.

Même si la survie de certaines entreprises agricoles des Îles est menacée, tout n’est pas noir dans le secteur agroalimentaire madelinot.

Le 9 mai, la Coop RésÎlience a été officiellement constituée. La coopérative de solidarité maraîchère compte déjà neuf membres en règle, dont plusieurs font partie de la communauté LGBTQ+. L’idée du projet a d’ailleurs germé dans la tête de Tam Desgroseilliers.

La mission de la coopérative est de nourrir les gens des Îles et d’alimenter le projet d’un biorégionalisme résilient aux Îles. On veut une production agricole résiliente, écologique et diversifiée.

Une citation de Tam Desgroseilliers, responsable de la coordination de la Coop RésÎlience

C’est à Fatima, sur une terre qui appartient à la famille Harvie depuis sept générations, que Tam Desgroseillers souhaite enraciner le projet. Sa mère, Solange Harvie, est aussi membre de la coopérative.

Tam Desgroseilliers photographié avec une poule dans les mains.Enfant d’une Madelienne, Tam Desgroseilliers a grandi sur le continent, mais réside à Fatima depuis deux ans. Iel souhaitait habiter le territoire en démarrant un projet agricole coopératif. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

La Coop RésÎlience veut à la fois lancer une production maraîchère, transformer des produits de cueillette sauvage et faire la culture de champignons. La production d’œufs de consommation est l’un des volets déjà en branle, bien que le poulailler actuel soit temporaire.

L’espace de culture sur le terrain de la famille Harvie est d’environ 0,5 hectare.

On combine l’approche du maraîchage bio-intensif dans les zones qui s’y prêtent mieux, mais on vient densifier avec de la permaculture, donc un usage plus écologique et diversifié, avec des plantes ancestrales oubliées, explique Tam Desgroseilliers.

Des poules brunes sortent d'un poulailler.La Coop RésÎlience possède déjà des poules, mais souhaite augmenter leur nombre dans les prochaines années. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

On peut créer tellement d’abondance dans des petits lieux, ajoute-t-iel. Il y a manière de faire plus avec nos terrains.

Le pronom iel, formé à partir des pronoms il et elle, est employé dans ce texte afin de refléter l’identité non binaire de Tam Desgroseilliers.

Le projet pourrait aussi grandir au-delà du terrain des Harvie, car des membres de la coopérative souhaitent aussi prêter leur terrain pour agrandir l’aire de culture de la coopérative.

2026 : l’année zéro de la Coop RésÎlience

Si la coopérative est officiellement fondée depuis quelques semaines, beaucoup de travail reste à faire avant que ses activités se concrétisent.

Cette année, on est vraiment à l’année zéro, on est dans la mise en place administrative, le plan d’affaires, la recherche de financement et la préparation de mise en culture des sols, explique Tam Desgroseilliers.

La première vraie saison complète de production est prévue pour 2028, car 2027 sera une année de mise en place d’infrastructures, dont une serre, une chambre froide et un nouveau poulailler. La coopérative prévoit tout de même amorcer la culture de champignons dès l’an prochain, comme la transformation de produits de cueillette.

Un bâtiment avec une personne qui marche devant.En 2027, les membres de la coopérative planifient transformer ce bâtiment en cuisine pour la transformation de produits. Un garage pourrait également être converti en chambre froide. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

À plus long terme, Tam Desgroseilliers rêve déjà d’un biergarten fermier, un petit espace similaire à un café, où la population pourrait venir déguster des boissons et des salades préparées à partir des produits de la coopérative.

J’ai envie qu’il y ait de la vie, autant de la vie communautaire que de la biodiversité, résume-t-iel.


Les fraises à Seb : une entreprise en expansion

À quelques kilomètres de la terre des Harvie, Sébastien Henry observe ses plants de fraises, sur une parcelle louée à l’entreprise Les petits fruits en folie.

Un homme cueille des fraise dans un champ.Sébastien Henry espère pouvoir augmenter sa production de fraises sur une nouvelle terre agricole. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

Originaires de France, M. Henry et sa conjointe Margot Silveira sont débarqués aux Îles-de-la-Madeleine en 2018 pour faire du woofing, soit du travail bénévole agricole en échange d’un toit et de repas, pour l’entreprise Les petits fruits en folie, alors spécialisée en production de fraises et de bleuets.

Quelques années plus tard, le propriétaire leur a proposé de reprendre la culture de fraises, un volet qu’il souhaitait délaisser. Le couple, qui venait d’acquérir une maison dans le secteur du Grand-Ruisseau, à Fatima, a accepté.

Ayant démarré avec 2500 plants de fraise en production en 2023, Sébastien Henry en cultive aujourd’hui 8000, soit la capacité maximale possible sur les terres qu’il loue.

On ne suffit pas du tout à la demande. Il faudrait qu’on soit trois fois plus gros pour, peut-être, arriver à suivre la demande.

Une citation de Sébastien Henry, copropriétaire des Fraises à Seb

Bien que l’entreprise Les fraises à Seb ne dispose d’aucun kiosque et ne fasse aucune publicité, les fruits s’envolent comme des petits pains chauds. Sébastien Henry affirme qu’il est devenu le seul producteur de fraises des Îles-de-la-Madeleine, après le retrait, dans les dernières années, de certains producteurs.

Des mains tiennent des fraises.Actuellement, la capacité de production des Fraises à Seb est d’environ 8000 paniers de 1,5 litre par année, ce qui est bien inférieur à la demande des Madelinots. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

On a une liste d’appel des personnes qui veulent des fraises et qui passent par notre page Facebook, explique Sébastien Henry. Ça arrive malheureusement souvent qu’on ne se rende pas au bas de la liste et que certaines n’aient pas de fraises à la fin de l’année, d’où la nécessité d’acheter un terrain pour agrandir.

Processus d’achat en cours

Bien que son entreprise soit en activité depuis 2023, Sébastien Henry considère toujours qu’elle est en démarrage, puisque sa conjointe et lui ne se versent toujours aucun salaire et qu’ils tentent d’acquérir leur propre terre.

Le couple est en processus d’acquisition d’une terre agricole située près de leur maison, mais une caractérisation du terrain doit d’abord être faite, car on y retrouve des milieux humides.

Si la surface cultivable le permet, Sébastien Henry aimerait pouvoir augmenter son nombre de plants de fraises à 12 000, en plus d’ajouter des plants de bleuets et des pommiers.

Sébastien Henry photographié dans un champ.Sébastien Henry est copropriétaire des Fraises à Seb avec sa conjointe. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

Malgré le dur travail et les revenus encore limités, Sébastien Henry explique que le soutien de la communauté madelinienne et la naissance de ces deux jeunes enfants le motivent à poursuivre en agriculture.

On veut redonner à la communauté et léguer un monde plus vert à nos enfants.

Une citation de Sébastien Henry, copropriétaire des Fraises à Seb

Ce qu’on développe, c’est un incroyable terreau pour que nos enfants grandissent et qu’ils aient des valeurs de sympathie, d’entraide, de communauté, ajoute-t-il. C’est une façon d’éduquer nos enfants, d’avoir ce projet-là.

Sébastien Henry a récemment reçu une aide financière de 11 310 $ du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, provenant du programme Initiative ministérielle « Relève agricole et entrepreneuriat », pour l’aider à faire l’acquisition d’équipements.

Un vent de renouveau salué

La directrice du Bon goût frais des Îles souligne que l’arrivée de ces nouvelles entreprises agricoles s’inscrit dans une transition dans le monde agroalimentaire de l’archipel.

Il y a des entreprises qui changent de forme, qui ferment, mais on sent aussi un début de renouveau avec de nouvelles entreprises qui se pointent le nez et qui commencent à faire des démarches pour démarrer, affirme Caroline Jomphe.

C’est extrêmement positif pour nous. C’est super encourageant et ça amène un beau vent d’optimisme sur le secteur.

Une citation de Caroline Jomphe, directrice du Bon goût frais des Îles
Une photo de Caroline Jomphe, souriante. Caroline Jomphe est directrice générale du Bon goût frais des Îles. (Photo d’archives) Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

 

Sans pouvoir révéler les détails, Mme Jomphe affirme que deux autres nouveaux projets agricoles sont en développement dans l’archipel, mais qu’il est encore trop tôt pour en parler publiquement.

Comme association sectorielle, c’est stimulant de voir qu’il y a de nouveaux joueurs. Et il y a encore de la place pour d’autres, souligne-t-elle.

 

LA UNE : Sébastien Henry est copropriétaire des Fraises à Seb, une entreprise agricole en démarrage à Fatima. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

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