Des lunettes arrière qui éclatent : une action collective est déposée contre Honda Canada

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Vous venez de sagement garer votre Honda HR-V ou votre Acura RDX dans votre entrée résidentielle. Il ne fait ni trop chaud, ni trop froid. Vous n’avez reçu aucun impact de roche, vous n’avez reculé dans rien ni personne. Et voilà qu’en fermant la portière de votre VUS – pas trop fort, juste normalement : la lunette arrière de votre hayon éclate en mille morceaux.

Vraiment pas l’fun. Il vous faut faire la chasse aux éclats de verre – espérons que vous n’avez pas à le faire au beau milieu d’une averse – et puis, bien sûr, il y a aussi le coût. Sans parler du temps perdu chez le concessionnaire, de l’obligation de louer un véhicule ou de vous rabattre sur un taxi…

Mais qu’est-ce qui est pire qu’une vitre qui éclate? Une vitre qui éclate… en plein hiver. C’est justement ce qui est arrivé à celui qui représente une nouvelle action collective contre Honda (Acura) Canada.

 

La demande d’autorisation a été déposée vendredi dernier (17 juillet 2026) en Cour supérieure du Québec, district de Montréal, par le cabinet montréalais Lex Group. (Si le nom vous dit quelque chose, c’est que le même groupe vient de remporter une victoire juridique contre les poignées de Fiat 500e qui ont propension à… tomber.)

Une vitre de lunette arrière trop fragile

Celui qui représentera les membres de la nouvelle action collective contre Honda Canada, si elle est autorisée par un juge, souhaite garder l’anonymat. Alors nous l’appellerons M. M. 

M. M. est un résident de Montréal qui possède un Acura RDX 2019. Le 28 janvier dernier (2026), alors que son VUS est garé dans son entrée par un froid de canard, il découvre que la vitre du hayon a volé en éclats. Sans raison.

M. M. se rend illico chez son concessionnaire, qui lui présente un devis de réparation pour 1 174 $ en pièces et main d’œuvre. Surpris que la réparation ne soit pas couverte par Honda, le client prend un moment pour y réfléchir et fait quelques recherches sur Internet. 

Il découvre alors ne pas être le seul dans cette situation. D’une part, de nombreuses publications automobiles ont interviewé des consommateurs se plaignant de la fragilité de la lunette arrière de leur véhicule Honda/Acura. 

D’ailleurs, déjà en 2024, RPM vous racontait que plusieurs centaines de plaintes avaient été reçues à ce sujet par l’américaine National Highway Traffic Safety Administration (NHTSA). À la même époque, l’équipe éditoriale du magazine Consumer Reports rapportait avoir elle-même vécu l’éclatement de la lunette arrière de son nouvel Honda HR-V.

D’autre part, les réseaux sociaux apprennent à M. M. que de nombreux propriétaires d’Acura RDX, mais aussi de Honda HR-V (mais pas de Honda CR-V, notez bien), autant au Canada qu’aux États-Unis, ont vu la lunette arrière de leur VUS exploser de manière aussi soudaine qu’inattendue. Soit que leur véhicule était stationné, soit qu’ils venaient d’en refermer une portière ou pire : soit qu’ils circulaient sur la route. Des internautes soulignent par ailleurs que la vitre de remplacement qu’ils ont fait installer est tout aussi défectueuse.

M. M. en déduit donc qu’il s’agit d’un défaut de fabrication et qu’Acura Canada devrait assumer les frais de la réparation pour son véhicule, ce qu’il exige du constructeur automobile. Mais après plusieurs échanges avec le bureau-chef, M. M. se retrouve quand même à assumer, de sa poche, une facture de 415 $ (avec taxes).

 Le problème est documenté depuis des années

Aux États-Unis, le problème est documenté depuis plusieurs années, grâce notamment à deux bulletins de service émis par la division américaine de Honda.

Dans le premier bulletin, émis en octobre 2022, on apprend que des « spécifications incorrectes concernant la grille du dégivreur arrière » de l’Acura RDX seraient à l’origine de ces vitres arrière « qui se fissurent ou se brisent sans qu’aucun impact extérieur ne soit à signaler. »

Le second bulletin, publié en juillet 2024, livre davantage de détails sur ce qui pourrait expliquer les bris sur le Honda HR-V (notez qu’aucun bulletin de service ne semble avoir été émis pour le Honda CR-V):

« Lors de l’assemblage de certaines unités, le mastic utilisé pour fixer la vitre arrière est entré en contact avec les éléments chauffants du dégivreur, ce qui peut entraîner l’apparition d’un point chaud (‘hot spot’) et l’affaiblissement de la vitre au fil du temps, à mesure que le dégivreur est utilisé. »

Dans les deux communications, l’action « corrective » stipulée est d’inspecter la lunette arrière et de la remplacer si nécessaire; celui sur le HR-V mentionne que « si le client a déjà payé pour le remplacement de la lunette arrière, il peut avoir droit à un remboursement, même s’il n’est plus propriétaire du véhicule. »

La poursuite demande compensation

C’est justement ce que la poursuite veut obtenir de Honda Canada : la documentation juridique tout juste déposée devant les tribunaux exige que le constructeur rembourse le coût du remplacement de la lunette arrière défectueuse, mais aussi les possibles frais connexes encourus (de remorquage, de taxi, de location de voiture, de nettoyage) pour « toutes les personnes vivant au Canada qui possèdent, ont acheté, louent ou ont loué » les véhicules suivants :

  • Acura RDX de 2019 à 2023
  • Honda CR-V de 2023 à 2024
  • Honda HR-V de 2023 à 2024 

Me Assor a indiqué avoir inclus le Honda CR-V dans la poursuite, même en l’absence de bulletin de service, ajoutant que des dommages punitifs sont également réclamés pour « envoyer un message fort » à l’industrie :

« Une lunette arrière qui éclate sans raison, ça ne devrait pas arriver; ça n’a aucun sens. Mais au-delà de ce problème, il y a le fait que le constructeur ne remplace pas gratuitement la vitre; plutôt, il a fait payer mon client. »

– Me David Assor, cabinet Lex Group.

Le demandeur exige par ailleurs du constructeur qu’il lance un rappel de sécurité, ce qu’il n’a toujours pas fait après toutes ces années de connaissance du problème, « sous prétexte que le verre trempé ne se brise pas en gros éclats dangereux susceptibles de causer des blessures directes ». 

Au contraire, fait valoir la poursuite, il existe bel et bien un danger : un bris spontané de la lunette arrière alors qu’il conduit peut surprendre un automobiliste, avec ce que les « victimes » décrivent comme le bruit d’un coup de fusil, suffisamment pour lui faire perdre le contrôle de son véhicule. 

 « Pareil vice de conception expose le public « à un risque déraisonnable d’accident, de blessure, de décès. Par négligence, [le constructeur] permet (…) la conduite des véhicules dangereux et présentant des risques », soutient la poursuite.

Une action collective qui en rejoint d’autres

Selon Me Assor, cette action collective contre Honda Canada pour lunettes arrière qui éclatent sans raison est la première du genre intentée au pays. Cela dit, deux poursuites semblables ont déjà été lancées aux États-Unis en 2023, l’une en Californie pour l’Acura RDX et l’autre en Pennsylvanie pour le Honda HR-V. 

Une courte recherche sur Internet nous apprend qu’aucun recours contre le Honda CR-V pour le même problème n’est actuellement recensé. Pour ceux que ça intéresse, l’Acura RDX est fabriqué à l’usine américaine East Liberty en Ohio; le Honda HR-V est assemblé à l’usine mexicaine de Celaya, dans le Guanajuato; et le Honda CR-V est construit dans trois usines : celles américaines d’Ohio et d’Indiana et, évidemment, celle d’Alliston, en Ontario au Canada.

Faites-vous connaître et rendez-vous dans trois… ou sept ans

Rappelons qu’au Québec, une action collective met en moyenne sept ans à se régler, soit entre le moment du dépôt et l’aboutissement d’un jugement. Cela dit, quatre fois sur cinq, elles ne se rendent jamais à procès; elles se règlent plutôt à l’amiable en vertu d’une entente hors cour convenue entre les parties.

Mais avant toute chose, il faudra d’abord attendre (généralement deux ou trois ans) qu’un juge de la Cour supérieure du Québec autorise – ou pas – cette action collective. 

Transport Canada dit avoir enregistré 77 plaintes au cours des sept dernières années concernant des défaillances de la lunette arrière sur trois modèles Honda et Acura. « Trois de ces plaintes concernent le Honda CR-V, 12 concernent le Honda HR-V et 62 concernent l’Acura RDX, a indiqué le porte-parole Hisham Ayoun. Aucun blessé n’a été signalé en lien avec ces plaintes.

Vous êtes propriétaire ou locataire (ou vous l’avez été) d’un véhicule Honda ou Acura dont la lunette arrière s’est fracassée sans raison? Le cabinet Lex Group vous invite à communiquer avec lui et à lui soumettre vos documents (devis de réparation, factures, autres preuves). 

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