C’est à la base militaire Santa Lucia, au nord de la capitale du Mexique, que la présidente Claudia Sheinbaum a inauguré le tout premier véhicule électrique jamais conçu, développé et fabriqué au pays des Aztèques et des Mayas : le Mexique. De fait, c’est elle-même qui a piloté l’Olinia Uno jusque sur la scène du dévoilement, avant de lever les bras vers le ciel en signe de victoire :
« Pendant longtemps, on a dit que le Mexique n’était qu’un pays destiné à produire ce que d’autres imaginaient, mais Olinia est la preuve qu’on peut aller bien au-delà de cela, » a-t-elle déclaré.
Le prototype — parce que oui, il ne s’agit que d’un véhicule-concept — en est un d’une espèce de boîte sur quatre roues, capable d’héberger six passagers. Nous répétons : capable d’héberger non pas quatre ou cinq, mais bien six passagers.

Et merci aux portières qui s’ouvrent en papillon, de même qu’au retranchement aisé des quatre sièges arrière qui se font face, l’espace cargo peut se transformer en un tournemain pour accueillir un fauteuil roulant.
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Si les dimensions de l’Olinia Uno ne sont pas encore connues, on sait quand même qu’un (seul) moteur électrique d’à peine 13 kW propulsera les roues arrière, pour tout juste 18 chevaux. C’est donc dire que la vitesse de croisière ne dépasse pas les 50 km/h et que, pour les accélérations dithyrambiques propres aux VE, il faudra repasser. Mais bon, pour la conduite urbaine, voilà qui fait bien du sens.
Côté autonomie, la batterie LFP (lithium-fer-phosphate) de 14,7 kWh promet jusqu’à 125 kilomètres entre les recharges, mais la bonne nouvelle, c’est que ça serait le cas lorsque toutes les places sont occupées. Pour renflouer le tout, huit heures à la prise de courant domestique suffiront, ou, pour ceux qui veulent vraiment défrayer les coûts d’une borne résidentielle, quatre heures sur le 220 volts.

Hecho en Mexico — ou la revanche de l’atelier du monde
Considéré de toujours comme l’un des principaux « ateliers » de fabrication automobile du monde, le Mexique serait-il en train de prendre sa revanche?
Une chose est sûre : pour la création de cette toute première start-up nationale de véhicules électriques, le gouvernement a réuni le meilleur de son écosystème technologique — pensez universités, instituts de recherche et centres d’ingénierie — dans un partenariat public-privé dirigé par son Secrétariat à la Science, aux Humanités, à la Technologie et à l’Innovation, le SECIHTI.
Ironiquement, c’est que la production de l’Olinia Uno, qui doit débuter à l’automne, s’effectuera dans l’état de Puebla, celui-là même qui a vu à l’assemblage de plus de 23 millions de Volkswagen Beetle, la légendaire « voiture du peuple ».
Au départ, affirme la start-up Olinia, 50 % des composants seront d’origine mexicaine, mais elle vise un contenu local de 75 % dont, éventuellement, la batterie. La capacité initiale de production annuelle est annoncée à 20 000 exemplaires, mais avec une progression jusqu’à 100 000 unités par an d’ici 2030. En comparaison, et pour ceux que ça intéresse : Toyota produit annuellement 350 000 de ses VUS RAV4 en Ontario.
Les premières livraisons de l’Olinia Uno aux acheteurs mexicains devraient s’effectuer à l’été 2027.

Uno, la voiture du peuple mexicain
Coïncidence ou pas? Ce nouveau Olinia Uno, décrit comme étant « conçu par et pour les Mexicains », se voue à devenir la nouvelle arme pour le peuple qui vit au sud du géant américain en lui promettant la mobilité électrique abordable.
Vraiment abordable.
Plus abordable que ces VE chinois qui sont en train de débarquer sur notre marché canadien.
De fait, les promesses avancées en conférence avancent la somme minimaliste de 150 000 pesos — soit à peu près 12 200 $ canadiens. Pour ce montant, voici ce qu’offrira l’Olinia Uno :
- L’instrumentation numérique et l’écran central de 7 pouces ;
- L’éclairage intérieur DEL ;
- La connexion Bluetooth
- La caméra de recul ;
- Les vitres électriques et le verrouillage central ;
- Les freins à disque à l’avant, la roue de secours ;
- Six ceintures de sécurité — parce que répétons-le : l’Uno offrira six places. Pas quatre, pas cinq, six places.
Non, pas de coussins gonflables ni de climatiseur. Par contre, pour 12 200 en dollars canadiens d’aujourd’hui, vvoilà un VE qui en offre pas mal plus que la défunte québécoise Zenn à deux places ; il a près de 20 ans, celle qui était assemblée à Saint-Jérôme se détaillait quand même 16 000 $…

Un petit pick-up en suite à l’Olinia Uno?
Si vous vous demandez d’où vient ce nom — Olinia Uno, voici la réponse : Olinia, qui désigne la nouvelle marque nationale mexicaine en devenir, s’inspire de la langue nahuatl des Aztèques et signifie « en mouvement ». Et Uno, eh bien, c’est le chiffre « un » en espagnol.
Voilà qui laisse présager d’une suite — et déjà, Olinia exhibe sur son site Internet un nouveau modèle Cargo, sorte de mini-camionnette électrique qui doit être dévoilée en juillet prochain.
Est-ce que le Québec peut y rêver à l’Olinia?
Ah, voilà la grande question. Imaginez si, au Québec, les acheteurs de seconde voiture mais aussi les compagnies de partage auto et celles de taxi pouvaient se procurer à prix imbattable l’Olinia Uno. Ou encore que le transport urbain de marchandises et soucieux du zéro émission pouvait s’intéresser à l’Olinia Cargo pour la « livraison du dernier kilomètre ».

Un rêve inaccessible? Pas si tant. Il suffirait que le Canada et le Québec fassent une petite entorse à leur réglementation actuelle pour que les Olinia (et qui sait, la Fiat Topolino aussi?) puissent circuler sur nos routes.
Actuellement, au Québec, une loi permet aux véhicules électriques à basse vitesse (VBV) de circuler sur les chemins publics où la vitesse permise est d’au plus 50 km/h. Quatre modèles y sont d’ailleurs autorisés, mais sous certaines conditions : les Kargo XL, Might-E Truck, Max-EV et Able NXT doivent, entre autres être immatriculés à la SAAQ, ne pas dépasser la vitesse maximale de 40 km/h et disposer de quatre places ou moins. Et oui, leurs conducteurs doivent détenir un permis valide.
À première vue, il suffirait d’augmenter la vitesse maximale autorisée par les deux paliers gouvernementaux de 40 km/h à 50 km/h pour permettre la cohabitation avec ces nouveaux VBV. Bon, évidemment, tout n’est jamais aussi simple, mais peut-être que, pour une fois, les choses pourraient être facilement modifiées :

C’est qu’un nouveau protocole d’entente Canada-Mexique a été signé au printemps dernier, notamment avec le Secrétariat mexicain SECIHTI, justement à l’origine d’Olinia. Et, selon le communiqué plutôt vague alors émis, on parle de « l’engagement commun à s’attaquer aux défis qui se posent dans le monde », de « renforcer la collaboration entre le Canada et le Mexique en matière de recherche » et « d’encourager la réalisation de projets conjoints en transition énergétique ».
Semble que ça ouvre tout grand la port(ière) à l’Olinia, non?
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