Ce n’est pas un phénomène nouveau. On sait depuis longtemps que certains véhicules exotiques peuvent être équipés d’un bloqueur de kilométrage (Mileage Blocker), un dispositif électronique qui empêche l’odomètre d’enregistrer tout ou partie des kilomètres parcourus.
Les fabricants de ces appareils mettent de l’avant des utilisations légitimes, comme les essais sur circuit, les tests techniques ou les bancs d’essai. Officieusement, ces dispositifs sont toutefois surtout associés à une pratique beaucoup plus discutable, soit préserver la valeur de revente d’un véhicule en affichant un kilométrage inférieur à la réalité. Lorsqu’ils sont utilisés pour tromper un acheteur, leur utilisation est alors illégale.
Ce que plusieurs ignorent, c’est que ces appareils ne sont plus réservés aux Ferrari, Lamborghini ou Porsche. Ils sont désormais compatibles avec une grande majorité des véhicules modernes.

Une découverte fortuite
C’est exactement ce qu’a découvert récemment un technicien de l’atelier VAG Services, un garage spécialisé dans l’entretien des véhicules Audi et Volkswagen de la région de Saint Isidore.
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, l’entreprise explique avoir remplacé la batterie d’une Audi d’occasion appartenant à un client. Après l’intervention, les mécaniciens constatent que le kilométrage affiché au tableau de bord n’augmente plus.
Pensant d’abord à un problème lié au remplacement de la batterie, ils poursuivent leurs vérifications avant de découvrir un bloqueur de kilométrage dissimulé derrière le tableau de bord, à proximité de l’instrumentation.
Les mécaniciens croient que le remplacement de la batterie aurait pu réinitialiser ou réactiver le module. Celui-ci proposait plusieurs modes de fonctionnement, notamment 0 %, 10 % ou 100 %, correspondant à la proportion des kilomètres réellement enregistrés par l’odomètre. Dans ce cas précis, le dispositif pouvait même être commandé à l’aide du bouton OK situé sur le volant.
Le propriétaire du véhicule ignorait complètement la présence de cet appareil. Il avait acheté une voiture d’occasion affichant un faible kilométrage, sans savoir qu’une partie des kilomètres parcourus n’avait possiblement jamais été comptabilisée. Si tel est le cas, il aura payé son véhicule plus cher que sa valeur réelle.

En vente libre pour quelques centaines de dollars
Quelques minutes de recherche sur Internet suffisent pour constater à quel point ces appareils sont faciles à se procurer. Pour seulement quelques centaines de dollars, il est possible de se procurer un bloqueur de kilométrage sur des sites spécialisés comme MileageBlocker.com qui proposent des bloqueurs de kilométrage compatibles avec des centaines de modèles provenant de constructeurs tels qu’Audi, BMW, Ford, Honda, Hyundai, Mercedes-Benz, Porsche, Tesla, Toyota, Volkswagen et plusieurs autres.
Les fabricants précisent que leurs produits sont destinés aux essais techniques, aux bancs d’essai ou à une utilisation sur circuit, tout en rappelant qu’il appartient à l’acheteur de respecter les lois en vigueur dans son pays. Malgré ces avertissements, il est difficile d’ignorer que ces dispositifs peuvent aussi être utilisés pour masquer le kilométrage réel d’un véhicule destiné au marché de l’occasion.
Une fraude plus difficile à détecter
Depuis des décennies, certains fraudeurs manipulent les odomètres en les faisant reculer afin d’augmenter la valeur d’un véhicule. Les bloqueurs de kilométrage représentent toutefois une évolution de cette pratique.
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Plutôt que de modifier le compteur après coup, ils empêchent simplement les kilomètres de s’accumuler pendant que le véhicule roule. À première vue, rien ne permet donc de soupçonner une anomalie.

Heureusement, les véhicules modernes enregistrent également des informations dans plusieurs modules électroniques. Lors d’une inspection approfondie, un technicien spécialisé peut parfois déceler des incohérences entre le kilométrage affiché et les données enregistrées par d’autres calculateurs du véhicule.
Toujours faire des vérifications approfondies
Une chose est certaine, cette technologie est aujourd’hui facilement accessible et compatible avec une multitude de véhicules. Lors de l’achat d’un véhicule d’occasion, un faible kilométrage ne devrait donc jamais être le seul critère de décision. L’historique d’entretien, les rapports disponibles et une inspection indépendante demeurent les meilleurs moyens de limiter les risques.
Pendant des années, les fraudeurs reculaient le compteur après coup. Aujourd’hui, certains empêchent simplement les kilomètres de s’y inscrire. L’odomètre de votre prochain véhicule d’occasion n’a peut-être jamais été reculé… mais il n’affiche peut-être pas non plus tous les kilomètres réellement parcourus.
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